‹ SchubertChapitre 12 sur 19 · O fllll' es i^iliZ · texte numérisé non relu

O fllll' es i^iliZ

2. Je t'aime encore (collection Pauline Viurdul ,). — « Sois toujours mes seules amours » ir.uluclion Bélanger).

d'une phrase typique ou d'un refrain invariable, ramené chaque fois d'une manière différente. La phrase-type de ce lied a un caractère caressant et doux que rehausse encore le contact immédiat de passages brûlants de passion ou convulsés de douleur... Mais la musique ne saurait se décrire : il faut que nous l'entendions, il faut qu'elle nous fasse vibrer !

Quelle plume pourrait retracer le sentiment douloureux contenu dans la poignante mélodie : Tu ne ni aimes pas? Les modulations les plus imprévues se succèdent, oppressées et haletantes, image des tortures d'un amour malheureux ; les harmonies se lamentent et pleurent, comme celui qui aime sans être aimé. Qui pourrait dire le charme indéfinissable de ce lied empreint de tant de poésie et d'originalité : Quelle a été ici? Là aussi nous remarquons un contraste puissant : la première phrase tire presque toute son expression de la magie des accords ; la seconde phrase doit son effet au charme de la mélodie. Le même principe d'opposition se retrouve encore, appliqué avec un rare bonheur, dans le lied si coloré A la lyre. Autant l'entrée en matière présente un caractère d'intrépidité héroïque, autant la douce mélodie, qui apparaît ensuite, respire la tendresse et La volupté.

Nous voudrions pouvoir analyser tous les lieder remarquables de Schubert. Mais une pareille élude exigerait plusieurs volumes. Bornons-nous à citer encore quelques lieder non moins admirables que ceux donl nous avons parlé : la liarcarolle avec son accompagnement merveilleux, — la Rose, dont la musique parfumée semble, traduire l'odeur, — la Toute-Puissance, d'un style si grandiose! et, si large, — le Solitaire, celte peiu-

lui»' d'intérieur d'une vitalité si pénétrante dans l'expression du bonheur intime, — A Sylvia1, mélodie d'allure si pimpante et de grâce si fine, — le Nain, prodigieux de puissance et d'intensité dramatique, — le Jeune homme sur la colline, Confiance dans le printemps, F Amour a menti, toutes les trois empreintes d'une fraîcheur si naïve et d'une mélancolie si tendre, — la jeune fille et la Mort, — Le Voyageur, — Rosamunde, - Sourires et pleurs, — Auprès de toi, — Sur le lac, — Sur le pont, — Sur un sauvage, — A la mer, — La charmante étoile, — Bonheur d'amour du pêcheur, — Dans la furet, — ■ Selma et Selmar, — la Prière, — A L'iura, — Le batelier, — Mélancolie de l'amour, — Le jeune homme à la fontaine, — Lumière et amour (duo), — les Etoiles (poésie de Leitner), qu'il ne faut pas confondre avec une mélodie du même titre écrite sur une poésie de Schlegel...

Nous en oublions sans doute un grand nombre qui mériteraient d'être signalés et qui feraient nos délices, si nous les entendions interpréter dignement. Il s'en faut ilr beaucoup que toutes les beautés contenues dans l'immense répertoire vocal de Schubert aient été mises en circulation. Beaucoup d'entre elles demeurent enfouies dans les bibliothèques, comme l'était jadis, sous un amas de cendres, une partie des merveilles qu'on admire aujourd'hui au musée de Naples. Puisse cette élude, toute incomplète qu'elle est, inspirera ceux qui connaissent imparfaitement Schubert, la pensée d'entreprendre des fouilles fécondes en trouvailles certaines

l. On se demande par quelle transformation bizarre le titre original .1 Sylvia est devenu, dans la traduction française, A Jenny.

et infiniment moins dispendieuses que celles exécutées à Pompéi !

