Ed. Spitta, io° vol
de laisser après lui des œuvres inédites, qui seraient perdues. Car il sent le poids de l'age. Au commencement de i65i, il adresse à l'Electeur un Memorial ouille supplie de lui accorder enfin le repos. Il fa servi pendant trente-cinq ans, dans une profession dont bien peu soupçonnent les difficultés et les fatigues *. Il devient vieux, sa vue se perd, ses forces tombent, et les médecins le conjurent de se ménager. S'il était délivré de sa charge, il pourrait assembler, compléter et faire imprimer les œuvres qu’il a commencées dans sa jeunesse : ainsi, les hommes garderaient mémoire de son nom. De plus, il sait bien que son style n’est plus à la mode ; dernièrement, un brave cantor d’une petite ville se plaignait à lui de ce que les jeunes conseillers, tournant en dérision sa « vieille manière », lui avaient déclaré qu’un cantor , après trente ans de service, est comme un tailleur après trente ans de métier, et ne vaut plus rien. Schütz craint que les jeunes musiciens le jugent avec la même sévérité. Ne pourrait-il pas être aidé par un artiste que l’âge ne rendrait pas suspect ? Justement, il y a dans la chapelle du prince héritier un Eunuckus italien, Andrea Buontempi, qui donne à entendre qu’il a étudié la composition,
i. Les savants eux-mêmes ne s’en doutent pas, dit-il, puisque l'on n’étudie pas la musique dans les universités.
LA VIL
dès sa jeunesse, encore plus que le chant. De lui-même, il s'est offert à diriger, chaque fois que le maître le désirerait. Pour cet office, il est bien « qualifié », ayant étudié à Venise pendant huit ans, et occupé fréquemment la place de maître de chapelle, dans les églises de la ville, à de grands jours de fêtes. Au demeurant, il passe jusqu'à présent pour un jeune homme discret, poli, de caractère paisible et délicat1.
Cette demande resta sans effet : au mois d'avril, Schiïtz implorait encore, observant que, jadis, il avait tenu, près de Piogier Michael et de Michael Praetorius, la charge de suppléant ; il serait juste qu’il eut, à son tour, un auxiliaire. Ses plaintes se perdent dans la grande lamentation que la détresse arrache aux musiciens de l'Electeur. Et il faut, de plus, qu’il soit l'interprète de leurs doléances. « Ils vivent dans une telle misère qu’une pierre en aurait pitié » ; le plus grand nombre d’entre eux est décidé à quitter le service du prince ; personne ne consentirait plus à leurconfier un Grosclien : paiera leurs dettes qui voudra 2. Dans une lettre au conseiller intime
1. 1 4 janvier 1 65 1 (Schâfer, pp. 564 et suiv., La Mara, pp. 77 et suiv.). Schiitz avait prié Christian Reichbrohdt de remettre ce mémoire à l’Electeur. Voyez encore, dans le livre de Schâfer, p. 563, la lettre de Schütz à Reichbrohdt (29 février i65i).