‹ SchützChapitre 111 sur 146 · Scandello mourut en i58o · texte numérisé non relu

Scandello mourut en i58o

1. Voy. l’art, de Julius Richter, sur Scandello et Schütz, dans les Monatshcfte fur Mu s i kgeschich te , 1882. p. 37.

3. Par exemple, quand Schülz interprète les mots descendre, tourner (p. 7), courir (p. 9), pleurer (p. 14).

4. Schütz les fait chanter en musique mesurée (pp. 3i, 40, etc ).

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sonnes » demeurassent cachées. Elles auraient ainsi la même vie mystérieuse que les esprits qui, au théâtre, prononcent des oracles, sans paraître sur la scène. Par le chant de ces Personal Col loquenten, on comprend bien qu elles ne sont pas plus réelles que visibles : tout ce que disent le Christ, Marie-Madeleine, le « jeune homme dans le tombeau », est exprimé à deux voix1. Et cependant, c’est dans cette musique où la vraisemblance est si délibérément sacrifiée, qu’il y a le plus de force dramatique. En effet, quelques accents bien placés, quelques traits descriptifs, et l’expressif accompagnement des violes de gambe, ne suffisent pas pour vivifier les longs récits de l’évangéliste, tandis que, dans ces épisodes où Schütz invente librement, tout est condensé et actif. Les plaintes de Marie-Madeleine, son inquiétude, et son dialogue avec les anges, ont vraiment inspiré le compositeur ; mais il a plus de force encore dans la scène où il nous la montre en présence de Jésus : elle le prend pour le jardinier, et le reconnaîtra seulement après qu’il l’aura appelée [Maria!). Dans la réponse de Madeleine, se trahit l’ardeur de son amour,

i. Le chant d’une de ces voix peut être omis, concède Schütz dans l’avant-propos.

Maria Magdalena

Rab bu . ni

et Jésus lui commande, avec majesté, de ne point le toucher. Nous trouvons déjà là les mêmes contrastes de passion, et d’insensibilité surnaturelle que dans le Dialogo per la Pascua , où Schütz traite de nouveau ce sujet, et reprend ou transforme à peine les motifs qu’il avait imaginés tout d’abord1.

Schütz dépeint aussi, avec une force extraordinaire, la rencontre de Jésus et des disciples d’Emmaüs. 11 les interroge ; de quoi parlent-ils, et pourquoi sont-ils tristes?

Cléophas s'étonne de ce qu’il ne sache rien de ce qui s’est passé à Jérusalem, et, avec son compagnon, il lui annonce la condamnation et la mort du prophète qui devait sauver Israël.

1. i4evol., n° 5 (A. Guilmant et Ch. Bordes en ont donné une édition française).

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Leur récit manque presque entièrement de vie : à peine s’ils accordent un peu de pitié aux souffrances de celui qu’ils ont suivi naguère; il les a déçus, ils sont bien près de rester indifférents à ses malheurs. Ils en parlent comme les gens du commun parlent des événements qu ils viennent d’apprendre : ils se hâtent de les raconter, avant de savoir au juste s’il convient de s'affliger ou de se réjouir1. Jésus leur reproche leur manque de confiance et leur paresse de cœur . après le bavardage de ces hommes vulgaires, ses paroles éclatent avec une étrange vigueur

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1. Quelques mots, cependant, sont bien marqués (p. 29, 2e portée).

2. Voyez, p. 3o, les notes répétées ( musste nicht Christus solches Leiden) et l'accord dissonant placé sous Herrlichkeit .

Son discours éveille l’âme de ses interlocuteurs, et leur langage en est changé; ils savent, maintenant, le prier avec ardeur de rester avec eux, et, quand il a disparu, l’enthousiasme les possède encore \

Dans la dernière scène, Jésus seul est évoqué par l’évangéliste. Il parait au milieu de ses disciples, qui le regardent avec effroi, comme un iantome ; il leur dit lentement, « la paix soit avec vous », leur désigne, avec énergie, leur mission, et leur transmet l’esprit saint.

Pour achever son œuvre, Schütz écrit un double chœur1 2. Aux actions de grâces est mêlée l’incessante clameur de l’évangéliste qui dit et redit, obstinément, le mot Victoria , dont il articule les quatre syllabes sur le même ton. Tout à la fin, le même cri de triomphe retentit dans les deux groupes de quatre voix, par des accords fortement scandés, sans que l’évangéliste renonce à le répéter : neuvième voix, qui doit l’emporter sur les huit autres, et par la force de l’articulation, et par la durée du souille. Deux autres chœurs seulement se trouvent dans cette composition : l’un, qui a l’apparence d’un faux-bour-

1. Schütz traduit fort heureusement Rrannte nicht unser lier z in uns (p. 33).

2. Aux quatre violes sont ajoutées quatre voix, si ülacet : quatre chanteurs, et l’évangéliste forment l’autre chœur.

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don à six voix, est chanté après l’épisode où paraissent les disciples d Ennnaüs, et c est un chœur à six parties qui forme, tout au commencement, ce que Schiitz appelle, en d autres « Histoires » tirées des Évangiles, Ylnlroilus1.

Tandis que, dans cette espèce d’oratorio de la Résurrection, Schiitz tente, sans y réussir complètement, d’adopter le style de la musique dramatique nouvelle, il reste fidèle, dans ses Cantiones sncrae de 1625 ", aux formes de 1 ancienne polyphonie. En général, du moins, et même, semble-t-il, avec une certaine affectation de ne pas se soumettre volontiers aux usages modernes. Ainsi, tout en écrivant une partie de basse continue ( Bassus ad Organum ), il a bien soin de déclarer au lecteur qu’il ne l’a point ajoutée de lui-même, mais contraint par le libraire ( Biblio pola, opusculum hoc gralius fore ratus, Bassum isturn Generalem mihi extorsit). Cette résistance aux coutumes du jour 11e témoigne pas, d’ailleurs, autant qu’on pourrait le croire, de son attache-

1. Il fait chanter par quatre voix les mots « par les quatre évangélistes » et imagine, pour le mot beschriebcn , une vocalise à quatre voix, qui environne les notes soutenues du premier ténor, comme un lacis d’arabesques.

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