‹ SchopenhauerChapitre 78 sur 266 · Schelling, op. cit., p · texte numérisé non relu

Schelling, op. cit., p

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Car, chez Schelling, le mal n'est qu'un moment provisoire du développement de la nature ; il procède de la dualité engendrée dans l'absolu par l'intervention de l'esprit. Mais ce divorce n'est pas définitif, et l'esprit, principe de désordre à l'origine, rétablit dans les choses l'ordre et l'amour; il rend consciente la finalité, dégage le parfait de l'imparfait, et réintègre l'identité, mais une identité consciente, dans l'absolu. En un mot, la philosophie de Schelling est un monisme optimiste, dont le dualisme n'est qu'un moment; le mal n'y est qu'un accident. Il n'est pas même jusqu'à la théorie de la connaissance du corps qui n'accuse entre les deux philosophes plus de divergence que de concordance. Schelling ne voit pas dans le corps, comme l'auteur du Monde, l'organe par lequel la volonté se révèle à elle-même. C'est que la volonté est pour lui l'objet d'une intuition intellectuelle. L'entendement, une fois développé, reconnaît la volonté dont il est issu comme une énergie transcendantale. A cet égard, Schelling est bien plus voisin de Kant que de Schopenhauer; la volonté est encore chez lui un noumène. Nous verrons, au contraire, que, selon Schopenhauer, la volonté est saisie de façon affective dans la perception interne du corps. S'il fallait trouver à cette théorie un pendant, il faudrait la chercher, mutatis matandis, non chez Schelling, mais chez Maine de Biran, que Schopenhauer ne pouvait connaître en 1816.

IL convient donc, croyons- nous , de réduire à peu de chose l'influence, réelle d'ailleurs, de Schelling sur Schopenhauer. Quant à celle de Fichte, elle nous paraît moindre encore. Schopenhauer a entendu Fichte à Berlin, au moment même où il se détachait de Schelling. Les me-

LES SOURCES

mes raisons qui le détournèrent de la Philosophie de la Nature l'empêchèrent de subir l'influence de la Théorie de la Science. Il semble pourtant qu'il soit venu à Berlin avec un préjugé favorable en faveur de Fichte, et peut-êlre exclusivement pour l'entendre, car il se fit inscrire pour tous les cours du célèbre professeur. Aussi bien les réflexions personnelles qu'on trouve en marge des notes prises aux premières leçons sur les « Faits de la conscience » témoignentelles d'un vif désir de comprendre la pensée du maître1. Mais bientôt le ton des notes change; l'étudiant s'irrite contre l'obscurité, la rebutante abstraction des leçons de Fichte, à qui l'envie lui prend de « mettre un pistolet sur la gorge2 ». Même ton d'impatience dans les notes que lui inspire la lecture des écrits de Fichte 3. « Fouillis insensé, grossier procédé, contradiction, mauvais goût » ne sont pas les plus violentes des épithètes qu'on y relève. Il s'est ainsi glissé de bonne heure, entre ces deux esprits, un insurmontable malentendu, et l'on prouverait aisément qu'en plus d'un point Schopenhauer a mal compris Fichte. Gomment donc Wapler, qui a étudié de près ces erreurs d'interprétation, peut-il admettre encore une influence de Fichte sur Schopenhauer? Sans doute, le moi de Fichte est volonté, mais cette volonté, dans sa source même, est identique à la raison et reste, dans tout son développement, illuminée de raison. A en croire encore Wapler, le « dualisme éthique » de Fichte, c'est-à-dire la morale héroïque qui invite l'homme à s'élever des nécessités de la

1. Wapler (art. cité) à reproduit en appendice (p. 531-534) les plus intéressantes de ces notes.

ï.Ibid., p. 532.

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