La Belle Meunière. - Se trouvant seul un jour chez le chanteur Randhartinger, Schubert avise un livre ouvert sur une table. Il le prend machinalement et se met à le feuilleter. La lecture l'intéresse, et, comme son ami ne rentrait pas, il part en emportant le volume. Le lendemain, Randhartinger courait chez lui pour le lui réclamer. Pour toute réponse, Schubert se mit au piano et lui chanta plusieurs mélodies fraîches ecloses dont le texte était tiré du volume qu'il avait pris la veille : c'était un recueil de poésies de Wilhem Muller, intitulé la Belle Meunière. »

Sauf peut-être en Allemagne, le nom de ce poète serait aujourd'hui oublié, s'il n'avait eu la bonne fortune d'inspirer à Schubert deux « cycles » de mélodies : la Belle Meunière et le Voyage d'hiver. Wilhem Muller appartient à cette nombreuse pléiade de poètes lyriques allemands que fit éclore le génie de Gœthe au commencement du x,xe siècle. Suivant les voies nouvelles ouvertes par le puissant novateur, Millier s'est surtout attaché dans la Belle Meunière à reproduire le ton familier, l'accent simple et naïf, le caractère profondément « humain » qui donnent tant de saveur aux productions populaires. Ecrit dans un style sinon très original, du moins toujours clair et gracieux, l'épisode champêtre, traité par Muller, était bien fait pour séduire Schubert, ce grand passionné de la Nature. Sur les vingt-cinq pièces de vers dont se compose le volume, Schubert en choisit vingt et publia un recueil qui obtint rapidement une grande popularité.

Voici, en quelques mots, le sujet du poème :

Un jeune meunier quitte son moulin pour courir les aventures. « Un vrai meunier doit aimer les voyages ; tout ce qu'il touche développe en lui le goût du mouvement : l'eau qui coule, la roue qui tourne, la meule ellemême qui se déplace. » Le voilà parti ! Sur sa route, il entend murmurer l'eau courante parmi les rochers : ce ruisseau le guidera vers sa nouvelle destinée. Il suit les contours sinueux de la rive et bientôt aperçoit un moulin. Tout auprès, une petite maison à la physionomie « bienveillante » et hospitalière l'attire. Doit-il frapper à la porte? Il consulte le ruisseau, dont la chanson redoublant de gaîté lui donne pleine confiance. Vite il prend sou parti et se rend au moulin dont le patron l'engage.

Ce meunier a une iille, naturellement fort jolie. En la voyant, le jeune voyageur se sent frappé du coup de foudre. Il voudrait avoir mille bras et faire à lui seul la besogne de tous pour attirer les regards de celle qu'il adore. Sera-t-iljamais aimé?... La belle meunière ne se montre pas insensible. Le vert étant sa couleur favorite, notre amoureux s'empresse de lui offrir le ruban qui lui sert à suspendre son luth. Il n'a plus de voix pour chanter, tant il a de peine à porter le poids de son bonheur ! Mais la meunière est coquette. Elle répond aux attentions d'un jt'iine chasseur qui rôde dans la contrée, et le dévore des yeux, quand il passe. Un jour le jaloux la surprend... Adieu rêves de bonheur ! Le pauvre meunier s'enfuit, maudissant l'amour. Il retourne auprès du ruisseau et se couche sur la rive, pour que l'onde murmurante le berce à jamais dans son dernier sommeil.

Sur cette donnée très humaine et naïve, Schubert a écrit de la musique limpide comme le cristal. Uni d'in-

It SCIIUUKRT

tention avec le poète qui l'inspire, il cherche visiblement la note populaire. On dirait qu'en écrivant la Belle Meunière, il a eu la préoccupation de faire facile. Sauf deux lieder, tous ceux du recueil sont dans des tons peu chargés d'accidents; jamais ses rythmes n'ont été plus simples et plus francs, sa mélodie plus familière et plus naturelle, ses accompagnements moins compliqués. Presque tous les lieder de ce cycle possèdent une indicible saveur de campagne ; ils sentent le foin coupé, on y voit le ciel bleu... Leur valeur est sans doute inégale, mais ils ont tous une allure coulante et une saveur agreste qui n'ont pas peu contribué à leur popularité. Mentionnons les plus remarquables.

