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MUSIQUE RELIGIEUSE

On se souvient que dans une lettre datée de juillet 1825, Schubert nous renseigne sur l'état d'âme où il se trouvait en composant son célèbre Ave Maria (Hymne à la Vierge). « Jamais, dit-il, je n'aborde un sujet sacré, si je ne me sens entraîné par un élan de piété irrésistible. » Il est certain qu'il ne se départit pas de ce principe en écrivant ses Messes, où se reflète le sentiment religieux le plus pur et le plus profond.

Schubert conserva toute sa vie l'empreinte de l'éducation foncièrement chrétienne qu'il avait reçue dès le berceau, quand, tout petit enfant, il bégayait sa première prière dont les mots se gravaient en lui doucement et fortement, grâce à l'ineffable douceur des baisers maternels. L'étude de sa musique d'église nous fait mieux comprendre sa physionomie morale ; elle éclaire les « dessous » de sa mentalité et complète l'image que nous nous traçons de son caractère. Mais surtout elle accroît encore notre admiration pour l'artiste prodigieux qui, non content d'être le créateur du Lied et d'avoir conquis une place si haute dans la symphonie et la musique de chambre, a voulu s'affirmer — et avec quel éclat ! — dans le genre religieux.

Schubert nous a laissé six messes. Celle en la bémol (1819-1822) et celle en mi bémol (1828) contiennent des pages impérissables. Quand on ne les a pas lues, on ne connaît pas Schubert tout entier : son génie s'y révèle par «les accents très particuliers et non moins profon-

dénient expressifs que ceux de ses lieder les mieux inspirés.

Ce qui plaît avant tout, dans ces belles productions, c'est que Schubert ne semble avoir eu, en les écrivant, d'autre mobile que de soulager son cœur. Presque toujours les moyens qu'il emploie, pour exprimer sa foi débordante, sont d'une extrême simplicité; leur effet est d'autant plus « prenant » qu'ils nous mettent directement en contact avec une émotion et une piété sincères. Au reste, le maniement de la technique transcendante de l'école ne lui réussit que très médiocrement quand il lui prend fantaisie d'y recourir. Si Schubert est un « autodidacte » prodigieux, il ne fut pas, comme Mozart, rompu dès l'enfance aux exercices les plus ardus de la scolastique musicale. Les fugues interminables (ju'il s'est cru obligé d'insérer dans ces deux messes, — surtout celles du Gloria, — laissent beaucoup à désirer au point de vue de la pureté de l'écriture, et donnent amplement raison à Berlioz qui considérait l'abus du style fugué, dans la musique d'église, comme une profanation du saint lieu.

Mais laissons ces faiblesses et parlons des passages merveilleux qui abondent dans la messe en la bémol. Tous les morceaux sont à citer dans cette œuvre magistrale : le Kyrie, d'un sentiment vraiment exquis; le Gloria avec sa phrase grave de contralto en ut dièse mineur, qui ajoute encore par le contraste à la suavité de la prière Miserere nobis, murmurée par le chœur; le Credo, avec son large début d'une couleur un peu « grégorienne », son remarquable Et incarnatus est, d'une très grande hardiesse harmonique, et son Crucifixus si poignant et d'une écriture si personnelle ;

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le Sanctus avec son entrée prestigieuse où Schubert surprend notre oreille par une modulation géniale H son opulente phrase mélodique Pleni sunt cosli et ferra, accompagnée par un dessin de violon d'une délicatesse infinie: enfin, le Bênédiclùs et YAgnus Dei. ce dernier surtout, où le génie de Schubert atteint son apogée et brille d'un ravonnement divin. Cette messe admirable, commencée en 1819, ne fut achevée qu'en 1822. Elle resta donc plus de deux ans sur le chantier, ce qui. dans la vie de Schubert, constitue un fait absolument anormal. Lui, d'ordinaire si insouciant de ses oeuvres, une fois terminées, se montra constamment préoccupé de celle-là, et il la reloucha encore peu de temps avant de mourir.

La messe en mi bémol écrite six ans après, en 1828. l'année môme de sa mort, porte dans plusieurs passages les traces d'un travail beaucoup plus hâtif. On y observe aussi un emploi un peu immodéré des trombones. Le Kyrie, plein de recueillement et d'une expression doucement attendrie, trahit ça et là quelques négligences de plume. Il est à remarquer que Schubert n'emploie pas les flûtes dans l'orchestration du Kyrie ni du Credo. Si, au début de ce dernier morceau, son inspiration a un peu sommeillé, il prend bientôt une revanche éclatante. La mysticité du passage Et incarnat us est est rendue par des accents ineffablemenl tendres el bien dignes d'un mystère qui est la forme suprême de l'amour. L'émotion douloureuse du Crucifixus esl exprimée avec non moins de bonheur : toutes les voix s'unissent dans une plainte Lamentable, tandis que les COr<les et les bois l'ont enlendre un rythme exhaoi «linaireiiient neuf et génial. C/esl sublime ! Dans la messe en

mi bémol il est visible que Schubert s'élève aune conception de l'art religieux plus haute encore que dans la messe en la bémol; il s'efforce de donner à sa facture plus d'unité et d'ampleur et à sou style une empreinte plus caractéristique d'austérité. Signalons encore les beautés du Sanctus dont le début contient une succession d'accords tout à fait impressionnante; — du Benedictus, morceau plein d'onction et de tendresse, écrit tout entier dans le meilleur style choral ; — de l'Agnus Dei et surtout du Dona nobis pacem; cette exquise prière part d'une âme trop sincère et trop pure pour que les anges du ciel n'en soient pas émus.

Outre les six messes, Schubert a laissé deux Stabat, une quantité considérable de morceaux détachés : Offertoires, Antiennes, Magnificat, Alléluia, etc., et des fragments importants d'un oratorio Lazare. Ce dernier ouvrage contient un chœur merveilleux1 et l'on y remarque une grande finesse d'instrumentation, principalement au début de la première partie.

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