Dans le madrigal, Quella damma son io (n° n), les voix
I/ŒUVRE
iGS
Ainsi, dans la première œuvre, il apparaît déjà que Sclnilz ne sera pas seulement un architecte des sons, mais qu’il animera sa musique de tous les mouvements de son cœur, et qu’il y fera resplendir toutes ses visions. Par ces Madrigali , nous reconnaissons aussi que, venu bien tard à la composition, il a très vite acquis une ferme technique. Assoupli par l'étude des bonnes lettres et du droit, son esprit l’a conduit par des chemins de traverse. Du premier coup, il voyait où il fallait aller, sans perdre de temps aux exercices inutiles. Dès qu’il eut mis de l’ordre dans ce qu’on lui enseignait, et cela seul lui fut difficile, il écrivit avec la liberté et avec la décision d’un maître. Quelle que soit Tarnpleur ou l’audace de ce qu’il a rêvé, il n’est jamais contraint d’y renoncer, faute de ressources pour l’exécuter. A l’emportement de l’imagination, correspond, chez lui, la fougue de la réalisation1. De là, cette spontanéité qui nous émerveille : il est peu de musiciens qui soient, comme lui, capables de noter leurs impressions, de les coordonner en musique régulière, quand ils en sont encore pleins de fièvre.
sont aussi réparties en deux groupes qui se répondent, puis s’unissent.
i. Spitta estime que ces madrigali furent écrits en très peu de temps.
Ce qu’il a ressenti, Schütz nous le livre tout frémissant de vie. Nul ne décrit comme lui. Voyez avec quelle puissance il enfle et il agite les flots de sa musique, dans le dernier madrigal; c’est le rythme même et le grondement du vasto mare \ Et, dans la vocalise multipliée qu’il joint, plus loin, au mot canto , il rassemble toutes les voix de l’océan 2.
A cette force et à cette profondeur qui lui sont propres, il ne dédaigne pas d’allier, dans ces compositions, la vivacité, l’élégance, la bonne humeur qui sont les qualités des madrigaux italiens \ Il s’en est emparé, comme il s'est emparé des richesses moins enviables de la littérature italienne de la même époque.
Si l’on veut mesurer quelle est sa puissance d’assimilation, pendant son séjour à Venise, il n’est besoin que de lire la dédicace de son œuvre au landgrave Moritz : « E vn Mare V. A . Serenissima , non sô se piü mi clica di virtù, che di munificenza , » etc., lettre d’hommage
i. Ce madrigal est écrit pour deux chœurs à quatre voix. Comparez à cette ampleur dans la description, les imitations enfantines de Schein (cf. Wustmann, ouvr. cité, pp. 3io et 3 1 1 ; voyez aussi, p. 3a i).
a. Pour exprimer la soave armonia , Schütz réunit les voix sur un accord inattendu de si bémol. Il traduit ingénieusement, et exactement, concord i vend. Rapprochez de ce passage la grande vocalise qu’il joint aux mots aare ridenüy dans le 3e madrigal.