‹ SchopenhauerChapitre 92 sur 266 · Critiq. de la philos, liant., p · texte numérisé non relu

Critiq. de la philos, liant., p

D'abord, si la volonté humaine a, comme le veut Kant, une valeur sui generis dont aucune valeur sensible ne peut approcher, si elle peut conférer aux actes de la moralité un caractère absolu, n'est-ce pas qu'elle se rattache elle-même à l'absolu par son fond le plus intime ? Kant n'a-t-il pas opposé, de la façon la plus nette, la « législation de la liberté » à la « législation de la nature » ? N'a-t-il pas même écrit, dans la Préface de la Critique du jugement, que le concept de liberté, qui ne peut être représenté dans l'intuition par aucun symbole adéquat, « peut représenter dans son objet une chose en soi1 »; et qu'est-ce, remarque Schopenhauer, que cet « objet du concept de liberté », si ce n'est la volonté2? Quelle est enfin la signification de la théorie profonde du double caractère, empirique et intelligible, — que Schopenhauer met au nombre des « choses les plus excellentes qu'un homme ait jamais dites 3 », — si l'on n'admet pas que le second est, dans son fond, volonté? Gomment, s'il en est autrement, pourrait-il être question d'une responsabilité du sujet moral touchant son propre caractère? Bref, admet Schopenhauer, et c'est là une interprétation singulièrement profonde, « toutes les fois que Kant parlait de la chose en soi, dans le fond le plus obscur de son esprit il pensait toujours confusément à la volonté4 »; et la philosophie critique, ainsi

1. Criliq. du jugement, lre éd., p. xviii-xix. Schopenhauer avait lu de très près la Critique du jugement, ainsi qu'en font foi les notes marginales trouvées sur l'exemplaire qu'il en possédait et celles, inscrites sur feuilles volantes, que lui a suggérées cette lecture. 11 ressort de ces notes que l'opposition delà nature et de la liberté lui a paru de très bonne heure, peut-être dès 1812, la Summa philosophiae kaniianae » (N., 111, p. 77).

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