‹ SchubertChapitre 14 sur 19 · Elle date do 1828, L'année même de sa mort · texte numérisé non relu

Elle date do 1828, L'année même de sa mort

c'est la goutte d'eau rafraîchissante qui vient humeder les gosiers desséchés. Puis la bande errante se remet.cn marche, l'eu a peu elle s!éloigne : hommes et chevaux vont toujours se rapetissant de plus en plus... Ils finissent par disparaître derrière un pli de terrain, et l'on .n'entend plus que -l'écho très affaibli de la « marche ». dont le retentissement mystérieux se prolonge encore en nous, comme s'il avait éveillé dans notre ânie l'appétit des distances vertigineuses et des espaces illimités.

Si l'inspiration de Schubert a parfois l'âpre saveur de la musique des Tsiganes, l'auteur de la dixième symphonie se révèle, dans le scherzo, comme un véritable enfant de Vienne, adorant l'éclat de la gaîté et l'emportement des réunions jbyeuses. On connaît le goût de Schubert pour la musique de danse. Presque toute celle qu'il a laissée l'ut improvisée dans des bals où il restait assis au piano une partie de la nuit, jamais lassé, toujours en verve, ranimant l'entrain des danseurs et entretenant par ses intarissables mélodies le feu sacré du plaisir. Par son caractère, ce scherzo n'a rien de commun avec ceux de Beethoven qui se dansent le plus souvent — sauf celui de la « pastorale ». — dans le monde de- Esprits. D'un rythme mouvementé et d'une allure rapide, il l'ait apparaître à nos yeux des êtres de chair et de sang, des <* humains ». d'une race déterminée, (le sont des « Viennois » qui passenl devant nous dans le tourbillon de la danse. On ne saurait trop le répéter, Schubert est avant tout un musicien « ethnique». Parfois, cette agitation .tumultueuse se change en un rythme d'un balancement voluptueux où la mélodie s'alanguit, ondoyante, lascive et comme pArnée. Les couples s'enlacent plus étroitement en se murmurant à l'oreille des syllabes amoureuses qu'entrecoupe la reprise du mouvement haletant de la danse. — A signaler la jolie phrase dialogues en canon par les premiers violons et les violoncelles, — les mouvements ondulëux du quatuor uni à la quadruple octave, pendant que les cors et les bois continuent les pulsations rythmiques et le frétillement de la danse : —

enfin, une exquise modulation de Rit bémol en ut bémol, bientôt suivie d'un retour dans le ton d'ul naturel majeur.

Le « trio » est construit sur une simple idée rythmique, développée SUÎVanl les lois de la plus stricte unité.

Le Haut débute comme une fanfare d'allégresse, comme wn salut a la lumière et un joyeux appel aux forces d'où s'épanche la vie : vie exubérante qui nous emporte dans un bourbillon d'indicible énergie, d'ivresse débordante, de généreux enthousiasme. < > i»

'•ni que ce final a COUlé d'un seul jet, Bien que 1res étendu, il est

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régi < la ns toutes ses parties par une loi d'unité rigoureuse. Les développements naissent des idées, spontanément, avec une opulence superbe. Comment décrire l'extrême délicatesse du passage qui suit la première reprise î Jamais trame symphonique a-t-elle été lisséeavee plus de légèreté et de linesse? Et quel beau conslraste provoque ensuite l'explosion exlraordinairement grandiose du second théine ! L'attaque quatre fois répétée de la note ré par les cuivres et les liasses est d'une incommensurable grandeur. Rien que pour ce passage, le morceau mériterait notre admiration : seul, un maître symphoniste pouvait l'écrire. Nul, mieux que Schubert^ n'a compris que la « répétition » rythmique est le principe constitutif du genre; il en a tiré des effets d'une intensité suggestive incomparable.

Quand la symphonie en ut fut essayée pour la première lois à Londres, le dessin obstiné en « triolets » du final provoqua dans l'orchestre des murmures et des protestations. Aucun de ces musiciens « manœuvres » n'avait senti passer sur lui le grand souille de l'éternelle Beauté !