Le numéro 1 (Le voyage) a tout à fait la physionomie d'un chant populaire. La mélodie circule en gracieux méandres, comme l'eau du ruisseau, avec un doux abandon et un entrain joyeux. — La gracieuse mélodie du numéro 2 [Ohvais-je?)tra.duH délicieusement le laisser-aller d'une confiance sans borne dans la « bonté » de la vie et le droit au bonheur. C'est vraiment la voix de la .Nature ellemême qui parle : Schubert n'en est que l'écho fidèle et l'interprète docile. — Le lied numéro 4 (Remerciement au ruisseau] a un charme enveloppant] d'une attirance irrésistible. L'accompagnement, écrit dans la belle sonorité grave du piano, — région de la voix d'homme, — a des mouvements onduleux qui vous bercent amoureusement. Le chant plein de mollesse et de langueur semble préparer l'âme à des caresses proebaines. Ou sent que la « sirène » n'est pas loin: et le cœur du jeune voyageur va se laisser prendre, au risque d'être broyé comme un grain de blé sous la meule du moulin. — Du numéro 5 (Soir de fête), nous citerons surtout le milieu et la lin. Le passage où le maître meunier remercie ses ouvriers de leur /de. ou la jolie meunière leur adresse ensuite un gracieux « Bonsoir ! » est traité de main de inailre. Signalons vers la lin du morceau le

retour du même passage en la mineur et le trait t\u piano dont chaque note ressemble â une goutte de rosée. Le numéro 7 [Impa tience esl nu des plus beaux cris de passion qui aient jamais été proférés. L'originalité du contour mélodique, l'entrain rythmique

de l'accompagnement, la force expressive des harmonies sont indescriptibles. Si court qu'il soit, ce lied est une création de premier ordre. Il traduit avec une concision surprenante, dans une forme saisissante et bien frappée, les transports débordants d'un cœur jeune (pie le bonheur inonde. La musique donne une puissance illimitée au texte poétique : « Sur toutes les écorces, sur Imites les pierres je voudrais le graver; sur toutes les feuilles blanches je voudrais l'écrire : Mon cœur est tien! » Aucun mot français ne peut égaler la puissance du pronom Dein chanté sur une note élevée. — dont la durée est longue, — et mise en vedette au début de la phrase musicale, comme un drapeau qu'on arbore. <'.e passage suffirait à prouver que certaines compositions vocales sont rétives à la traduction et que, pour en faire apprécier la valeur, il est indispensable de les chanter dans la langue même où elles sont écrites. — Le numéro 12 (Silence) est admirable. Originalité, sentiment intime, profondeur, tout est réuni dans ce lied qui est sans contredit un des plus beaux du recueil. C'est que la mélancolie du désir est une des cordes les plus vibrantes de la lyre de Schubert. On ne saurait trop admirer la valeur mélodique de l'accompagnement , la phrase vocale si expressive du milieu et les belles modulations qui donnent tant de richesse et de variété à la fin du morceau. — Le numéro 14 (Le chasseur) est à signaler. La jalousie s'est glissée dans le cœur du meunier et sa mauvaise humeur se traduit dans l'apostrophe suivante : « Que cherche le chasseur près du ruisseau du moulin? Reste, fier chasseur, sur ton terrain ! Ici il n'y a pas de gibier pour toi. Ici ne demeure qu'une biche, apprivoisée pour moi : et, si tu veux la voir, la douce biche, laisse ton fusil dans la forêt ! Laisse a la maison tes chiens aboyeurs ! Que le son tapageur de ton cor fasse silence! Rase la barbe hérissée qui couvre ton menton! Autrement, dans le jardin, la petite biche aura vraiment peur... Fais mieux encore : reste dans la forêt ! Laisse en repos moulins cl meunières! Les petits poissons n'ont rien à faire dans les branches vertes, ni l'écureuil dans l'étang azuré. » Sur celle poésie charmante Schubert a écrit une mélodie syllabique pleine de caractère, au rythme rude et « bourru ». — Le numéro lô [La couleur préférée) est d'une tristesse pénétrante et d'un accent qui arrache des larmes. C'est de la musique inimitable! C'est du grand el du beau Schubert ! Lui seul sait trouver autant de puissance dan- la simplicité. Cette note unique, ce fa dièse, que la main droite, à la partie de piano, répète obstinément, est comme le glas funèbre des amours du meunier. Il n'a plus qu'un désir:

s'ensevelir dans le vert ', la couleur préférée de celle qui l'a trahi et qu'il adore toujours. — Dans le numéro 20 [La Berceuse du ruisseau) , Fonde appelle à son aide tout ce qui peut bercer la douleur et donner au malheureux meunier la seule consolation possible : le repos dans un sommeil qui durera aussi longtemps que « l'eau de tous les ruisseaux n'aura pas été bue par la mer ». Cette pièce de vers, la dernière du recueil, a inspiré à Schubert une mélodie ravissante qui laisse dans l'urne une indéfinissable impression de calme et d'apaisement.

