‹ SchopenhauerChapitre 77 sur 266 · N., III, p · texte numérisé non relu

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Ursein », avait dit Schelling dans les Recherches philosophiques sur V essence delà liberté humaine (1809) *, et, dans leur participation à cette volonté unique, les êtres particuliers lui avaient paru foncièrement « identiques ». Mais voici des rapprochements plus précis. Déjà Schelling considère le corps comme l'objet immédiat de la volonté. DcLiisY Esquisse d'un système de philosophie naturelle (1799), il soutient que l'esprit humain est placé au centre d'un double organisme : le corps, objet d'expérience immédiate, et la nature, médiatement aperçue à travers le corps. Le corps apparaît ainsi comme l'organisme visible de l'esprit. Schelling esquissait aussi la théorie des divers « degrés de l'absolu »; il voyait dans la pesanteur la « première puissance » de la matière; dans la lumière, la seconde; dans les organismes, la troisième. Il contestait aussi que l'organique se ramenât à l'inorganique, et, avec Cuvier contre Lamarck, admettait qu'entre les divers échelons de la classification des vivants il y a progrès absolu. Toutes ces conceptions, nous les retrouverons chez Schopenhauer, et d'autres encore, telle, que la fameuse « loi de polarité » et la concurrence des « idées » entre elles, en un mot tout le naturalisme mystique dont se sont grisés les romantiques, et qu'on retrouvera plus clair, assagi, plus nourri de science, dans le Monde et dans la Volonté dans la Nature2, On a peine à n'attribuer ces ressemblances qu'au développement spontané du système de Schopenhauer, si l'on songe surtout qu'il a commencé à lire Schelling, en

1. Schelling, Sammtliche Werke, Stuttgart, 1856 et suif., lre série, t. VII,

2. Voir, pour plus de détails, P. Wapler, Die Geschichtl. Grundlagen der Weltansch. Schopenhauer s, iu Arch. f. Gesch. d. Philos., t. XVIII, 1905, p. 382 et suiv.

LES SOURCES

1810, avant tout autre philosophe, alors que la lecture de Kant et l'enseignement de Schulze ne l'avaient pas encore exercé à l'attitude critique. Mais combien vive est la réaction I Les premières notes sur Schelling remontent au premier séjour à Berlin, à l'hiver 1811-1812. Elles nous montrent déjà Schopenhauer entièrement dégagé de l'influence du maître. Non pas qu'il rejette les thèmes qu'on vient de relever; il lui arrivera, au passage, d'en souh> gner la vérité1. Mais avec quelle verdeur il relève la « confusion », les « abus de concepts », les « mensonges cyniques », les « sophismes impudents » de cette philosophie, où il ne voit plus qu'un rêve pesant, traversé de lueurs de raison. Aussi bien, si l'ou envisage les points de contact des deux philosophies, en se plaçant au centre des deux systèmes, les différences frappent jusque dans les ressemblances. Chez Schelling, en effet, la volonté est sans doute l'élément premier des choses et devance la genèse de l'entendement; mais elle tend vers l'entendement comme vers la fin qui l'attire; c'est Dieu réalisant progressivement tout ce qu'il renferme en puissance. En disant : « la Nature est a priori », c'est-à-dire antérieure à toute expérience, Schelling entend qu'elle est productivité et qu'elle porte en son sein l'esprit endormi. Il a pu écrire : « L'entendement est proprement la volonté dans la volonté2 », c'est-à-dire ce qu'il y a de plus intérieur, de plus essentiel au vouloir. Nous voici loin du vouloir-vivre radicalement aveugle de Schopenhauer. — Et du même coup nous sommes loin de son pessimisme.

1. Voir, par exemple (N., III), les notes sur l'éternité (p. 125 et 128), sur la liberté (133), sur la vie des corps célestes (137), etc.

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