C'est que très souvent, dans le domaine musical, la révélation du Beau frappe l'homme de stupeur. On dirait qu'il devient sourd. Il lui faut souvent de longues années pour se reprendre et comprendre le sens des œuvres les plus limpides et les plus claires. Quand l'intelligence de la vérité pénètre entin et circule dans la masse, le plus souvent le créateur est mort. Alors, ces éloges qu'on lui marchandait sont prodigués à sa mémoire. L'apothéose succède à l'indifférence, quand ce n'est pas il l'insulte et au mépris! — On dirait que les vrais créateurs doivent subir l'épreuve redoutable, comme si le traitement par les « amers » était indispensable à la santé du génie ! Si l'artiste créateur était de suite « reconnu » et l'été, s'il goûtait dès la première heure la douceur des adorations et l'enivrement du

triomphe, peut-être sa sève créatrice serait-elle étiolée par une atmosphère trop imprégnée de parfums capiteux; peut-être les rigueurs de l'adversité et les morsures de l'épreuve sont elles nécessaires pour donner au créateur humain la maîtrise de la vojonté et l'« SB8 triplex » d'une foi inébranlable.

A en croire les biographes, jamais Schubert n'eut la joie d'entendre la symphonie en ut. Depuis qu'il est mort, elle a été fréquemment applaudie en Allemagne et en Angleterre. En France, elle est loin d'avoir rencontré la faveur qu'elle mérite. Un incroyable ostracisme pèse encore sur elle. Les symphonies de Schumann ne quittent pas l'affiche de nos concerts. De Schubert, on exécute de loin en loin les deux morceaux de la symphonie en si mineur; mais la symphonie en ut, quand lui fera-t-on l'honneur de la mettre au répertoire?

Notre admiration profonde pour cette œuvre prodigieuse nous arrache un cri de protestation contre un pareil dédain. Qu'il y ait dans les œuvres instrumentales de Schubert des longueurs, soit ! Mais malgré ses longueurs ou sa « longueur », la symphonie en ut mériterait d'être jouée souvent, parce qu'elle renferme d'incommensurables beautés. Les grands génies créateurs sont trop rares pour qu'on enterre leurs productions les plus remarquables. Depuis quatre-vingts ans que cette composition est écrite, l'incompréhension de la première heure doit être dissipée. Liszt et Schumann professaient pour elle une admiration sans bornes. ()sera-t-on dire qu'en matière de musique sy m phonique ces princes de I Art étaient incompétents? Qu'on nous rende l;i symphonie en ut ! Nous la réclamons. On nous la doit.

Symphonie inachevée en si mineur. — Inachevée, pourquoi ? Schubert n'a donc pas compris combien il servirait sa gloire en terminant une œuvre si colorée et si personnelle, la première <l<4 ses compositions symphoniques où il apparaisse vraiment original?

Les deux morceaux de la symphonie en si mineur furent écrits en octobre 1822, la même année que le fragment littéraire intitulé Mon rêve. Mais, autant la prose de Schubert a un caractère vague et imprécis, autant ces deux, morceaux sont burinés arec nettetéautant l'arête de la pensée musicale s'y montre vive et ferme. Tragique et sobre, tel nous apparaît le premier morceau à 3/ 4, Allegro Moderato. Dans aucune île ses œuvres Schubert n'a uni tant de force à tant de concision ; et, de cette dernière qualité, on le sait, il se montre d'ordinaire peu prodigue. — En parlant de Schubert, Schumann «lit de lui « qu'il est à Beethoven ce qu'une femme esta un homme ». Si le mot est exact pour d'autres œuvres, il n'est pas juste, appliqué à cet « allegro ». Une fermeté toute virile se décèle dans ces « silences » qui interrompent brusquement la phrase mélodique avant l'explosion de l'accord d'ut mineur, puis de mi mineur, quand le même passage est reproduit dans la seconde partit; dU morceau. La teinte funèbre répandue dans le motif initial produit un constrasle saisissant avec le second thème, dont émane une impression de suavité et de bonheur exquis. Cette mélodie es! tellement savoureuse qu'elle donne envie de mordre au fruit de la vie à pleines dents... Mais le spectre de la Mort se dresse devant nous ! Les joies d'ici-bas sont brèves; les roses du bonheur terrestre se fanent vite, et la Nature a mis au cœur de l'homme L'appétit d'une ivresse qui ne connaît pas la satiété,

La nuance « pianissimo » nous parait avoir dans cet allegro, comme dans presque toutes les œuvres de Schubert, une valeur expressive particulière. .Nous ne pensons pas exagérer en disant qu'elle doil y être observée avec plus de soin et de délicatesse encore que dans toute autre musique.

