Schafer, p
guste de Brunswick, à Wolfenbiittel. Pendant Pété et l’automne de i655, il écrit plusieurs fois à la duchesse Sophie-Elisabeth. Le 24 juillet, il lui annonce que Joh. Jacob Lôwe, qui sera son maître de chapelle en effet, vient de partir (le 19) avec deux sopranos, sur un bateau qui le transportera jusqu’à Magdebourg. 11 serait bon de le garder au moins un an, pour que les musiciens prissent de lui la bonne et juste manière. « C’est un homme droit et honorable, en qui je n’ai remarqué aucun notable défaut, aussi longtemps qu’il s’est tenu près de moi ; il a rinuneur vive des Autrichiens l, et voudrait que tout le monde eût la même assiduité que lui. » Aussi faut-il appréhender qu’il exige des enfants un travail excessif : il pourrait arriver qu’ils se plaignissent de sa sévérité; ils ont meme laissé entendre, avant leur départ de Dresde, qu’ils fuiraient un maître aussi redoutable. Pour éviter qu’ils prennent cette résolution désespérée, Schütz prie la duchesse de leur permettre de se présenter devant elle et de lui dire comment ils sont traités2. C’est encore un trait particulier du caractère de Schütz que cette
1. Lôwe « de Vienne », écrit Schütz : Lôwe « d’Eisenach », lit-on sur le titre des œuvres de ce compositeur.
‘2. Chrysander, art. cité, p. 162
LA VIE
bienveillance pour les enfants de chœur, que leurs régents gouvernaient alors avec une rudesse incroyable1. Il avait d'ailleurs entretenuces deux jeunes chanteurs avec le plus grand soin, et avait élevé Lun d’eux depuis ses premières années : Schütz ne manque pas de rappeler, de plus, qu’il n’a rien négligé pour le bien de la chapelle ducale, et avoue enfin qu’il attend le salaire qu’on lui avait promis. Cette année-là, ses ressources avaient été épuisées. Il lui avait fallu payer pour les funérailles de sa fille Euphrosyne, qui était morte à Leipzig, dans ses bras, le 11 janvier précédent2. De nouveau, la douleur et la pauvreté l’accablaient. Le duc de Brunswick s’empressa de satisfaire à sarequête, en lui accordant pour chaque année i5o Reichs tlialer payables en deux termes, à Pâques et à
1. On les instruisait verbis et verberibusy dit Sethus Calvisius (cf. Descartes et la musique , p. 21). Partout, on les rudoie : en i6a5, 011 accuse le maître de chapelle de Dole, Bourgeois, d’avoir fait mourir sous les coups un de ses élèves [Arch. du Jura , G. 262). En 1 564, Ie maître de Saint-Maxe, à Bar-le-Duc, avait battu un des cillants jusqu’au sang [Arch. de la Meuse , délib. de Saint-Maxe, 1502-1576, fol. 277 h). Les petits choristes de JNotre-Dame de Paris faisaient pitié à Thomas Coryate ( Voy . à Paris, 1608, trad. et annoté par R. de Lasteyrie, 1880, p. 17). Il était à craindre aussi que le maître aimât trop ses disciples. Voyez le Journal de M° Pépin , chan. musical de la Sainte-Chapelle de Dijon (Bibl. de 1 Arsenal, 111s. 3902, fol. 25a, exécution de Rich. de Renvoisy, en 1 586) . Cf. l'étude de M. A. Horneffer sur Joli. Rosenm Ciller (1898).