‹ SchützChapitre 102 sur 146 · e vol., n° i · texte numérisé non relu

e vol., n° i

L’ŒUVRE

frères de vivre dans l’union ». Son œuvre est faite pour cinq voix, un cornetto muto (ou un violon), un violon (ou une traversa ), et le violoae (ou le basson). Le thème de 1 introduction est d’une charmante incertitude tonale : Sclnitz a voulu qu’un peu d’étrangeté avertît l’auditeur de prêter attention à cette musique, vraiment fein uiid lieblicli , comine le texte le prescrit. Ensuite, les instruments amplifieront tout ce que proposent les voix ; des interludes tendres correspondront aux paroles tendres, et les figures descriptives ne manqueront point, quand le chœur dira que le parfum ruisselle dans la barbe d’Aaron, ou que la rosée descend de l’Hermon sur les collines de Sion. Mais, si cet orchestre, expressifet lyrique, agit puissamment, c'est dans le chant, cependant, qu’est la plus Grande force : rien n’émeut comme la promesse

de bénédiction et de vie que le soprano et le ténor, accordés à l'octave, déclament gravement, au milieu de l’ensemble des autres voix et des instruments, qu’ils dominent par leur union.

Quelques semaines avant de publier ce psaume, Sclnitz venait de faire paraître un recueil de psaumes à plusieurs chœurs l.

i. P sainte n David s sampt etlichen Moteten vnd Concerteny

C’est sa première œuvre religieuse importante, et il la donne sous une forme toute nouvelle, pour l’Allemagne : ces psaumes allemands sont composés, déclare- t-il dans sa dédicace à l'Electeur, d’après la manière italienne, à laquelle il a été initié par son maître bien-aimé, eélèbre dans tout l’univers, Giovanni Gabrieli. Plus loin, dans l’avis aux musiciens, il déclare encore que ces psaumes sont écrits in stylo recitativo , style c( à peu près inconnu jusqu’à présent en Allemagne ». A son avis, il n’y a presque pas de meilleure façon de les mettre en musique. Mais il est à craindre que ceux qui ne connaissent point cette espèce de chant l interprètent fort mal : il les prie amicalement de ne point hâter la mesure1, mais de garder le juste milieu, de telle sorte que les chanteurs puissent réciter les paroles intelligiblement, et qu’elles soient clairement perçues. « Dans le cas contraire, il ne sortira de là qu’une très désagréable harmonie, et rien d’autre qu’une BaUciglia di Moselle 2, au mépris de l’invention de l’auteur. »

mit acht vnd mehr Stimmen... «avec basse continue pour orgue, luth, chitaron , etc. Dresde, 1619. Ed. Spitta, vol. 2 et 3.

1. La même modération est demandée par Andr. d’Ath dans ses Prolusiones Musicae , de 1622 (bibl. Sainte-Geneviève).

2. Schütz se rappelle peut-être le poème de Giovanni Rucellai [Le Api , vers 284-286), et le 4e 1 des Géorgiques.

L’ŒUVRE

Dans l’exécution de cette musique, Schiitz recommande aussi de distinguer entre ce qu’il appelle les cori favoriti, et les capelle. Le coro favorito comprendra les chanteurs qui ont les voix les plus agréables et le plus de talent; de la ccipella, viendront la force et la splendeur1. A défaut de voix élevées, il suffira d’employer, dans les capelle , des cornets ou d’autres instruments. Il y a meme des psaumes où, dans chacun des chœurs, on peut remplacer les voix par des cornets ou des instruments à cordes, poui le chœur des voix hautes, et par des trombones ou d’autres instruments, pour le chœur des voix graves : cependant, on devra faire chanter une partie dans chaque chœur2.

En faisant ainsi « réciter » les psaumes par ses chanteurs, le compositeur remédie aux désavantages que la plupart des psaumes présentent aux musiciens ; ils sont trop longs pour être traités à la manière des motets, dans le style ample du contrepoint, aux innombrables répétitions; et, si l’on voulait les diviser en plusieurs fragments, formant autant de motets, bien proportionnés,

! Voyez l’avis aux musiciens, placé au commencement de l'œuvre. L’organiste emploiera des jeux forts, ou doux, suivant qu’il accompagne le Coro favorito ou la Capella.

•i. M. Praetorius traite, dans son Syntagma musicum déjà eité, de la substitution des instruments aux voix.

le texte n’aurait plus d'unité, et le courant lyrique serait arrêté. Il ne faut point, d’ailleurs, prendre les mots in stylo recitativo dans le sens de « en style de récitatif ». A la vérité, on remarque parfois que des solistes déclament certains versets, mais Schiitz n’a recours à ce procédé que dans quelques psaumes seulement. Le plus souvent, c’est tout le chœur qui « récite », etles suites d’accords semblables que les voix réunies rythment en même temps selon la cadence des mots, donnent bien souvent à la composition l’apparence d’un falso-bordone, dont la musique serait plus longuement organisée et plus expressive que la musique des faux-bourdons ordinaires. Il advient même que des phrases entières soient ainsi proférées, sans autre mesure que la mesure des syllabes, et chaque voix répétant jusqu’à la fin la même note. Mais cette harmonie monotone est signifiante : Schiitz ne l’adapte qu’à des paroles de supplication; dans le psaume 84, elle accompagne ces mots : « Seigneur Dieu, écoute ma prière...» etc.1; dans le psaume 137, elle s’ajuste à ce verset: « Seigneur, souviens-toi des enfants d’Edom au jour de Jérusalem 2 ». Quand on l’entend, c'est comme si l’on entendait la foule qui

Page 1