L'andanle cou moto à :5,4 est un morceau tombé du ciel, d'une suavité angélique cl dune mysticité adorable. En écoutant ces accords vraiment célesles, nous \o\ons apparaître les images séraphiquea et les divines ligures de Fra «ealo Angelico. Schubert, par un miracle de « clairvoyance », a su retrouver les impressions de I innocence primordiale; et sa musique, en sa pureté souveraine, redit les joies de I homme « avanl le péché ».

Le grand symphoniste écrivit ces deux merveilles pour remercier la Société de musique de Grâtz. Cette Société, qui l'avait nommé membre d'honneur, ne lui fit pas l'honneur de les exécuter. On croit rêver en apprenant que c'est seulement en 1865, trente-sept ans après la mort de Schubert, qu'ils furent joués pour la première fois. Très goûtée à Vienne, cette musique divine devait faire son tour d'Europe et rencontrer le succès partout, môme en France, où elle a paru sur les programmes de nos concerts beaucoup plus souvent que la symphonie en ut. Cette dernière avait été exécutée au « Gew andhaus » dès 1839, sous la direction de Mendelssohn et à l'instigation de Schumann, zélateur ardent de la gloire de Schubert.

Un an avant la symphonie «inachevée », Schubert en avait écrit une autre dont l'orchestration ne fut jamais terminée. En 1823, une grande symphonie, celle-ci complète, fut dédiée par lui à la Société de musique de Vienne. Cette œuvre a été perdue.

En somme, il reste de Schubert huit symphonies : la première, composée en 1813, pendant qu'il était encore élève du « Convict» ; — la deuxième, en si />é?nol[ïHii) ; — la troisième, en ré (1815) ; — la quatrième, en /// mineur (1816) ; — la cinquième, en si bémol (4816); — la sixième, en ut majeur (1817) ; — la huitième, inachevée, en si mineur (1822) ; et la dixième (ou grande symphonie), en ut (1828).

Quatuors à cordes. — Schubert en a compost' vingt. Lf premier date de 1811 : il avait «loue quatorze ans quand il l'écrivit. Nous parlerons surtout des deux derniers : en ré mineur et en sol majeur, datés tous deux de 1826.

Ces deux œuvres maîtresses peuvent sans contredit soutenir la comparaison avec ce qui a été écrit de plus beau dans ce genre. Les idées et le style en sont d'une élincelante Originalité. Quel contraste saisissant dans les sonorités! Quelle entente supérieure dans la disposition des instruments! Rien, dans ces compositions « intriguées », qui ne soit clair et naturel; tout est éloquent et expressif, toutes les parties chantent. Bien que le miracle soit naturel à Schubert, on est tenté de croire, en étudiant ces quatuors, qu'ils sont le résultat d'une application bien étrangère à ses habitudes de production instantanée. Que des mélodies, même développées, aient pu couler d'un jet dune veine aussi riche que la sienne, cela se comprend encore. Mais un quatuor à cordes, qui est le dernier mot de la technique musicale, même quand on s'appelle Schubert, peut-on l'improviser? Pour produire dans ce genre quelque chose d'excellent, n'est-il pas nécessaire que la volonté intervienne, que la réflexion aide la spontanéité, et que l'effort du travail humain s'additionne au bienfait divin de la révélation?

Si une longue analyse nous est interdite, qu'il nous soit permis de glorifier le merveilleux allegro du quatuor en ré mineur, admirable de caractère, d'âpreté dramatique et de facture; — la sublime poésie des variai ions sur le thème de La jeune, fille et la Mort, — le scherzo, d'une invention rythmique si heureuse que Wagner en a fait son protit dans le premier acte de Siegfried1 — et son final exquis, étincelanl de couleur, de verve et de personnalité.