Le voyage d'hiver. — Le second cycle composé par Schubert sur un texte de Mùller comprend 24 lieder divisés en deux parties. Les 12 premiers furent écrits au commencement de l'année 1827 : Schubert compléta le recueil dans le mois d'octobre de la même année, au retour de son voyage à Gràtz.

Au point de vue du caractère, ce second « cycle » est l'antipode du premier : autant la musique de la Belle Meunière nous réjouit par sa note tendre, claire et jeune, autant le Voyage d'hiver nous attriste par sa couleur sombre et lugubre. En l'entendant, nous sommes comme écrasés par un ciel bas et morne d'hiver. Un linceul de neige s'étend sur la campagne, à perte de vue. Les ruisseaux congelés ne courent plus. Pas une trace de vie dans la nature ! Dans la nuit, pas un bruit qui ne soit sinistre : l'aboiement prolongé des chiens, le grincement de la girouette, le déchaînement de la rafale tordant les branches des arbres-squelettes ! Dans cette enveloppe de terreur s'agite un homme dévoré par le mal d'amour. D'espoir; il n'en a plus. Son être moral est en désarroi, s;i vie est sans but. Seul dans la profonde nuit, dans

\. La mol allemand grûn ne signifie pas Beulemenl vert, il vent dire aussi frais, jeune, plein de sève.

l'implacable hiver, il marche à l'aventure, fuyant la ville où habite celle qui l'a trahi. «

Il est à regretter que le poète ait à peine estompé, dans un contour vague, la silhouette de l'amante infidèle. Nous porterions un intérêt plus vif encore aux tortures d'un malheureux, s'il nous était permis d'en mieux pénétrer la cause. Schubert, comme toujours, s'est fait l'esclave du poème et a réussi merveilleusement à en traduire la morne couleur. Toute la musique du Voyage d'hiver, sauf quelques pièces, semble voilée d'un crêpe ; on y chercherait vainement ces tons éctatants, ces teintes chaudes et diaprées, qui donnent d'ordinaire à son œuvre un attrait enivrant. C'est bien une musique « d'hiver » qu'il a écrite, un peu blafarde et comme décolorée. Sur ce fond d'un gris sombre et d'une uniformité voulue, se détachent en vigueur quelques épisodes, où nous retrouvons les nuances magiques de sa palette : la Poste, le Corbeau, la Matinée orageuse, le .In ni'iir île vielle.

L'entrée en matière (lionne nuit!) n'a rien qui puisse faire présager une succession d'impressions tragiques. L'expression de la mélodie est plutôt gracieuse que mélancolique, surtout dans la dernière strophe en « majeur », où se reflète une nuance d'ironie légère. — Dans la seconde pièce (La Girouette), l'ironie devient plus mordante et le sentiment plus âpre. « Le vent d'hiver fait grincer la girouette du toit... » N'est-ce point aussi une « girouette», celle qui renonce à son ancien amour pour devenir la fiancée d'un homme riche f La musique de ce lied est spirituellement railleuse, et Schubert n'a pas manqué d'imiter le grincement de la girouette dans quelques passages de l'accompagnement d'un réalisme très réussi. — Le uj :t (Larmes glacées) estime îles mélodies de Schubert les plus connues ; elle ligure dans presque tous les recueils de moiveaux choisis, si pénétrante et si expressive qu'elle soit, interprétée isolément, on l'apprécie bien mieux encore quand «m l'entend chanter à la place qu'elle occupe parmi les autres

