Parer g., I, W., IV, p
sance du côté du sujet, aussi bien l'étendue des Cartésiens que les qualités primaires et secondes de Locke ou que la liaison causale de Hume ; mais le sujet n'est plus ici ni la table rase de Locke, ni l'organisme susceptible d'habitudes supposé par Hume ; c'est l'esprit muni a priori des cadres dans lesquels s'organisera le savoir. Toute connaissance, en tant que telle, est tout entière œuvre active, création « idéale » du sujet. En revanche, la chose en soi, le « réel », est intégralement rejetée hors du sujet; l'objet pur est inconnaissable ; c'est Yx dont aucune intuition n'est donnée ni possible.
En séparant radicalement le phénomène de la chose en soi, l'empirique du transcendant, Kant a donc bien préparé la ruine de la tradition substantialiste, de la scolastique. Et cependant, à certains égards, il est lui-même un scolastique, et c'est pour n'avoir pas rompu toute attache avec la métaphysique traditionnelle que sa philosophie a donné naissance, chez ses successeurs immédiats, aux « productions monstrueuses » de métaphysiciens en délire, et laissé en suspens l'œuvre même que Schopenhauer s'efforcera d'achever. C'est à dénoncer ces inconséquences du kantisme que Schopenhauer consacre la majeure partie de Y Appendice du Monde. Il nous faut exposer les plus importantes de ces critiques, dont l'examen permettra de définir avec précision la tâche que s'est assignée notre philosophe.
La première concerne le point de vue même de la philosophie critique àl'égard de la métaphysique. Au fond, Kant reste fidèle à la tradition quand, au début des Prolégomènes, il définit la métaphysique : la science de ce qui est au delà de toute expérience possible, c'est-à-dire l'envisage comme
une connaissance de pure raison, indépendante de toute donnée sensible. Contre pareille prétention, la critique remporte sans doute une pleine et facile victoire. Si, en effet, il est démontré qu'il n'y a de science que des intuitions de l'expérience, il devient évident, a priori, que la métaphysique, excluant toute donnée des sens, externe ou interne, est impossible comme science. Elle peut être un système logique d'idées, elle cesse d'être une connaissance. Mais la question est de savoir si la définition traditionnelle de la métaphysique doit être maintenue. Cette définition, Kant l'a trop docilement acceptée. Or peut-être les termes « métaphysique » et « connaissances priori » ne sont-ils pas identiques; peut-être peut-on concevoir une métaphysique de l'expérience, ou plutôt une expérience spéciale de la chose en soi, et peut-être ne faut-il pas désespérer de trouver dans le monde lui-même les éléments d'explication du monde1.
La seconde erreur du kantisme, capitale entre toutes, trahit une fois de plus l'attachement secret de l'auteur de la critique au point de vue du dogmatisme ontologique. Kant ne renonce pas à la chose en soi, et c'est au prix d'une véritable contradiction qu'il la réintroduit dans son système. On sait, en effet, que, pour réfuter l'idéalisme de Berkeley, Kant admet la chose en soi, à titre d'hypothèse nécessaire pour expliquer l'apparition de l'intuition Sensible. Or, ainsi que l'avait remarqué déjà le maître de Schopenhauer, G.-E. Schulze, cet expédient conduit à admettre un lien de causalité entre la chose en soi et les phénomènes. Mais qu'est-ce, pour la critique, que la loi de