Le quatuor en 'sol fnqjëur, postérieur de quelques mois;

1. Le rythme du thème de la o forge », esl identique à celui <lu icherzo de Schubert.

au précédent, est d'un art plus élevé et plus puissant encore, h'aïlegro molto moderato, avec son premier motif si lier en son énergique dénégation et son second thème qui se lamente et supplie avec une insistance si passionnée, — le sublime andanle lui poco moto où Schubert a trouvé le moyen de gouverner avec le sentiment pur un morceau de quatuor solidement construit, — le Trio du scherzo, où le violoncelle et le premier violon dialoguent avec tant de grâce et de charme pénétrant, sont des pages qui, selon nous, n'ont point été surpassées.

On trouve des passages exquis dans les autres quatuors, notamment dans celui en la mineur (1824), dont le premier morceau, habilement développé, a une couleur très particulière et dont le délicieux andante en ut majeur est construit avec le thème d'un entr'acte de Rosamunde. Mais, depuis lors, Schubert a marché à pas de géant. S'il avait vécu dix ans de plus, en progressant toujours dans la même proportion, il eùl à coup sûr égalé Beethoven, s'il ne l'eût dépassé.

Quintette avec deux violoncellrs, en ut majeur. — Il n'existe, à notre sens, rien de plus beau dans le répertoire si vaste de la musique do chambre. Le génie de Schubert s'y révèle en plein épanouissement de libre inspiration et de maîtrise impeccable. Les thèmes ont cette saveur particulière qui l'ait reconnaître entre mille une idée musicale de Schubert parvenu à L'époque de maturité. Les développements accusenl une personnalité non moins accentuée : ils présentent nue richesse et une spontanéité dont l'exubérance ne dégénéré jamais en longueur, excepté peut-être dans le

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final. L'emploi de deux violoncelles donne une sonoi - i I « "* Iris particulière à celle magnifique composition dont la teinte un peu assombrie apparaît dès la troisième mesure du premier morceau avec l'accord de septième diminuée {do, ré :, fa ;, la).

Allegro non troppo. — < Le premier thème, par sa simplicité et sa noblesse, fait penser au portique d'un temple à l'architecture sévère et grandiose. La seconde idée est un motif de « marche », genre de rythme pour lequel Schubert a une prédilection très marquée. Celui-ci a un caractère poétique tout spécial : une impression mystérieuse s'en dégage, grâce à la couleur propre des modulations et a l'emploi de la nuance pianissimo, dont nous savons Schubert 1res friand. Ne croirait-on pas, en l'entendant, voir passer à l'intérieur du noble édifice un blanc cortège de prêtresses?... Rien n'égale la belle ordonnance de ce morceau donl les développements toujours logiques témoignent d'une étonnante habileté de main, sans que l'esprit de combinaison vienne jamais refroidir la verve de l'inspiration.

Adagio. — Cette merveille peut servir de pendant à Yandante cou moto de la symphonie inachevée; depuis la première note jusqu'à la dernière, un souffle divin l'anime. C'est plus qu'une impression musicale que ce morceau nous procure : c'est une vision de l'Infini, une révélation de V « Au-delà ». Nous goûtons, en l'écoutant, une félicité surhumaine. L' « Intangible » s'incarne en 'les harmonies transparentes et vaporeuses qui font naître en nous comme un sens nouveau : un rayon de l'éternelle lumière nous dévoile une perspective inlinie de formes inconnues et de radieux horizons... Tout à coup le rêve s'interrompt*. Nous sommes ramenés sur la terre, OÙ la nostalgie de l'idéal entrevu exaspère nos ardeurs inassouvies et rallume nos lièvres... Mais voici revenir bientôt la vision enchanteresse ! La mélodie céleste se fait entendre de nouveau, encore plus caressante, plus rafraîchissante et plus douce. Aux terrestres angoisses, aux agitations douloureuses, succèdent une paix inlinie, un calme surprenant, un bonheur continu, sm> intermittence el sans lièvre. Nous savourons la nourriture immatérielle des Esprits ; nous nous baignons, renouvelés et rajeunis, dans l'azur éternel.

