‹ Science de l'homme (volume 2)Chapitre 37 sur 67 · ONZIÈME TERME · texte numérisé non relu

ONZIÈME TERME

C'est Charlemagne qui a été le fondateur de la Société européenne. C'est lui qui a solidement uni les différents peuples qui la composent, en les attachant tous à Rome par le lien religieux, et rendant cette ville indépendante de toute puissance temporelle. Depuis Charlemagne jusqu'à ce jour, la Société européenne a été constamment la plus forte sous le rapport matériel ; mais sous celui de l'intelligence, elle ne s'est placée en première ligne que depuis Tépoque où les Maures ont été expulsés de l'Espagne, et elle n'a fait faire encore aucun pas général à l'esprit humain ; tous les progrès que cette Société a faits dans les sciences ont été des progrès partiels, c'est-à-dire qu'elle n'a encore perfectionné que les sciences particulières. Ses travaux jusqu'à ce jour ne peuvent donc être considérés que comme des travaux préparatoires, pour la réalisation d'une amélioration générale dans le système des idées. L'analyse de ses travaux, depuis le xv* siècle jusqu'à ce jour, donne pour résultat la désorganisation achevée du système scientifique organisé il y a deux mille ans, et l'organisation très- avancée du système scientifique dont les Arabes ont posé les bases pendant le califat d'Almamoun; mais ce résultat, je le répète, n'est point un pas général.

Les Européens modernes, c'est-à-dire nous, n'avons point encore mérité d'être placés par l'historien impartial, par celui qui ne veut point flatter ses contempo-

rains, sur la ligne des Egyptiens, des Grecs, des Romains et des Sarrasins. Les premiers ont établi la division entre ridée cause et celle effet; ils ont organisé le système des idées religieuses ; les seconds ont organisé le polythéisme ; les troisièmes ont organisé le théisme, et les derniers ont substitué l'idée de plusieurs lois régissant Tunîvers à celle d'une cause animée qui constitue le théisme. Voyons maintenant ce que nous avons fait. Nous avons, je le répète, continué les travaux des Sarrasins, et nous les avons perfectionnés ; mais nous n'avons pas encore fait converger les idées de plusieurs lois vers celle d'une seule loi, ou du moins nous n'avons pas encore réorganisé le système scientifique et le système d'application, d'après la conception d'une loi unique. Celte opération n'étant point encore faite, elle appartient à l'avenir; cela nous oblige à établir un douzième terme pour en parler.

Je prie le lecteur de se rappeler cette phrase de la préface : L'avenir se compose des derniers termes d'une série dont les premiers constituent le passé. Ainsi, l'étude de la marche que l'esprit humain a suivie nous dévoilera celle qu'il suivra. Je le prie d'examiner si cet aperçu de l'application du principe n'est pas une preuve certaine de sa justesse. Je le prie de quitter un moment les yeux du manuscrit et de réfléchir sur ce qui doit arriver : il verra que ce qu'il pensera sera la chose qu'il trouvera écrite dans le terme suivant.

DOUZIÈME TEaME.

Le système général de nos connaissances sera réor-

ganisé ; son organisation sera basée sur la croyance que l'univers est régi par une seule loi immuable. Tous les systèmes d'application, tels que les systèmes de religion, de politique, de morale, de législation civile, seront mis en accord avec le système de nos connaissances.

Je n'entrerai pas pour le moment dans de plus grands détails, relativement à la marche passée et future des progrès de l'esprit humain. Si j'en ai parlé dans cette première partie, c'est épisodiquement, c'est par anticipation, par conséquent cela n'a dû être que par aperçu. Ce qui m'a engagé à le faire, c'est que j'ai observé que l'esprit humain avait besoin de prendre connaissance de l'ensemble d'une conception pour s'intéresser au développement des détails, et son attention étant très-bornée , il a besoin que, dans le cours d'un travail, l'ensemble lui soit souvent remis sous les yeux ; c'est ce que je ferai.

L'objet que je me propose dans ce travail est d'établir une série de comparaisons dont le premier terme soit la comparaison entre les corps bruts et les corps organisés, dont les termes suivants soient les comparaisons entre les structures des différents corps organisés, depuis celui qui est le moins organisé jusques et y compris l'homme, qui est le plus organisé de tous, et de faire voir que l'homme n'a joui d'abord que de la supériorité d'intelligence qui résultait directement de sa supériorité d'organisation.

Le développement de cette première partie de la série est l'objet direct de la première partie de ce mémoire. Je développerai dans la seconde partie la

deuxième portion de la série qui est la comparaiscMi progressive des différents étais de rintelligence, aux différentes époques de l'existence de F Espèce humaine, et qui donne pour résultat les conjectures les plus solidement fondées qu'il soit possible d'établir sur Favenir de l'Espèce humaine.* Je parlerai de Tensemble de la série; je la passerai en totalité en revue dans la première et dans la seconde partie de ce mémoire , avec cette différence que , dans cette première partie , je pèserai davantage sur les premiers termes que sur les derniers, et que ce sera le contraire dans la seconde (1). Je termine ici ce long épisode» et je reviens à la question que je vais rappeler au lecteur, qui serait bien excusable de l'avoir perdue de vue.

J'ai annoncé que je prouverais par six observations que l'homme n'était point d'une nature différente de

(1) Vous qui prenez la peine de lire mon trayail, et à qni je (iomande des conseils, dites-moi ce que vous pensez sur la question suivante. Mettez votre opinion par (^crit sur le verso que j'ai laissé en blanc pour vous faciliter les moyens de me donner vos avis. Vous me rendrez un véritable service ; car je n*ai aucune idée arré* téc sur le parti que je dois prendre.

Les idées que je présente sont partie de Vicq-d'Azyr, partie de moi. C'est lui qui a posé les principes; c'est moi qui ai tiré les consé' quenccs. C'est lui qui a trouvé les premiers termes de la série ; c'est moi qui ai posé les derniers. Troià modes de rédaction se présentaient à moi : l'un de faire l'honneur de la série entière à Vicqd'Azy^*, eu lui faisant poser tous les termes; l'autre, de me l'attribuer, lo troisième, de le partager. J'ai trouvé que chacun dc5 trois modes avait des inconvénients, mais que le premier en avait moins que les deux autres. Me suis-je trompé ? Dans ce cas, comment aurais-je dû faire. Ouel est le mode que je devrai adopter lors de la mise au net de ce mémoire, pour le présenter aux sociétés savantes? Ditesmoi, je TOUS prie, votre opinion à cet égard; mais ne perdei pas

celle des autres animaux; que la faculté de se perfectionner était commune à tous les animaux; que si l'homme était le seul qui se fût perfectionné, c'était par la raison qu'il avait arrêté et même fait rétrograder l'intelligence des animaux moins bien organisés que lui ; que si l'homme disparaissait du globe, l'animal le mieux organisé après lui se perfectionnerait. J'ai présenté quatre de ces observations, je vais exposer les deux autres.

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