‹ SchützChapitre 30 sur 146 · Schafer, p. 43i · texte numérisé non relu

Schafer, p. 43i

LA VIE

Directeur de la musique, Schütz était responsable de chacun de ses musiciens. Une lettre qu’il envoie à Christoph von Loss nous révèle que ses devoirs sont multiples. Il est obligé de maintenir la discipline parmi les enfants de chœur, et de les surveiller étroitement. L’un d’eux, Bruno, s’est enfui ; on avait eu l’imprudence d’héberger son frère dans la maison où Schütz habitait avec les enfants de chœur, mais on avait découvert qu’il était voleur et on l’avait chassé. Quelques jours plus tard, Bruno avait disparu. Schütz se doutait bien que cette « pomme provenait d’un mauvais arbre » et que toute l’espèce ne valait pas grand’chose. Le « fripon » a pourtant eu de « bons jours », bien qu’il ait été souvent nécessaire de le gronder, en particulier l’autre semaine, « quand il allait à la confession et que, les yeux en larmes, il promettait de se bien conduire : sed lupus pilos mutât , animum non . Toutefois, je peux jurer devant Dieu que je ne l'ai jamais battu ». Ici, le maître, un peu sentencieux et très bon, s’est peint en quelques mots1. Dans la môme lettre, il annonce qu’un autre de ses jeunes choristes, Caspar, est presque guéri, qu’il chantera dimanche prochain, et il cite un certain Johannes, réservé et délicat, qui

i. Schàfer, p. 519.

a déjà si bien et si profondément compris la composition que, certes, « aujourd’hui ou demain, il y aura quelque chose à espérer de lui » (23 septembre 1616).

11 vit donc au milieu de ses élèves, comme un père de famille. Si le talent de l’un d’eux promet de se développer, il s’efforce d’obtenir de l’Electeur qu’il l’envoie étudier auprès des maîtres les plus fameux. Ainsi, dès les premières années, Gabriel Môlich, alumnus electoralis , part pour l’Italie, sur sa recommandation, et publie une collection de « madrigaux spirituels », à la façon nouvelle d’Italie, dont la dédicace est datée de Florence, le ierjanvier 16191. Johann Klemme, enfant de chœur de 1 6 1 3 à 1 6 1 5, puis élève de l’organiste Christian Erbach, aux frais de l’Electeur2, étudie aussi avec Schütz3. Son cousin Antoine Colander, enfin, reçoit ses leçons4. La chapelle est ainsi une véritable école de musique. Depuis que Schütz la gouverne, elle progresse de jour en jour. Comme les fêtes solennelles sont fréquentes à la cour, les musiciens sont

Page 1