Scherzo. — Schubert, en grand artiste qu'il est, ne perd jamais de vue la loi des contrastes. Si, au cours du morceau précédent.

il mariait, dans une synthèse sublime, les angoisses de la terre et les extases du ciel, dans le scherzo il accouple un presto à trois temps, en ut majeur, à un aidante sosteauto à quatre lejups, en ré bémol. Aux contrastes du mouvement, de la tonalité et du rythme s'en ajoute un autre : celui du sentiment. Le presto est une chasse; V andante sostenuto est une marche au pays des rêves, d'une envolée toute mystique. Cette révélation extatique qui produit chez nous comme une irradiation du sens « intérieur », intervient au milieu d'une manifestation de vie toute '< extérieure », d'une cohue, de la bagarre d'une chasse. N'est-ce pas là une trouvaille hardie ?

L'andante sostenuto, placé au milieu du scherzo en guise de trio, est d'une prodigieuse beauté. On sent que Schubert, en l'écrivant, fut encore impressionné par l'idée de 1' « Au-delà ». Une ibis de plus il soulève un coin du voile qui cache les horizons « interdits ». Une force irrésistible nous entraine loin des régions terrestres ; un autre monde nous apparaît, des sentiments inconnus nous pénètrent; nous devenons avec Schubert des hallucinés et des « voyants »... Ivresses sublimes de l'art, vous n'êtes pas comme l'opium et le hachisch, dissolvantes et funestes. Vous permettez à l'homme, par la contemplation du beau, de se retremper dans une vie idéale : vous êtes son réconfort, son refuge et son rempart !

En créant cet immortel andante, que lui seul pouvait écrire, Schubert semble s'être trouvé dans un état dame analogue a celui qui lui inspira le fragment littéraire intitulé Mon rêve. 11 nous donne l'impression d'une semblable libération des attaches terrestres. L'esprit de Schubert a voyagé dans l'autre monde: mais si l'écrivain n'en a rapporté qu'une page curieuse, le musicien en exprime l'éblouissante vision formulée en mélodies et en accords sublimes.

Final. — Le final n'a pas une signilication psychologique aussi profonde que V adagio et Y andante sostenuto. C'est un morceau plein de vie et d'entrain; bâti sur un rythme très accentué, caractéristique et persistant, offrant de l'analogie avec les rythmes populaires. 11 n'est pas impossible que ce final soit le produit des impressions causées par les thèmes hongrois entendus a Zélesz. Malgré notre admiration sans bornes pour le quintette en ut,

nous pensons que son final présente quelques longueurs, — pas autant toutefois qui- celui du quatuor en sul. .Mais peut-OD d'être

pat désarmé en l'ace d'un morceau plein de verve débordante el

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de couleur ethnique ? Ce beau final renferme des modulations ù la fois naturelles et brusques dont Schubert a le secret *.

En parlant du quatuor en ré mineur, nous vantions les belles variations sur le thème de La jeune fille et la mort qui lui servent d'andante. Il est arrivé fréquemment à Schubert d'emprunter à ses mélodies vocales des airs préférés pour les placer, en les développant, dans ses compositions instrumentales2. Les variations sur le thème de la Truite, qui forment le quatrième mouvement du quintette avec piano, ont largement contribué à la popularité de cette œuvre qu'on a baptisée Quintette de la Truite3. Si nous professons peu d'enthousiame pour ces variations dont le thème nous parait entaché d'une certaine banalité, nous goûtons très vivement les savoureuses beautés du second mouvement — andante en fa majeur, — plein d'un charme < ■ x < [ h i s et tout ruisselant de musique.

Trios. — Bien au-dessus du Quintette de la Truite, nous plaçons les deux Trios pour piano violon et violoncelle, composés tous deux en 1827.

Si dans le premier morceau du trio en si bémol, le thème du début a dans son éclat quelque chose de trop

1. Voir, au début do eu Final, la modulation qui va iVul mineur on un bémol mineur, avec un retour soudain dans lo Ion initial [ut naturel majeur).

