‹ SchopenhauerChapitre 95 sur 266 · Ibid., § 32, p · texte numérisé non relu

Ibid., § 32, p

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végétales. Or, cette activité de l'idée-espèce nous met sur la voie qu'il faut suivre pour arriver jusqu'à la chose en soi. Du phénomène, l'esprit s'élève à l'idée, où il retrouve encore, unie à l'activité, la représentation, mais une représentation réduite à sa forme la plus générale. Qu'il s'élève au delà, la représentation s'évanouira et ne laissera place qu'à l'activité pure, à la volonté. A ce terme sans doute, l'intuition se dissipera; mais elle aura éclairé jusqu'au dernier palier la voie ascendante qui mène à l'absolu.

Ainsi, là où Kant n'aperçoit qu'un noumène, un pur intelligible, Platon reconnaît un objet d'intuition, un pouvoir général et générateur d'action particulière. Tandis qu'il fallait faire quelque violence à la théorie kantienne pour discerner, dans le noumène, le germe de volonté qui s'y cache, c'est Platon même qui nous invite à reconnaître dans l'idée la source impérissable de la vie. Et s'il n'est pas certain, s'il est douteux même, que Schopenhauer ait exactement interprété les Dialogues^, du moins doit- on reconnaître qu'il a trouvé chez Platon un correctif au criticisme négatif de Kant, une issue, pour s'élever du subjectivisme à l'intuition et, plus haut encore, jusqu'à la volonté pure1.

1. Nous laissons de côté cette question, comme nous nous sommes abstenu de discuter l'interprétation schopenhauérienne du kantisme. Une étude approfondie, qui mériterait d'être entreprise, montrerait sans doute que Schopenhauer a outré le caractère actif de l'idée platonicienne, et qu'il est bien difficile de trouver dans les essences, unes, immuables, parfaites, du platonisme, et surtout dans l'idée suprême du Bien, l'analogue de la volonté aveugle et indéterminée admise par Schopenhauer.

S 3. — Caractères généraux du système.

Subjectivisme, intuitionnisme et volontarisme, tels sont donc les traits les plus essentiels de la philosophie de Schopenhauer. Ceux qu'il nous reste à signaler se rattachent aisément aux premiers. Au subjectivisme, en effet, tient de près le pessimisme. Simple représentation du sujet, le monde n'est qu'illusion. C'est un rêve plus riche de néant que d'être ; et, s'il est vrai que la philosophie commence par l'étonnement, cet étonnement « est essentiellement consterné et désolé1 ». Aucune attitude n'est plus antiphilosophique que celle de l'optimiste, qui se bande les yeux et les oreilles pour ne rien voir ni entendre de l'universelle douleur; lâche attitude d'esclave, qui baise la main qui le frappe.

Au volontarisme et au pessimisme tient à son tour le caractère hautement moral de cette philosophie. Si l'optimisme est lâcheté, le pessimisme est l'attitude des braves. Non seulement il se refuse à acquiescer au monde, mais il veut en affranchir les victimes; il veut dénoncer à l'intelligence l'illusion de l'être et vaincre, dans la volonté, l'illusion du vouloir-vivre. 11 exaltera, par suite, l'ascétisme et la pitié comme des vertus libératrices; il enseignera une doctrine de salut.

Mais la voie douloureuse n'est pas la seule qui conduise au salut. Le pessimisme de Schopenhauer est tempéré d'admiration, — on n'ose écrire « d'esthétisme ». S'il est mauvais en tant qu'objet de désir, le monde offre du

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