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mélodies du cycle. — On sent que le n" 4 [Rigidité a été écrit d'un seul jet. C'est une plainte superbe, un beau cri de passion jeté par une âme ulcérée. Ce lied rappelle un peu, par son allure, certains allégros enfiévrés des premières sonates de Beethoven. — Le n° '.'» (Le Tilleul) a la simplicité et la fraîcheur naïve d'un chant populaire : son charme est encore rehaussé par la phrase épisodique si originale qui l'encadre et qui est confiée à la partie de piano. — La musique du n° 6 [Flot de larmes) rend bien, dans son ensemble, le sentiment douloureux de la poésie de Mûller : « 0 neige ! lu connais ma douleur ; suis seulement mes larmes, le ruisseau te prendra! «Peut-être pourtant le compositeur n'a-t-il pas trouvé un accent assez particulier pour mettre en relief ce beau vers : « Là où tu sentiras mes larmes devenir brûlantes, là est la maison de ma bien-aimée. » Signalons rapidement deux numéros : Au Torrent (7), et Repos (10), pour nous arrêter enfin à la superbe mélodie La Poste (13), une des plus caractéristiques et des plus géniales que Schubert ait écrites. On ne peut pas dire pourtant que le texte en fût particulièrement inspirateur : « J'entends retentir le cornet de la poste... Qu'as-tu, mon cœur, pour bondir de la sorte ? La poste n'apporte pas de lettre pour toi ! » Sur cette poésie assez banale, Schubert a trouvé de la musique surprenante de mouvement, de couleur, de passion et d'originalité. Nous voyons reparaître avec délices ces changements de « mode » et de « ton » si imprévus, ces harmonies savoureuses comme un beau fruit vermeil. Après la modulation en sol bémol, le retour dans le ton primitif est génial. Le cœur, longtemps comprimé, bal d'un espoir effréné. On dirait un coursier affolé à qui son cavalier rend la main... Jamais, avant Schubert, de pareils accents n'avaient été proférés.— Dans un autre genre, le n" 15 (Le Corbeau) esl non moins superbe. Ici, la note sombre reparaît : « Corbeau, animal étrange, tu neveux pas me quitter ? Regardes-tu déjà mon corps comme Ion butin? Je n'irai pas loin désormais sur mon bâton de voyageur; corbeau, sois-moi fidèle jusqu'à la mort ! » Sur celte poésie lugubre, Schubert a écrit une mélodie très colorée, d'une tristesse grandiose et d'un puissant caractère, — Mentionnons encore La dernière feuille, dont l'accompagnement imitatif ne manque pas d'originalité, - La matinée orageuse, vraiment géniale par la trouvaille de son rythme violent et de ses harmonies tempétueuses, — Courage 1 mélodie mouvementée et très entraînante avec son accent provocateur et son allure de défi : -enfin, Le joueur de vielle, qui vient dore le cycle par un chef-d'œuvre incomparable. La figure falote >\\\ pauvre musicien ambulant

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ressassant le même air sur sa vielle, s' escrimanl sans trêve sans ([ne la petite sébille «esse de rester vide, el ne réussissant, avec les notes discordantes «le sou instrument criard, qu'à l'aire aboyer les chiens, est une image navrante de la misère humaine et une création artistique de premier ordre.

On pourrait reprocher à Schubert de s'être parfois répété dans quelques numéros du Voyage d'hiver. Le dessin mélodique en triples croches qui se trouve dans le lied numéro 9 sur les mots « liegt noch schwer mir in dem Sinn ». n'est pas sans analogie avec une phrase de la mélodie suivante: « der Riïcken fiïhlte keitie Last » ; la fin du numéro 20 (Le poteau indicateur) rappelle un peu par ses harmonies La jeune fille et ta Mort ; enfin, sur les 24 pièces du recueil, il y en a quelques-unes d'incolores, comme l'Illusion etY Auberge. Le texte de cette dernière aurait pu faire espérer mieux. Mais ces défaillances passagères sont amplement rachetées par les accents inspirés et les trouvailles géniales qui assurent au Voyage d'hiver un renom impérissable.

Chants du Cygne. — Les quatorze mélodies groupées sous ce titre, dans une collection qui parut après la mort de Schubert, ne constituent pas un « cycle »; elles ne sont pas reliées entre elles par l'unité du sujet, coin me celles de la Belle Meunière et du Voyage d'hiver. Ce sont des pièces de chant séparées, réunies par l'éditeur dans le même recueil. Le seul point de commun qu'elles aient entre elles, c'est d'avoir été composées par Schubert en 1828, l'année même de sa mort.

