‹ SchopenhauerChapitre 82 sur 266 · Leçons, N., II, p · texte numérisé non relu

Leçons, N., II, p

mettre tout le développement de la philosophie jusqu'à la Critique de Kant, et donner naissance aux diverses formes, également stériles, du rationalisme ontologique. D'une part, en effet, Platon attribue au sujet qui connaît le pouvoir d'atteindre la vérité pure par ses propres moyens et indépendamment de toute expérience sensible; d'autre part, ce principe est spirituel, simple et incorruptible; il est l'âme immortelle, il est substance l. Ainsi le problème de la substance s'est trouvé, dès l'origine de la spéculation philosophique, étroitement lié à celui delà connaissance, ou, plus justement, avec la solution rationaliste de ce problème. La scolastique tout entière, à la suite d'Aristote, a prêté à l'activité pure du sujet pensant pareil pouvoir de s'élever à la connaissance de la chose en soi par des procédés purement dialectiques.

Or, si Descartes passe à juste titre pour le père de la philosophie moderne, c'est qu'il a, le premier, posé en termes exacts le problème de la connaissance, que les Anciens, Platon lui-même, n'ont qu'obscurément entrevu. Le premier, en effet, il a établi la distinction définitive du sujet et de l'objet. Le cogito ergo sum n'a pas d'autre sens. Je ne connais rien de certain que ma propre pensée et ses modes; quel qu'il soit en lui-même, le monde est ma pensée, et rien n'existe pour moi en dehors de cette pensée. Le problème, dès lors, est de savoir quel rapport existe entre l'esprit pensant et le monde pensé, entre l'idéal et le réel2. Malheureusement, Descartes s'est hâté de rentrer dans la tradition ontologique, en recourant à l'existence et à la perfection du « bon Dieu » pour garantir la concor-

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