‹ SchopenhauerChapitre 66 sur 266 · Ueber die Religion, 1799, 4e éd · texte numérisé non relu

Ueber die Religion, 1799, 4e éd

2. Voir à ce sujet, Memo?\, p. 168, et Parerga,ll, § 32, W., V, p. 270etsuiv.

LES SOURCES

religion des Hébreux que le type achevé de la métaphysique qui lui répugne entre toutes, le théisme, pis encore, le monothéisme, avec le créationnisme et l'optimisme, qui en sont les corollaires logiques1. En revanche, il a bien lu, relu et largement cité les Évangiles, même les Apocryphes, et l'Épître aux Romains. Il se plaît à y retrouver des dogmes avec lesquelles sa propre morale « s'accorde entièrement2 ». L'Évangile n'a-t-il pas, au rebours de la morale hellénique, enseigné que la nature est radicalement mauvaise et qu'il s'en faut affranchir; que sauver sa vie, c'est vraiment la perdre, et qu'il n'est de salut que dans le renoncement, l'abnégation et la chasteté? En un mot, par une affinité toute spontanée, ce que Schopenhauer a admiré dans le christianisme, ce sont les côtés les plus sombres de la doctrine, ceux que le luthéranisme a mis au premier plan, le dogme de la chute, la prédestination, l'ascétisme; c'est encore l'irrationalisme et la croyance aux voies mystérieuses de la grâce. Aussi les livres chrétiens qu'il pratique le plus, après l'Évangile, ce ne sont point ceux des Pères ni des scolastiques, car la métaphysique chrétienne lui parait un tissu « d'absurdités » fâcheusement empruntées au judaïsme : ce seront ceux des ascètes et des mystiques, ces grands praticiens de l'intuition. La lecture de ses ouvrages témoigne qu'il a lu de fort près Plotin, Eckart, Tauler, la Deutsche Théologie^, Angelo Silesio, Giordano Bruno, Jacob Bœhme, Bunyan et Mme Guyon.

1. Par., I, Fragm. zur Gesch. d. Philos., \ 13, t. IV., p. 150 et suiv.

2. Monde, 1, §710, W., I, p. 521-522 et Supplém., IV, 48, t. II, p. 736.

3. Petit ouvrage mystique allemand, écrit au xve siècle par un auteur inconnu, mais visiblement inspiré d'Eckart, et retrouvé au xvi8 siècle par Luther.

§4. — L'Indianisme.

Des sources chrétiennes aux sources indianistes de la pensée de Schopenhauer, la transition serait facile quand bien même le philosophe n'eût pas pris soin de nous l'indiquer à mainte reprise. Pessimisme et ascétisme chrétiens lui semblent identiques, quant au fond, à la métaphysique et à la morale des Védas et du Bouddha1. Telle page des Torrens de Mmo Guyon lui parait reproduire « mot pour mot » une page de YOupnekhat2. Il allait plus loin. Ce philosophe, qui témoigna pour l'histoire, et surtout pour l'érudition, d'un mépris assez cavalier, ne craint pas de risquer, sur l'origine du christianisme, une hypothèse hardie. De même qu'il soupçonne Platon d'avoir emprunté aux Juifs son théisme optimiste3, de même, il conjecture qu'il faut remonter jusqu'à l'Inde, en passant par l'Egypte, pour retrouver la source authentique de l'Évangile 4, et il espère que la science ne tardera pas à démontrer cette filiation.

Mais, au moment où Schopenhauer s'initia à la littérature indianiste, l'orientalisme naissait à peine5; l'india-

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