On lit, dans le dictionnaire de Grove, que Schubert, admis dans l'intimité de Schindler depuis la mort de

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Beethoven, trouva, dans les papiers du Maître, un certain nombre de poésies choisies par lui pour être mises en musique, Le désir de s'associer à la pensée du grand homme, en réalisant lui-même son projet, fut pour Schubert une tentation si forte qu'il n'y put résister. Son génie, électrisé par cette idée, trouva pour ses derniers lieder des inspirations dont la splendeur les rend comparables à ce qu'il avait écrit de plus beau. Nous en analyserons quelques-uns.

jyo 3. Frùhlingssehnsucht (Le printemps source de désir) -Cette eraéieuse mélodie, dont l'accompagnement alerte semble frétillei de S a une allure joyeuse, vive et jeune comme 1, mw.uveau. Unepo n e de mélancolie se mêle, dans le cœur du poète, à cet fête du printemps. 11 aspire au bonheur d'amour dont tout, dans la natur lu représente limage. Le sentiment du désir inassouvies m du à la fin de chaque strophe, par une modulation pleine d charme et d'imprévu. La cadence finale est à signaler : sous la dernière nott que chante la voix. Schubert frappe l'accord de « dom, nante .et le sens musical reste comme « suspendu ». On dirait une ^terrô-a ion douloureuse, lancée par le pauvre amoureux a cell de li depeml sa grâce ou son arrêt de mort. L'effet enserad encorj

lu in tenrsi Schubert, par déférence pour la routine de 1 eue.

ait ,as ru devoir faire entendre l'accord de tonique dans ej

^ nier s mesures jouées par le piano- Cette réponse prématurée

S évanouir la poésie du doute, enlève a cette termmaij

son beaucoup de son originalité.

r4.SMndc/ieH(Séréuade).--l)anseeladu1ir^leIMHMue(lauiour.

la mélodie s'irise de teintes diaprées, grâce a de fréquents passag< -

du Suraumineuretmce^a. Ce moyen d expression quj

„ ,ns mentionné plus haut, Schubert l'a employé dans uj

Sdnpmhrède mélodies : Rosamunde, la Barcarole bon imagel

s," Il Devant mon berceau, etc. La perfection de la construc]

^, , le dans ce lied à la magie de la couleur. Les ragmend

Tmtoto, ^co^fiés à la partie de piano viennent élargir et coml

. ,.„„,„„,. de la ligne de chant. La dernière phrase, du|

;,;,,;,, ou B'ttCcentue limpatience du désir, amené, al

i n modulai très neuve, la péroraison, a laqueed

S exécuté par le piano ajoute une intensité expressive partictJ

ière. Dans une période de 22 mesures, Schubert effleure -les- ions de ré mineur, de si mineur, de ré majeur, de ré mineur, et se repose enfin sur celui deré majeur. Voilà en partie le secret de ces reflets changeants qui donnent à sa musique un coloris spécial et on charme si particulier.

iVy 5. Aufenthalt (Retraite). — 11 se dégage de cette composition extraordinaire des senteurs de mousse, de sapin et d'écorce de chêne. On y déguste voluptueusement le mystère de la solitude et la sauvagerie de la nature. Jamais Schumann. malgré tout son génie, n'a senti et rendu aussi profondément la vie de l'univers. Quand on chante cet hymne effréné à la divine Terre Nourricière, on comprend le panthéisme «le Schubert; on s'explique pourquoi, devant la splendeur infinie de la .Nature, il ne redoutait pas la mort et aurait voulu s'anéantir dans le gigantesque réservoir de la Vie Universelle l.

La sublime inspiration qui u .créé ce lied procède de l'amour de la Nature, multiplié par le « Sensucht » (mélancolie du désir). C'est l'éternel désir, — jamais assouvi, — que redoublent encore le bruit du torrent, la sauvagerie des rochers et la solitude des bois. C'est la soif de l'Infini entrevu à travers le Tangible et le Visible, dont la beauté « finie » le révèle.

Jamais, d'une âme humaine profondément altérée de la soif de l'Au-delà, il n'est sorti un plus beau cri que celui jeté par Schubert à la fin de ce lied. Cette modulation formidable, de mi mineur en ut mineur, à laquelle succède une expansion mélodique d'un contour comparable à un geste superbe, est un des effets musicaux les plus puissants que nous connaissions.