•2. Variations du morceau on mi mineur (piano ot flûte) sur lo liod n° b do la Belle Meunière. — Variations de la sonate en ut majeur pour piano et violon sur le lied : Sois toujours mes seules amours. — Adagio de la Fantaisie en ut, pour piano seul, basé sur une phrase du Voyageur. — Andante du 18° Quatuor à coides on la mineur, construit avec l'Entr'aete en si bémol de liosamunde.

'.'>. Ce quintette l'ut composé en 181'J à Stoyr, pondant le premier voyage de Schubert dans la Haute-Autriche.

extérieur, en revanche le développement qui suit la première reprise est de tout premier ordre. Schubert y déploie un lyrisme passionné et tendre d'une puissance irrésistible.

Que dire de l'admirable andante un poco niosso?. Schubert y fait vibrer toutes les cordes de lame humaine. Tour à tour il nous émeut par des cris véhéments et douloureux, et nous subjugue par des expansions religieuses et tendres. Son inspiration a la valeur d'un culte et l'efficacité d'une prière. Prendre souvent contact avec des œuvres aussi pures, c'est faire acquisition d'espérance, de chaleur d'âme, de patience, de douceur et de bonté.

Nous avons la hardiesse de trouver le final trop court. La transformation de la mesure à 2/4 en mesure à 3/2 nous paraît une trouvaille géniale. Un autre passage mérite d'être cité : celui où la partie de piano attaque lutta forza en trémolo l'intervalle de seconde majeure, bientôt suivi d'une accalmie où se fait entendre un chant égal en douceur aux caresses prodiguées par la Muse à son musicien préféré. On remarquera que la partie de piano de ce final est toujours écrite dans le registre élevé, ce qui donne à l'ensemble de la sonorité un éclat argentin et une transparence cristalline.

Tous les passages « pianissimo » doivent s'exécuter avec une recherche constante de ces effets mystérieux et lointains où se complaît Schubert, dont le cerveau, hanté par des visions supraterreslres, percevait distinctement les bruissements de L'Infini*

Dans le second Trio — en mi bémol% - postérieur de quelques mois au premier, la facture est pi us large el le CÔntOUr plus ample. L'andante surtout esl une créa-

tion merveilleuse» comparable à ce que Beethoven a écrit de plus beau dans ce genre. L'architecture de ce morceau est de proportion impeccable. Tout y est génial : les thèmes, les développements, les modulations.

Ici point de branches folles poussant capricieusement et sans mesure, mais une végétation éblouissante de richesse, couverte de Heurs au coloris étincelant. Certaines œuvres de Schubert pourraient se comparer à ces forets de la flore tropicale, où se révèlent des papillons diaprés, des oiseaux couleur de rêve, des parfums inconnus, des floraisons insoupçonnées. La puissance de création de Schubert est illimitée. Si parfois, faute de temps ou de patience, il négligea d'émonder une production d'une exubérance excessive, il nous a laissé des œuvres où il n'y aurait pas une note à retrancher. L'andante du Trio en mi bémol est du nombre.

Sonates pour piano seul. — Rien de plus intéressant que de voir le génie de Schubert se transformer suivant le genre qu'il aborde. Dans la forme de la « sonate » il n'a rien innové ; il y a mis cependant, comme dans presque tout ce qu'il a écrit, sa couleur propre et son empreinte caractéristique. Ses six dernières sonates pour piano — il v en a dix, — présentent toutes un intérêt musical extrême. S'il fallait citer celles qui nous paraissent le plus remarquables, nos préférences iraient à la « cinquième », en la mineur t dont le début, en sa simplicité naïve, a la couleur d'une antique légende. Que dire de son délicieux amiante en fa majeur, si délicat, si mystérieux, si adorablenient féminin? L'artiste qui l'a écrit, possède les ciels de la porte du Rêve : il en fait sortir le bonheur sous forme d'apparitions

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exquises dont la poésie nous enchante et nous console... Mais la « dixième », nous paraît encore plus belle et plus grande ; — on observe toujours une marche ascendante dans les créations de Schubert. — Si toutes les parties de cette sonate sont remarquables, le second morceau, « andante sostenuto », est une perle rare, un trésor. Dans cet andante, Schubert n'a pas seulement versé à flot son génie musical, il y a mis toute son âme... et quelle âme ! Quelle tendresse délicate, quelles expansions divines, quelles révélations ineffables trouveront dans ce morceau ceux qui sont non pas seulement les admirateurs mais les « amis » de Schubert !

