‹ SchützChapitre 15 sur 146 · Ibid., fol. 274 b · texte numérisé non relu

Ibid., fol. 274 b

comme saint Paul, quand il écoute, à la fête de Saint-Roch, les seize ou vingt chanteurs, seize instrumentistes, dix sacqueboutes, quatre cornets, et deux violes de gambe d’une extraordinaire grandeur : ils jouent tantôt à dix parties, six trombones et quatre cornets, tantôt à deux, un cornetet un dessus de viole. Parmi ces dessus de viole, il y en avait trois que Coryate estime plus habiles que tous ceux qu’il a rencontrés jusque-là. Les joueurs de dessus de viole chantaient et jouaient en même temps, et, parfois, deux théorbes, seuls, accompagnaient le chant; musique admirablement douce, dont le murmure n’arrivait qu’à ceux qui étaient tout auprès. Coryate jouit de l’harmonie des sept orgues qui étaient dans la salle, et de la voix merveilleuse de trois ou quatre chanteurs ; l’on en trouverait peu, ou point, dans toute la chrétienté, pour les surpasser. L’un d’eux est, selon Coryate, le meilleur chanteur de l’univers; sa voix est surnaturelle, d’une douceur inconcevable, il sait charmer les auditeurs, et les plonger dans la stupeur1.

Lorsque Schütz s’installe à Venise, le peuple des musiciens est en émoi. Le maître de chapelle de Saint-Marc, Giovanni Croce, était mort

i. Coryat's Cruditics, éd. de igo5 (Glasgow), p. 390.

LA VIE

au printemps. Du Val avait été présent aux obsèques : il vit le mort «dans la capelle du baptistaire, habillé en prestre, tenant vn calice de bois doré entre ses mains, et a deseouuert dans la bière qui estoit releuée sur vn fort haut eschallaut tapissé d vn tapis de Turquie, et la dite bière parée d’vn lineeuil passementé de grande dentelle »*. Giulio Cesare Martinenco qui avait le désir de succéder à ce maître profond et tendre \ dut faire ses preuves. Le jour de 1 Assomption, il subit une sorte d’examen public, a Saint-Marc : on l’avait chargé de tout ordonner pour la fête : « La musique fut fort bonne, conduitte par le seigneur Jules César Martinengue, Maistre de chapelle à Vdine, qui briguoit la place de Maistre de chapelle de Saint-Marc, encore qu’il y eust la moictié moins de reuenu », écrit du Val1 2 3.

Martinengo n’avait pas eu de concurrent. Les musiciens considéraient peut-être qu’il était peu avantageux de servir, à Saint-Marc, auprès d’un maître aussi renommé que Giovanni Gabrieli,

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