N° 7. Abschied (Le départ). — Cette étonnante création est plus que de la musique, c'est une « tranche de vie ». La scène est complète, nous voyons le personnage et le décor: le cavalier dépasse les dernières maisons du faubourg, il salue en passant le gentil minois des fillettes, il regarde le ciel étoile, puis la lueur vacillante dans la chaumière lointaine, et il s'éloigne... il s'éloigne toujours, emporté par le trot de son cheval, entraîné par le courant de la vie qui le mène dans la nuit et dans l'inconnu.

Si on analvsc ce prodigieux morceau, on verra qu'une grande partie de son effet réside dans la persistance d'une forme rythmique ins pittoresque. L'emploi d'un dessin obstiné dans î'accompagpemonl d'une mélodie est une création de Schubert. Le

i. Voir la lettre de Schubert, p. 24.

premier, il a appliqué au lied la loi de l'unité rythmique, qui est le principe essentiel de la symphonie.

Le texte des quatre mélodies que nous venons d'analyser est de Uellstab. Celles dont il nous reste à. parler ont été composées suides poésies de Henri Heine, tirées du « Livre des Lieder ».

N° 8. L'Atlas avec son rythme de géant oppressé, a un caractère de grandeur, bien conforme à la pensée du poète : « Moi, malheureux Atlas, je dois porter un monde, le monde entier îles douleurs, je supporte l'insupportable, et mon cœur se rompt dans ma poitrine. » Le chant de ce lied est presque toujours doublé par la basse du piano, qui « supporte » les harmonies jouées par la main droite. Il faut en admirer la farouche modulation qui va «le mi mineur en sol mineur et la cadence finale d'une puissance singulière et d'une grande originalité L.

N° 9. lhr Bilcl (Son image). — Quelle simplicité dans ce lied et quelle profondeur! Il se compose de deux courtes phrases, et le début de la première est un simple « unisson ». l'ourlant, il ouvre à notre imagination des perspectives infinies, en évoquant tout un monde de regrets et de lointains souvenirs. Cette musique si « vécue » nous fait revivre notre propre existence et se fixe en nous, pour y demeurer à jamais. Elle porte au plus liant degré l'empreinte de Schubert, sans ressembler pourtant à rien de ce ipi'il a écrit. Avec autant de sûreté qu'il décrit les sensations du monde extérieur, ce grand magicien pénètre dans les Intimes profondeurs de notre être.

N° M. lïic Stadt (La Ville). — C'est à peine si dans la vapeur grisâtre qui enveloppe la ville, on voit se dessiner la vague silhouette de ses tours. La rame du batelier produit en retombant dans l'eau, à des intervalles réguliers, un bruit monotone et triste Tout à coup le soleil se lève... il éclaire une lugubre place, celle ou le poète perdit sa bien-aimée... Quelques coups de pinceau ont suffi à Schubert .'pour réaliser çç programme- "ans un tableau où le sentiment proprement dit n'a que très peu de place, il règne une impression de « nature •> très émouvante, parce que le paysage a une âme.

Schubert-est un peintre et un peintre « impressioniste ». tout en gardant la maîtrise d'un classique.

\ 12. An Mcer (Au bord de la mer). — Devant le spectacle grandiose un couplé s'est arrêté dans une muette extase. La jeune femme

i. L'emploi ilu l" bémol dans le ton de sol mineur donne à celle cadence une laveur loute a dorlennu ».

attendrie ne peut retenir ses larmes. Son compagnon éperdu s'empresse de les boire : aussitôt il sent le feu <lu désir bouleverser son àme. Mais, si brûlante que soit la passion, quand elle dévore un cœur d'homme, quelle place occupe-t-elle dans le cadre sans bornes de l'univers1? L'expression du sentiment se combine, dans ce lied, avec la peinture du « milieu » où la scène se passe: Schubert y a mis cette transparence et cette fluidité de lumière qu'on observe sur les plages. Nous jouissons d'une véritable impression de « plein air « et d'immensité devant ce tableau où la ligne d'borizon semble reculer jusqu'à l'infini.

