PREMIERE PERIODE D ACTIVITE LA « NEUE ZEITSCHRIFT FUR MUSIK
ON aura remarqué que dans sa lettre du 30 juillet à sa mère, Schumann semble avant tout désireux de s'affirmer comme virtuose. Ce n'est qu'épisodiquement qu'il mentionne son imagination, ses « dispositions pour créer lui-même »; et s'il pense aux leçons avec Wieck, et plus tard avec Moschelès, il ne se préoccupe guère d'un professeur de composition. Sans doute avait-il avant tout en vue la plus grande aisance matérielle que devait lui assurer une carrière brillante de soliste ; ou peutêtre continuait-il à n'avoir que peu de sympathie pour les études purement théoriques. Kn tout cas, c'est au travail du piano qu'il consacre d'abord la plus grande partie de son énergie.
Il prend un logement dans la demeiure même de Wieck et se met avec entrain à la besogne. Mais avec cette fougue et cette indépendance qu'il affirmait en toutes choses, il ne tarde pas à trouver ses progrès trop lents, les exercices ennuyeux et trop peu efficaces. Déjà durant son séjour à Heidelberg il s'était avisé, à ce que rapporte son camarade Tôpken, d' « imaginer divers moyens d'abréger le travail d'assouplissement des doigts ». Il revient à cette idée, et en cachette, toutes portes fermées, il pratique, plusieurs semaines durant, des exercices, dit -il à son ami Julius Knorr, infaillibles et dont le résultat devait être surprenant.
Il ne révéla jamais en détail en quoi consistaient ces exer-
cices, dit Wassiliewski ; mais d'après certains de ses propos, on suppose qu'il maintenait le troisième doigt de la main droite levé par une sorte de mécanisme fixé au plafond, pendant que les autres doigts travaillaient. Il avait même élaboré et rédigé toute une série d'études à jouer de la sorte. Cette invention étrange fut loin de donner les résultats espérés ; et Schumann n'aboutit qu'à léser les tendons de ce doigt et à estropier irrémédiablement sa main droite.
Il ne comprit point d'abord la gravité de l'accident, et pensait guérir bientôt. Durant qu'on traitait sa main malade, il continuait courageusement d'exercer l'autre au piano. Mais cette espérance fut bientôt déjouée. En 1832, Schumann, la main toujours à demi paraly^îée, consulta un nouveau doctexu: qui lui prescrivit im traitement sévère et pénible : des « bains animaux » consistant à plonger la main dans du sang de bœuf fumant, ou bien de longs bains d'eau-de-vie, et la nuit, des compresses d'herbes aromatiques. Au bout de quelque temps une amélioration se produisit, et Schumann retrouva même par la suite la possibilité de jouer du piano; mais tout espoir de briller comme exécutant était désormais perdu.
Aucun docimient ne nous révèle l'état d'esprit que provoqua chez lui cette catastrophe, ruine de ses projets les plus chers. Il est à présumer qu'il en souffrit beaucoup; mais il ne se découragea point et, forcé de renoncer au piano, se consacra résolument à la composition.
Sa première pensée fut naturellement d' entreprend .e l'étude, devenue indispensable, de la théorie. Et, après quelques leçons prises avec un certain professeur du nom de Kupsch, il choisit pour maître Henri Dom, alors chef d'orchestre du théâtre de Leipzig (i). Par une coïncidence qu'on ne peut s'empêcher de souUgner en pensant à sa future car/ière, il s'adressait une fois de plus à xm esprit conservateur et ennemi du modernisme :
(i) H. DORN(i8o4-i892),comix>siteur, pédagogue excellent, auteur d'une dizaine d'opéras, d'un Requiem, de sjTnphonies, etc. Fut de 1849 à 1868 chef^d'orchestre de l'Opéra de Berlin.