On peut observer que tous les andante de Schubert sont remarquables. C'est que, pour composer un bel andante, le talent ne suffit pas; il faut surtout du cœur. Or celui de Schubert est toujours vibrant [d'émotion et palpitant de tendresse.

Compositions diverses pour piano. — Outre les dix sonates, Schubert a écrit pour le piano une grande quantité de pièces détachées et de compositions dans le style libre dont la plus importante est la splendide « Fantaisie » en ut majeur. Sur un rythme unique Schubert a construit quatre morceaux d'un caractère différent : — allegro con fuoeo ma non troppo, — adagio, — presto — et allegro. — Seul, le dernier morceau conclut; les trois premiers s'enchaînent, ce qui ajoute encore à l'unité rigoureuse de cette étonnante composition, où l'on retrouve les quatre mouvements de la sonate classique, le « presto » à 3/4 jouant le rôle de scherzo. Nous ne connaissons pas, dans tout le répertoire de la musique instrumentale, un seul exemple d'un pareil

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tour de force. Schubert, dans sa « Fantaisie », a déployé une habileté de main et des ressources de développement incomparables. Pas un seul passage où le joug de l'unité rythmique paraisse lui peser! Pas une mesure où il en résulte une impression de monotonie! Celui des quatre morceaux qui a fourni le schéma rythmique est Y « adagio » dans le thème duquel on retrouve textuellement une des phrases du Voyageur : « Die Sonne dûnkt micli hier so hall ». Rien n'égale la profondeur de sentiment et l'intensité d'expression de ce morceau, un des plus beaux que Schubert ait écrits. Le « presto » (scherzo), dont le rythme ternaire apporte dans cette œuvre un précieux élément de variété, est étincelant desprit et de verve légère; il reproduit dans une mesure différente une phrase épisodique du premier allegro, qui, la seconde fois, est ramenée par une modulation délicieuse. Les mêmes éloges doivent être prodigués à l'allégro du début et à l'allégro final, tous deux animés d'une verve endiablée et d'une puissance rythmique incomparable. Les traits les plus difficiles y abondent, sans que l'intérêt musical languisse jamais. La « Fantaisie » en ut est le concerto modèle où pas une des exigences de l'esthétique n'est sacrifiée au triomphe de la virtuosité. Nous comprenons que Liszt, qui adorait Schubert, n'ait pu résister au désir d'écrire pour elle un accompagnement d'orchestre. Il l'a fait d'ailleurs avec autant de discrétion que d'habileté.

Schubert n'était pas assez bon pianiste pour exécuter sa « Fantaisie ». On raconte qu'un jour, n'ayant pu se tirer d'un des nombreux passages scabreux qui s \ rencontrent, il quitta brusquement le piano, cédant sa. place au diable et le chargeant d'être son interprète.

L'immense valeur de cette composition ne doit pas nous empêcher d'admirer les beautés que Schubert à répandues à profusion dans des pièces de moindre envergure. Il serait injuste de ne pas mentionner le Menuet exquis de la « Fantaisie-Sonate » en sol majeur, avec son inimitable Trio d'une si admirable fraîcheur et F « Impromptu » n° 3, dont le grand souffle mélodique n'est pas sans rappeler le célèbre Ave Maria. Comment ne pas se sentir bouleversé par la phrase en ut dièse mineur qui sert de milieu au quatrième Impromptu ? Jamais cri de passion a-t-il retenti avec une envolée plus superbe?

