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Voyage en Italie , II, 1866, p

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tienne, tel qu’il se joue, après le beau temps de la peinture. Ce que les voyageurs aperçoivent avant tout, dans la musique de Venise, c’est la magnificence de la sonorité. Le jeudi B no vembre 1607, Jean-Baptiste du Val entend les vêpres à l’église du Saint-Sauveur avant la fête de saint Théodore. Il énumère avec complaisance les forces de l’orchestre, car cela est nouveau pour lui : « Il s’y fit vn concert des meilleurs musiciens qu’ils eussent, tant de voix que d’instruments, principalement de six petits jeux d’orgues, oultre celuy de l’église qui est tort bon, et des trombones ou sacqueboutes, haultbois,violles, violions, luths, cornets a bouquins, fleustes douces et flageollets. » Cette diversité le séduit, mais ce qui l’étonne le plus, c est la masse de l’harmonie : «Leurs accords et musique est fort remplie et ils chantent bien selon leur mode que l’on ne gouste pas du premier abord pour n’y prendre pas beaucoup de plaisir, et la trouue différente de nostre usage* ». Après avoir assisté à l’office de Noël à Saint-Marc, il note encore cette impression de plénitude que lui laisse la musique vénitienne : la musique se fit à doubles orgues et divers instruments, « parti-

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Bibl. nat. ms. fr. 13977, fol. 4$ «•

LA VIE

culièrement de trombones, cornets a bouquin et dessus de violions, auec les voix meslées parmy, et cela tout ensemble remplit fort Téglise et a vne grande harmonie1 ». Un peu plus tard, quand il en a pris l’habitude, du Val juge que cette musique, dont l’opulence lui paraissait au début un peu lourde, est, en somme, excellente. En sortant des compiles chez les frciri, il approuve sans réserve leur musique de voix et d’instruments « fort bien concertés », il mentionne leurs « deux jeux d’orgues portatifs », les trombones, les luths, théorbes, cornets à bouquin et basses de violon qui formèrent la symphonie, et il ajoute : « Qui est acoustumé a leur musique, la trouue fort bonne et bien remplie , et entre autres il y eut vn joueur de flageollet qui fit merueilles » (avril 1609) 2. Thomas Coryate, qui visite la ville en 1608, estime que cette musique, où se confondent tant de sons différents, est incomparable. II accumule les épithètes, quand il la décrit : elle est « si bonne, si délectable, si rare, si admirable, si superexcellente », qu’elle met dans le ravissement et la stupéfaction les étrangers qui n’ont jamais entendu la pareille. Il se sent transporté au troisième ciel,

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