Psü
L ŒUVRE
2lS
truments ; le thème principal n’y apparaît que par fragments, mais toute l’œuvre en est nourrie : cela nous annonce la grande variation moderne. Comme dans Freuet euch , le sonus tremulus est employé dans cette symphonie : l’usage n’en est pas encore très commun, et cette harmonie vacillante et un peu extraordinaire se mêle comme un « concert angélique » aux promesses de la vie surnaturelle dont l’âme jouira « dans le sein d’ Abraham » \
En i65o, trois ans après la seconde, la troisième partie des Symphoniae sacrae paraît à Dresde2. Schützylivre tout ce qu’il possède, et y révèle tout ce qu’il peut : ce qu’il a hérité des Italiens, de leur coloris, de leur musique décorative, de leur magnificence, et ce qu’il a trouvé dans leur musique dramatique ; ce que des années de pratique lui ont appris, et, surtout, ce que la vie lui a enseigné. Jamais il n’a mieux fait comprendre que son âme n’avait point été lassée parla douleur, mais enrichie. Jamais il n’exprima les sentiments avec plus de vigueur et de diversité, jamais il ne représenta ses visions avec plus
1. 11 semble que Buxtehude se soit inspiré de cette page [D. Buxtehude , p. 4!4)-
2. Symphoniarum sacrarum tertia pars... Opus duodecirnuni (éd. Spitta, vol. io et n).
d’éclat. Et jamais il ne montra aussi distinctement qu'il ne chantait pas seulement pour les princes qu’il servait, mais pour tous les chrétiens, et, vraiment, pour tous les hommes. Par ses coinpleine n ta, par ses chœurs assemblés, par ses orchestres coalisés, la voix de la foule retentit dans sa musique \ elle sort de la multitude, et poui parler à la multitude1. Bien plus, la nature même y fait rumeur : les montagnes d’où « viendra le secours » sont retentissantes- *. dans les solitudes où l’apôtre l’entend, l’appel menaçant de Dieu se répercute, comme sur les rochers, en d’innombrables échos et, dans une autre symphonie, les « eaux fraîches » s écoulent en un flot de limpides harmonies4. Partout, Schütz décrit l’aspect des choses, et, pour ainsi dire, il réveille Pâme des choses; car il prête aux objets inanimés une merveilleuse sympathie pour les affections humaines. Il oublie qu’il a déploré, jadis, en Italie, l’insensibilité des « chères forêts », que notre détresse n’émeut point0 ; il ne se souvient
1. Il annonce Ilændel, et son art est pins libre : les formes ne sont pas encore déterminées, le musicien fait tout ce qu 1 veut.