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Schafer, pp. 5 1 7 et

LA VIE

L’Électeur de Saxe est bien différent du landgrave de liesse. Il n’argumente point avec les érudits ou les théologiens, ne se pique pas de savoir la musique, ni de parler les langues étrangères. Il jouit de la vie, tout simplement, sans méconnaître qu’il y a des plaisirs de l’esprit, mais sans avoir la prétention de les mettre au premier rang : il a un poète de cour, et un bibliothécaire, comme il convient, mais il estime qu’ils sont à leur place, dans la hiérarchie de sa maison, à côté des nains et des fous, et avec le preneur de rats. Le joueur de clavecin se trouve d’ailleurs dans la meme compagnie1. Violent et sentimental, comme un homme du peuple, Jean- Georges aime la chasse avec passion, il se plaît à table, il est grand buveur, et il s’attendrit volontiers en entendant un cantique ; à la condition pourtant, que ce soit un cantique luthérien, parce qu’il déteste le calvinisme et tout ce qui touche au calvinisme2. Rude lui-même, soldat qui s’est fait une cour de soldats, il veut cepen-

i. K. -A. Müller, ouvr. cité, p. 95.

1. Ibid., p. 20. Cf. Schâfer, p. 4^8. Cf. les Mémoires du maréchal de Gramont (Michaud et Poujoulat, Nouv. colt, de Mém. pour servir à Vhist . de France, 3e série, VII, 1839,

dant montrer qu’il est prince. On ne règne pas sans faste : une chapelle excellente atteste la richesse du souverain, comme une collection de tableaux1, ou comme une belle ménagerie2. Meme quand « Sa Grèce Electorale » est en voyage, il importe de laisser à Dresde quelques musiciens, afin que les étrangers assistent, dans l’église du château, à un prêche embelli de musique3.

Quelques années avant la venue de Schiitz, les conseillers de Jean-Georges lui avaient représenté que la chapelle était assez mal pourvue d’artistes. On avait besoin de deux organistes, dont l’un suivrait le prince dans ses voyages ; or, Augustus (Nôringer) était de santé chancelante, et sans doute incapable de courir les chemins. Il fallait engager un luthiste, deux nouveaux chanteurs, et, pour tout mettre en bon ordre, dépenser beaucoup d’argent. Le 16 juillet 1612, la chapelle fut réformée par décret : quatre altos, quatre ténors, trois basses , un précepteur et trois enfants de chœur; deux autres enfants, apprentis du joueur d’instruments Thomas Tax; deux organistes et neuf instrumentistes. Tout cela coûtait 4-4^7 florins et 12 gros4.

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