‹ Science de l'homme (volume 2)Chapitre 13 sur 67 · UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

UNIVERSELLE

Tu étais donc avant de naître et tu seras après la mort. Qu'étais-tu? où étais-tu? que seras-tu? où seras-tu?

Sans doute tu me répondras que tu étais et que tu seras ce que et oit ta voudrais avoir été, et ce que et où tu voudrais être un jour. DIEU, diras-tu, ne nous donne' pas en vain des affections pour le passé et pour Yave^ nir, dans le présent ; il nous révèle ainsi notre origine et notre but, telle est la condition de notre progrès ôortdtant vers lui. Tout cela est vrai; mais n'oublie pas qu'il veut que nous distinguions le germe du fruit, la terre du grain qu'elle renferme, le père du fils, l'époux de l'épouse, l'agent du patient, le produit du producteur. Tu te rappelles ce que furent les premiers cavaliers espagnols pour

vante. Elle y ressemble» car elle la contint ; elle y ressemble, car la gloire est une des faces de ma vie ; elle y ressemble, mais ma vie n'est pas seulement la gloire.

Tu ajouteras encore que cependant je ne parais vouloir vrvRE que dans la mémoire des hommes. Oui, sans doute, j*y veux vivbb ; mais qu'est-ce que vivre dans la mémoire des hommes, si ce n'est vivbe spirituellement en quelqu'un ; si ce n'est ce qui correspond à cette face de l'amour fini, être Aud, moitié de la vie de tout être 7 Cet aspect n'aurait sans doute aucune valeur moralisante, s'il était seul ; il serait même démoralisant, puisqu'il ne serait q\i^ excentrique, et même, vivre dans la mémoire des autres n'est qu'un aspect de la vie spirituelle, car je veux penser à eux, comme je veux qu'ils pensent à moi ; et c'est pourquoi je dis que je vivrai dans la mé~ moire des hommes, mais que j'aurai conscience de cette existence; alors ma vie future spirituelle sera complète»

Mais pourquoi m'accuser de ne rêver qu'une' vie future purement spirituelle, une vie qui consisterait à penser aux autres et à occuper Vesprit des autres (ceci au moins est un aspect indispensable de la vie), lorsque je veux évidemment agir sur les autres et sentir leur action sur moi ; lorsque je veux, en d'autres termes, que mes SENTIMENTS, que 1' amour qui m'anime, qui fait, qui est ma vie, lorsque je veux, dis-je, que cet amour serve toujours de lien à une intelligence, à des actes qui m'appartiendront réellement dans Vavenir, quoiqu'ils soient manifestés par un être qui comprendra plus que mon intelligence et mes actes, plus que mon esprit et

jour qui sera le premier jour d'une yib nouvelle pour nuri^ crois-tu que je n'occuperai pas davantage ton esprit^ et que ta chair ne sera pas plus émue par mon souvenir, que je ne V occupais, que je ne V agitais la veille par ma frA- SENCX? Ces larmes qui baigneront tes yeux (car tu pleureras, Saint-Simon n*a pas tari cette source d'amour) , ces larmest sois-en sûr, cher Charles, me laisseront en toi une place qui suffit à mon amodr. Ton père la remplira. Oui, Charles, Eugène mort a lu avec moi la lettre de Hargerin. En répétant ces distiques savants et vigoureux, ton pèi'e était content, il jouissait ; ses narines se sont gonflées de l'orgueil divin. Mais pourquoi aussi une larme a-t-elle roulé sous sa paupière, larme indéfinissable de douleur et de joie, de passé et d'avenir, de regret et di espérance? Comment a-t-il lu, comment a-t-îl écrit dans les yeux de ce cher Olinbe : Eugène est content ! Comment Olindb et moi avons-nous pu nous écrier au même instant : Eugène est content! Eugène était là, il était en nous, non sans doute comme il était naguère avec nous, car il ne fut un instant avec nous que pour être bientôt en nous, et nous sommes aujourd'hui meilleurs de tout son amour, comme il est meilleur par tous nos

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