Schiifer, p. 570 (14 août
Reichbrohdt, Schiitz dépeint avec vigueur l’état où la pauvreté les a réduits. Il leur a distribué environ 3oo tlialers, leur abandonnantsespropres deniers, ou ce qu’il avait de précieux ( Conter fey und Becherleiri). Au mois d’octobre prochain, il y aura quatre ans qu’ils n’ont pas même reçu du prince le salaire de trois quarts d’une année. Jugez de leur situation. Le bassiste est couché dans l’ordure comme une bête à l’étable ( wie eine San im Kober ), sans lit, étendu sur la paille, et si les autres n’en sont pas encore arrivés là, leur sort n’en vaut guère mieux. Il n est vraiment pas honorable, ni chrétien, que l’on ne puisse, ou que l’on ne veuille, dans un aussi grand pays, entretenir vingt musiciens. Jusqu’à ce jour, cependant, a subsisté dans ce collegium , en quelque mesure, la « gravité allemande » [die teutsche gravitet ) ; cette chapelle s’est approchée de la perfection, et ce serait une honte que de l’abandonner à la ruine. Pour la rétablir, il faudrait placer un «jeune substitut bien qualifié » auprès de Schiitz qui voudrait voir en ce poste Christoph Bernhard, et lui céderait ioo florins de son traitement1. En outre, on aurait besoin d’un ténor. Mais, ce que le compositeur souhaite le plus vivement, c’est de pouvoir se retirer,
i . Voyez la lettre que Bernhard écrit à l’Électeur le 24 janvier 1 6S 1 (Schafer, p. 42^).
LA VIE
LA V IL ï 33
avec une petite « provision ad vilain » qu'il a bien méritée par ses longs services. Il choisirait alors pour « dernier gîte » une grande ville impériale ou hanséatique (19 août i65i) 1 .
Il 11’obtient rien encore, et souffre patiemment, pour donner l’exemple2. Mais les musiciens ne songent qu’à fuir Dresde. Au commencement de février, en i652, Friedrich Sulze, ses deux fils et Clemens Thieme ont résolu de partir : il sera impossible de vaincre cet esprit de désertion si l’on continue à ne point payer3. Schütz désespère; il est malade de chagrin, il a de violentes douleurs dans la tète, puis dans les jambes, et finit par souffrir d’un érysipèle. Il voudrait pourtant sortir, et aller exposer au secrétaire intime Reichbrohdt que la basse Georg Kaiser est si pauvre qu’il a dû vendre de nouveau ses habits, qu’il est dans sa maison « comme une bête dans les bois », et veut quitter le service. « Ce serait dommage, et bien dommage, que la chapelle perdît une voix si excellente. » Il est vrai que le chanteur n’est point d’un caractère parfait; « chaque jour, il faut que sa langue soit lavée dans le pot au vin », mais un si large gosier, a besoin d’être humecté; et