Ed. Spitta, 4° vol
ment obstiné à la tradition qui se perd. Il ne songe pas encore à proposer en exemple ce que les maîtres de l’âge précédent ont laissé. S’il accepte de mauvaise grâce l’obligation de joindre, aux quatre parties de ses chœurs, une basse chiffrée, c’est sans doute moins par répugnance pour une invention assez récente encore1, que par prudence. Et cette prudence lui vient, justement, de ce que sa composition lui paraît trop complexe et trop animée, pour se résoudre en séries d’accords simples, que Y on puisse noter en abrégé. De sorte que, en somme, il se défie du procédé naguère imaginé, surtout à cause de l’audacieuse nouveauté de sa musique. La hardiesse et la vivacité en sont partout manifestes : par là, ces cantiones sacrcie sont plutôt des « madrigaux spirituels » que des motets proprement dits. Même dans les pièces où il maintient avec le plus de soin la technique de ses devanciers, l’esprit d’invention l’entraîne. Si modéré qu’il soit dans le motet Verba meci auribus percipc 2, il ne laisse pas d’y marquer, ainsi que par un signal d'alarme, les mots intellige clamorem
1. Voyez, dans la Gesch. der Musiktheorie de M. Riemann (1898, p. 4al)> les instructions de Viadana (1602) et d’Ag. Agazzari (1609). Dans sa Musikgesch. der Oberpfalz (1867), Mettenleiter a reproduit les préceptes d’Aichmger (1607).
L’CEUVRlï
meum', et il renforce l’impératif intende par un accord plein et soutenu ; dans le motet qui suit», le soprano transforme le thème déjà présenté par les autres voix en une supplication passionnée y.
A la fin de Ad Dominum, cum tribularer clamavi, le développement d’un motif tortueux joint aux mots et a lingua dolosa semble préparer une cadence en si bémol , et s’achève soudain sur l’accord de ré majeur Le soprano répète, comme une plainte tragique, desolatoiiis ( cum carbonibus desolatoriis) , dans les dernières mesures de Quid detur tibi 5 ; pour canticum uovum , dans Cantate Domino , il étend une vocalise qui descend par degrés du si bémol aigu au sol dièze, dépassant l’octave de deux demi-tons6. Et ces motets sont, évidemment, les plus sages du recueil. La volonté d’étonner est incomparablement plus apparente dans Reduc , Domine , où le soprano déploie, sur e jetais 11 m , un motii qui monte de Y ut grave jusqu’ausoZ qui en est la douzième1. Et quand ce ne sont point les motifs qui
а. Quoniam ad te clamabo. Domine.