‹ SchubertChapitre 6 sur 19 · MA PRIÈRE · texte numérisé non relu

MA PRIÈRE

(8 mai 1823)

Profondes aspirations vers l'inconnu divin. Vous serez satisfaites dans un monde meilleur. Ne puis-je donc, par la toute-puissance du rêve, Franchir l'espace sombre qui nous en sépare ?

Père suprême ! comble ton fils

De maux sans mesure, pour, un jour,

En signe de délivrance,

L'entourer des rayons de ton divin amour !

Vois, o Dieu ! anéanti dans la poussière, Torturé de peines qui n'ont point été consolées, Ce long martyre qui fut ma vie, Et qui va bientôt cesser pour toujours.

Que ta main frappe de mort et cette vie et moi-même, Que tout ce passé soit précipité dans le Léthé, Et permets, ô Seigneur ! qu'un être puissant et pur Sorte radieux et vivant de ces ruines !

Le môme sentiment de piété sincère émane d'un passage très significatif de la lettre suivante, adressée à ses parents pendant son second voyage dans la Haute

Autriche. On remarquera aussi la phrase mordante où il critique le jeu de certains pianistes et les lignes admirables où il raille chez un ami de son frère une crainte exagérée de la mort. La griserie que lui cause le spectacle de l'univers va jusqu'au panthéisme. Schubert aime tant la Nature qu'il voudrait s'anéantir en elle, pour s'unira elle plus profondément et pi us intimement. A ses yeux, ce ne serait point un mal de mourir, si c'était pour être associé à la vie universelle et s'identifier à la force suprême qui fait germer le grain, reverdir les bois, palpiter les brises et murmurer les eaux.

Steyr, juillet 18251. « Chers parents... Me voici de nouveau à Steyr, après être resté six semaines à Gmunden, dont les environs sont véritablement ravissants ; aussi ont-ils produit sur moi un effet salutaire et calmant, auquel les lions habitants et l'excellent Traweger en particulier ont beaucoup contribué. J'étais chez lui tout à fait sans gêne. Plus tard, à l'arrivée de M. le conseiller Schiller, le monarque de tout ce royaume « salé », nous avons diné tous les jours chez lui, Vogl et moi, et nous y avons fait beaucoup de musique, comme chez Traweger.

Mes lieder tirés de la Dame du lac y ont eu un grand succès. Mon Hymne à la Sainte Vierge a ému tous les cœurs; on s'est émerveille de ma piété. Cela vient, je pense, de ce que je ne force jamais ma dévotion, et que je n'écris des hymnes et des prières que lorsque je me sens irrésistiblement inspiré, car alors seulement c'est une dévotion sincère... A Steyreck nous avons été hébergés chez la comtesse Weiszenwolf, une grande admiratrice de ma petitesse ; elle chante toutes mes œuvres, et en chante plusieurs très joliment. Les lieder tirés île Walter Scott ont produit sur elle une excellente impression ; aussi m'a-t-elle fait comprendre que la dédicace ne lui en serait rien moins que désagréable. Quand je les publierai, je me propose d'inscrire en tête le nom de Walter Scott, lequel éveillera la curiosité, et, en y joignant le texte anglais, je pourrai aussi acquérir de la célébrité en Angleterre. Si seulement on pouvait espérer quelque honnêteté des éditeurs de musique ! Mais la sage et bienfaisante organisation de l'Etat y a pourvu, de telle sorte que

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