‹ SchützChapitre 79 sur 146 · Schafer, p · texte numérisé non relu

Schafer, p

d’ailleurs, même si le « brave garçon » recevait sa solde à point, cela ne lui suffirait pas pour de bien grands festins. Si l’on voulait connaître l’état de sa maison, on lui donnerait au moment fixé sa petite part (sein gering bislein ). Mais il y a longtemps que ce n’est arrivé, et 1 on ne saurait vraiment le traiter de dissipateur1.

Il est beau de voir Schiïtz défendre ainsi les siens, quand il est traité lui-même avec tant d injustice. Nous savons par une lettre qu il adresse au maréchal de la cour, von Taube, que, à la fin de juin, on n'avait encore satisfait par écrit à aucune de ses demandes. Reichbrohdt lui avait seulement dit que l’Electeur ne semblait pas défavorable à ses projets, mais tout était resté comme auparavant. Et cependant les souffrances de Schütz ne cessaient d’augmenter. Il nesejuge plus capable de conduire la chapelle, tant il éprouve d’étourdissements, et tant sa vue décroît. Comment maintiendrait-il le bon renom qu il a gagné dans sa jeunesse? Il en arrive à regretter de n avoir pas délaissé le studium înusicum , où il a persévéré avec tant «d’assiduité, de travail, de périls et de dépenses », bien qu’en Allemagne une telle science ne soit reconnue ni honorée. Et il se fait reproche d’avoir pris sur lui le

i. 28 mai i65ta (Schafer, p. 574).

LA VIE ï 35

Directorium de la chapelle électorale. S’il en était libéré, ne fïit-ce que partiellement, ce repos le ranimerait, lui rendrait le courage de poursuivre sa « profession ». Pour le moment, il sollicite la permission de partir pour Halle et Weissenfels, afin de traiter diverses affaires1.

Les peines de Schiïtz sont encore aggravées par les difficultés suscitées par les Italiens que le fils de l’Électeur a pris à son service. En i64à déjà, nous l’avons vu, il avait était blâmé à cause d eux2. Il voyait bien, dès ce temps-là, que les Allemands considéraient comme une humiliation le Directorium italien nouvellement institué 3. Par la suite, son autorité même se trouva diminuée. Le prince héritier avait ordonné que les deux chapelles, la chapelle de son père et la sienne, serviraient tour à tour dans l’église du château. Schiïtz n’admettait pas que, le dimanche où paraissaient les musiciens du Cliurprinz , leur maître italien prit la direction : c’était pour lui une douleur et un affront, d’avoir à disputer la préséance à un homme trois fois plus jeune que

Page 1