Si le premier mouvement du « Moment musical » n° 1, est élégant et délicat, l'andante en la bémol qui vient après, est exquis. L'arôme pénétrant, mais discret et délicat, distinctif du génie musical de Schubert, s'en dégage en émanations subtiles, comme d'une cassolette où brûlerait le plus pur de son âme,

Nous aurons clos la liste de nos impressions en mentionnant le n° 2 des quatre derniers Impromptus — également en la bémol, — qu'a souvent fait applaudir le grand pianiste Risler.

Dans les œuvres de Schubert, la technique du piano csl beaucoup moins savante que dans celles de Chopin et de Schumann ; son écriture pianistique demeure beaucoup plus simple. Tenant avant tout à s'exprimer Lui-même, il se contente de rester « musical » sans s'attacher à mettre en valeur toutes les ressources de l'instniment. Schubert, nature primitive et d'ingénue sincérité, ne court [joint après l'effet. Il recherche le fond de la pensée plutôt que son enveloppe extérieure et ne s'applique jamais à fournir au virtuose l'occasion de

« parader ». L'interprétation de ses œuvres en est par là d'autant plus scabreuse. Pour les bien traduire, il ne suffit pas de posséder des doigts vertigineux; il faudra taire preuve d'une intime compréhension de sa pensée, d'une pénétration qui va jusqu'à l'àine. S'oublier soimême, est un précepte que le musicien-virtuose doit avoir toujours présent à l'esprit. Il devra surtout se le rappeler, en interprétant Schubert.

11 sera nécessaire en outre qu'il possède au plus haut degré le don du rythme, qualité qui devient de jour en jour plus rare. La phrase mélodique de Schubert repose toujours sur une construction rythmique très solide, qu'il faut savoir mettre en relief non seulement dans les mouvements vifs et emportés, mais dans les passages du caractère le plus adouci, le plus expressif et le plus tendre. Accentuer par un rythme vigoureux les arêtes vives et nettes d'une phrase impétueuse, est chose relativement facile, mais apporter la vie rythmique jusque dans les contours perdus des lointains les plus vaporeux, exige on art souverain dont très peu de pianistes sont capables. Hélas !

Compositions pour piano à î mains. — ■ De tous les compositeurs Schubert est le seul qui ait laissé pour le piano à 4 mains un bagage considérable d'amvres originales. Quelques-unes de ces compositions comptent parmi les plus importantes et les plus remarquables de son œuvre. Schumann, dans un des articles enthousiastes qu'il lui a consacrés1, s'obstine à voir dans le « Grand Duo », composé en 182i à Zélesz, la réduction

1. Robert Schumann. lictits sur la musique et les musiciens, traduits l>ar Benri de Curzon.

d'une symphonie dont l'orchestration aurait été pensée, sinon écrite. 11 constate que, dans cette helle composition, l'influence de Beethoven est visible dans plus d'un passage : notamment dans le second motif de l'andante qui rappelle un thème de la symphonie en Hé, et dans le scherzo, qui est ravissant, mais tout beethovenien. Suivant l'expression pittoresque de Schumann, Schubert joue encore « entre les jambes du géant». On ne saurait avec justice faire le même reproche au final qui, au double point de vue des idées et des développements, est du pur Schubert. Ce superbe morceau, très original et très bien conduit, contient des trouvailles rythmiques de l'effet le plus nouveau et le plus piquant1.

Plus géniale encore est la « Fantaisie » en fa mineur. On ignore à quelle époque elle fut composée : ce qu'on peut assurer, c'est qu'elle ne date pas de la période de formation. Cette composition justifie pleinement son titre; elle contient, habilement soudés dans un morceau unique, plusieurs mouvements différents : un Allegro molto moderato, à quatre temps, un Largo et un Aile- (//■<> vivace à trois temps, qui ramène le premier tempo, enrichi celte fois d'un développement fugué. On observera que Y Allegro vivace n'est qu'une transformation rythmique du thème du Largo. Ce procédé est identique à celui dont Schubert s'est servi avec tant de maîtrise dans l'admirable « Fantaisie » en ut. La liberté absolue de la forme convient on ne peut mieux à un génie aussi primesautier et aussi riche que le sien. Vax étudiant la Fantaisie en fa mineur, on demeure

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