Fürstenau, ouvr. cité, p
l’empereur et de quelques princes, pour leur fidélité au style ancien et à cette harmonie majestueuse et purifiée qui seule est digne de l’Église1.
Ayant obtenu que Bernhard écrivît un motet sur le texte qu’il avait choisi, et dans la forme qu’il avait imposée, Schiïtz recommanda sans doute au prédicateur de la cour, Martin Geier, de prendre pour sujet de 1 oraison funèbre qu il prononcerait sur lui, le même verset de psaume que Bernhard avait traité. Et il dut le prier de le traiter de telle manière, que son discours, comme le motet, servît de leçon aux musiciens. Il semble, en elïet, que le compositeur ait voulu, par la voix de Geier, les exhorter pour la dernière fois. Depuis longtemps, peut-être, Sclmtz avait indiqué au prédicateur ce qu’il devrait dire alors ; el l’on croirait volontiers qu'il lui avait désigné à l’avance les passages des livres de théologie où il trouverait des arguments contre les corrupteurs de la musique religieuse2. En réunissant dans son sermon des conseils et des
i Approbation de la Pars prima Missarum 4 et 5 Vocuni pro pleno Choro cum et sine Basso continua , juxta veterum contrapuncti stylum (Bibl. nat. Vm‘ 896) de Tl.cile qui lut, diton, l’élève de Schütz, sans doute à Weissèntels, apres ib6o (A. YVerner, ouvr. cité).
a. Il passait la plus grande partie de son temps à lire l’ Ecriture et des livres de théologie (sermon funèbre, cité par Fürstenau, p. ‘i36).
LA VIE
reproches destinés aux artistes, Geier nous révèle, apparemment, la doctrine même de Schütz.
C'est aussi par Geier que nous savons comment le musicien mourut. Après avoir rappelé que, à plusieurs reprises, il avait résisté, par le secours de la médecine, à de violentes attaques, le prédicateur ajoute : « Le 6 novembre passé, il se leva tout dispos, et s’habilla; mais, peu après neuf heures, comme il voulait chercher quelque chose dans sa chambre, il fut pris d'une faiblesse subite, et frappé soudain d'apoplexie, de sorte qu'il s’affaissa sur le sol, incapable de se mouvoir; ses gens, venus à son secours, le mirent au lit aussitôt, et il reprit un peu de ses forces, parla bien distinctement, mais le mal l’avait tellement accablé, qu’il perdit la parole, après avoir dit qu’il abandonnait tout à la volonté miséricordieuse de Dieu. Le médecin, que l’on avait appelé sans tarder, appliqua tous ses soins à le secourir par d’excellents remèdes, et tâcha de réconforter la nature, mais il n’y avait plus grand'chose qui put le soutenir. En même temps, son père spirituel ( Beichlvater ) fut mandé près de lui ; il prononça devant le malade toutes sortes de prières et de maximes, et les cria dans son oreille tandis que, en inclinant la tête, ou par quelque mouvement des
mains, Schiitz faisait comprendre qu'il avait son Jésus dans le cœur. Ensuite, son père spirituel le bénit, et, tout après, il resta fort tranquille, comme s'il dormait, jusqu’à ce que le pouls et la respiration finissent par se ralentir peu à peu, et par se perdre. Et lorsque quatre heures eurent sonné, il mourut doucement et paisiblement, sans la moindre convulsion, pendant que Ion priait et que Ton chantait autour de lui1 2 » (*672).
Le 17 novembre, il fut enterré, comme il le voulait, sous le porche de l'église Notre-Dame, ou était la sépulture de sa femme. Jean-Georges II avait délégué le conseiller intime von YV ollrainsdorf aux obsèques. Avant et après le sermon de Geier, la « musique allemande » de l'Electeur lit entendre quatre compositions dont la première était de Bernhard ; les trois autres avaient été écrites par Schütz, pour les voix et les instruments \ De plus, la Cantorey chanta un motet, devant la maison où était le mort, quand on vint pour prendre le corps.
Le diacre Joh.-Ernst Herzog parla aussi devant les assistants, priant les musiciens de remplir leur office aux obsèques, « de la manière la plus touchante3. » Sur le tombeau, on plaça une