N° 13. Doppelganf/er — Ce mot signifie exactement « Etre double ». Le mot français « Vision », employé par certains traducteurs, ne rend pas du tout l'idée, qui est foncièrement allemande... I n malheureux, qui a subi toutes les tortures du cœur, erre la nuit dans la ville que son amante a quittée depuis longtemps. 11 se retrouve devant la maison qu'elle habitait; au pied de cette maison il y a un homme, il le reconnaît : c'est sa propre image, c'est lai-même qui, convulsé de douleur, se tord les mains de désespoir ' !

La mélodie composée par Schubert sur cette pièce est sans contredit une des plus belles pages de l'art musical. La modulation qui va de ré majeur en ré dièse mineur, et le retour dans le ton primitif de si mineur, sont d'un effet déchirant. Aucun compositeur n'a jeté la sonde plus profondément dans l'abîme de la souffrance humaine.

Outre ses innombrables iieder à une voix, Schubert a hissé une cinquantaine de chœurs pour voix d'hommes avec ou sans accompagnement et une vingtaine de compositions chorales pour voix mixtes, dont quelquesunes avec accompagnement d'orchestre.

Parmi les quarante-six chœurs pour voix d'hommes, — tous inconnus en France, — il y en a au moins la moitié qui sont des plus remarquables. Un des plus 'développés est le Chant dés Esprits sur les eaux [Gesang der qeister ilber den Wasser?i), chœur à huit voix d'hommes

i. Alfred de Musset a exprimé la même idée dans ta Nuit de

Décembre.

avec accompagnement de deux altos, deux violoncelles et une contre-basse, écrit sur une poésie de Gœthe. Cette composition, d'une conception curieusement personnelle et empreinte d'un sentiment profond, est réellement impressionnante par sa poésie et sa couleur. Au début, certaines modulations rappellent un peu le trio du scherzo du superbe quintette en ut.

Chercheur avide de sonorités rares, Schubert déploie un talent supérieur dans l'art de disposer le quatuor vocal. Citons, parmi les morceaux les plus remarquables de cette opulente collection, Der Entfernten (l'Absent), — Grab und Mond (Clair de lune sur une tombe), — Flucht (Fuite), d'une écriture savante et d'une polyphonie très travaillée, — Liedhn Freien (Dans la libre Nature), d'un style absolument personnel, — Mondenschein (Clair de lune), d'une musicalité exquise, — Wehmuth (Tristesse), qui contient des harmonies impressionnantes et trouvées; — Nachthellc (Splendeur de la nuit), chœur avec accompagnement de piano et solo de ténor, d'une fraîcheur d'inspiration incomparable ; — enfin, un très bel hymne à deux chœurs écrit sur une poésie de Schmidl. Il serait grandement à désirer que ces chœurs fussent traduits. Ils introduiraient un élément classique dans le répertoire de nos sociétés orpbéoniques qui malheureusement, presque toutes, sont composées uniquement de voix d'hommes et ne peuvent, pour ce motif, aborder l'interprétation des chefs-d'œuvre de la grande musique chorale.

Des œuvres laissées par Schubert pour chœur « à toutes voix », nous admirons particulièrement celles qui sont écrites sans accompagnement : Osterlied (Chant do Pâques), d'après une poésie de Klopstock, morceau

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d'un très beau caractère et d'une construction rythmique curieuse, — et surtout le Psaume 92, dont la musique colorée et grandiose a été composée sur les paroles hébraïques*.

Parmi les compositions chorales avec accompagnement d'orchestre se trouvent beaucoup de cantates de circonstance, sans grande originalité. SignaLons pourtant un beau chœur religieux : Hymne anden Unendlichcn (Hymne à l'Infini), Gebet (Prière), composition un peu trop rossinienne, mais dont la fin est charmante, et le Mirjam s Siegergesang (Chant de victoire de Mirjam), où le style de Schubert se rapproche de celui de Hàndel. Avec une incroyable facilité, ce Protée musical s'assimile tous les styles ; il est à son aise dans tous les genres. Tout ce qui est du domaine delà musique est abordable à Schubert; et cela, pour ainsi dire, sans autre aide que son prodigieux instinct.

Pour achever ce rapide aperçu des productions chorales du grand mélodiste, mentionnons deux très beaux chœurs pour voix de femmes : Gott meine Zuversicht Confiance en Dieu) et Gott in der Natur (Dieu dans la Nature). Ces deux morceaux figurent dans la collection Peters.

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