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SCHUBERT il
rester ensevelie à jamais dans le cœur de Schubert. Connut-il plus tard, une fois encore, la flamme divinatrice d'un amour sérieux et profond ? C'est ce que nul ne pourrait affirmer1.
La cure morale et physique, commencée à Zélesz, trouva un complément heureux dans un voyage de cinq mois entrepris l'année suivante, en compagnie de Vogl, dans la Haute-Autriche. La gaieté naturelle de Schubert reparaît dans une lettre qu'il adresse pendant l'été de 182o à son ami Spaun. La bonne vie qu'il mène en voyage l'a mis en verve; son style prend un tour inaccoutumé de gai badinage, d'ironie et de légèreté.
Linz, 21 juillet 182b2. — « Cher Spaun, tu peux juger combien il m'est pénible de t'écrire une lettre de Linz pendant que tu es à Lemberg. Au diable cette alïreuse nécessité qui fait que les amis se séparent quand ils ont à peine trempé les lèvres dans la coupe de L'amitié ! .1»' suisà Linz. à moitié mort de chaleur. J'ai un nouveau cahier de lieder, et tu nés pas là ! n'as-tu pas honte ? Linz est, sans toi, comme un corps sans urne, un cavalier sans tète, une soupe sans sel. Si le garde-chasse n'avait pas d'excellente bière, et si au Schlossberg je ne trouvais un vin passable, il ne me resterait qu'à me pendre, aux veux des promeneurs épouvantés. Mais ce serait peut-être de L'ingratitude envers les autres habitants, car je Buis bien heureux dans la maison de ta mère, au milieu de tes sœurs, entre Ottenvald et Max. l'as mal de gens font pour moi de véritables frais d'esprit: mais je crains que ce feu d'artifice ne finisse par s'user peu a peu, et alors je mourrai d'ennui. En général, et c'esl désolant, tout finit en fade prose. La plupart voient cela ave.- tranquillité e1 s'en trouvent bien ; ils s'abandonnent nonchalamment et roulent volontiers jusqu'à l'abîme. 11 est difficile de tou-
1. Pendant longtemps Schubert ressentit un regret cuisant de n'avoir pu épouser, faute d'une situation suffisante, Thérèse Grob, jeune fille peu ou point jolie, mais très douce et très lionne pour laquelle il avait écrit les solos de sa première messe (1814) ot qui l'attendit pendant trois ans, avant d'en épouser un autre.
t. Barbe dette, p. 107.
jours s'élever, et il faudrait un véritable secours d'en haut pour mettre à la raison de si tristes gens.
Au surplus, ne te laisse pas pousser des cheveux blancs par désespoir d'être si loin ; brave ton sort, laisse la douce humeur fleurir comme un parterre de roses /épanche, sous la froidure du Nord, la chaleur de ta vie; prouve ainsi ta divine extraction...
Le christianisme fervent de Schubert fut une des sources qui alimentèrent son génie ; sa croyance inébranlable à la vie future lui donnait une vision constante et un perpétuel désir de 1' « Au-delà ». On en trouve la preuve dans maint passage de ses écrits, notamment dans cette pièce de vers :