‹ Science de l'hommeChapitre 5 sur 84 · I .*kkftft.kft*i% 4* * ■*. %**•* -»«* «««« « *• ^*i · texte numérisé non relu

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donner, comme elles avaient commencé par tout recevoir, se revêtant de la mort comme elles s'étaient revêtues de la vie, et participant ainsi de l'éternité.

L'enfance qui ne sait pas encore, et la vieillesse qui ne peut plus, ressemblent furieusement, cher ami, à un cervelet sans cerveau et à un cerveau sans cervelet ; il en serait à peu près de même d'une femme dans une île déserte ou d'un homme dans une île déserte : l'une mourrait de faim et l'autre d'ennui. Ce sont des abstractions qui, au point de vue scientifique, servent à justifier, par l'étude de ces situations isolées, les conceptions sur l'être normal sachant et pouvant , parce qu'il veut, mâle et femelle puisqu'il engendre , ayant cerveau et cervelet unis, puisqu'il pense et agity puisqu'il sait et peut.

A ces deux tennes de la vie dans le temps, la jeunesse et la vieillesse, correspond parfaitement, selon moi, danâ la vie réelle, dans la vie de Yespace^ le dualisme femelle et mâle. Si la femme est un enfe^nt, l'homme est un vieux, un barbu, un barbon que l'enfant étourdit , mais qui ennuie fort l'enfant ; qui parle du cerveau, tandis que l'enfant crie du cervelet,

S 4. Récapitulons quelques-uns des principes d'étude que je viens d'exposer, et que je voudrais voir adoptés par les physiologistes et les anatomistes.

1* Étude de l'honmie et. de la femme unis, c'est-àdire, études du couple générateur, base de la famille, de la société, de la perpétuation de l'espèce ; études de cet organe double, dont l'amour des deux parties,

source de la vie humaine, unit le moi au non-moi, une individualité à une autre individualité distincte de la première, et qui, par cette union, engendre;

2^ Études comparées de T homme et de la femme , isolés, séparés, abstraits Tun de Tautre; niais tranq)ort, dans ces deux études abstraites, de la conception générale de leur destinée commune d'union, de couple générateur; de manière à trouver, dans chacune des individualités abstraites , leur faculté d'accouplement générateur , aussi bien que leurs facultés personnelles, individuelles, nécessaires au renouvellement de leur propre vie, à la création de leurs sentiments, de leurs raisonnements y de leur corps; facultés qui doivent, comme toute puissance génératrice, se manifester sous deux sexes différents, se fécondant réciproquement par Tamour de l'un pour l'autre;

3** Études de tous les tissus, de tous les organes, de toutes les circulations, dans l'homme et dans la femme, sous cette double inspiration de leur destinée conmiune d'accouplement, et de la puissance génératrice de leur propre individualité ;

4* Études comparées de V enfance et de la vieillesse^ dans l'homme et dans la femme, d'après la conception générale de l'état dit viril de l'un et de l'autre ; de manière à comprendre et formuler les conditions de vie ou de mort, d'accroissement et de diminution de la vib, justifiant et confirmant ainsi les données précédentes

sur la PROPAGATION DE LA VIE ;

5" Études comparées de l'homme et de la femme , dans leurs rapports respectifs avec le monde extérieur.

d'après cette conception générale : qae tout individu forme couple avec son non-moi, et que les deux membres de ce couple se donnent réciproquement la vie , participant l'un et l'autre, et par leur union , à la vie universelle.

Sur cette dernière proposition, que j'avais seulement indiquée, mais qui est tout à fait capitale, je vous demande à m' étendre longuement.

Les physiologistes et anatomistes , élèves bâtards et bien involontaires du spiritualisme chrétien, mais disciples directs et très-volontaires du matérialisme du siècle dernier, ont généralement considéré l'homme comme un appareil passif, recevant la sensation du nonmoi , et rendant, en conséquence, un son correspondant à la note touchée par cet actif non-moi.

C'est, en effet, une des formes abstraites de la vie, base de la philosophie incomplète de Gondillac, qui mène au fatalisme et, quoi qu'on en ait dit, à la servitude; c'est elle qui vous a inspiré l'expression de clavier cérébral.

Non, grand monde, nature, univers, je ne suis pas ton esclave, s'écrie l'homme de génie I je te moulerai à limage de moi-même, de ma volonté, de la vie qui est en moi et qui est aussi bien celle de notre Dieu que la vie qui est en toi.

Et voici qu'au milieu d'un monde où l'on croyait que l'honune était esclave de l'homme, et que tous les hommes, môme les rois des hommes, étaient esclaves du destin, de la fatalité ; voici un homme qui trouve dans son cœur cette simple vérité et qui la proclame à la face de

tous ces maîtres d'hommes, à la face de ce destin, maître des dieux et des hommes ; voici Jésus qui dit : t 11 n'y a qu'un seul Dieu, je suis le fils de Dieu, et vous êtes tous mes frères ; nous vaincrons le monde , la terre, notre despote, le prince du monde. »

Et depuis lors, la terre change de forme ; les maîtres n'ont plus prise sur les esclaves ; le fatalisme fuit devant la providence; l'homme se sent maître de luimême ; sa conscience se forme et s'élève, l'amour de la liberté naît et se propage; plus de Dieu fait de bois et de pierre, d'arbres ou de légumes ; plus d'idolâtrie de la force et du nombre , mais adoration du droit, consécration et respect de la personnalité.

Il n'était pas physiologiste, le charpentier de Nazareth, et certes, personne ne peut dire quelles molécules de son non-moi, mises en contact avec son moi, lui ont donné la sensation de cette nouvelle forme de la vie qu'il venait annoncer au monde.

Pourquoi cette révélation n'aurait-elle pas été en lui, n'aurait-elle pas été lui-même ? Pourquoi ne serait-ce pas cette sainte et divine molécule humaine qui devait, par son contact avec le monde passifs lui communiquer l'étincelle électrique, le bouleverser de fond en comble, triompher de la force et du nombre, et préparer SON règne de paix et d'amour sur cette terre livrée à la guerre et à la haine?

Oui, mon cher Docteur, ainsi que le disait Newton, les choses se passent comme si l'homme, le moi était actif et passif, successivement et simultanément, dans ses communions attractives ou répulsives avec le non-

moi. Or dans quels points du cerveau ou du corps humain placez-vous cette initiative de volonté et d'impulsion qui remue et transforme le monde? Nous montrez-vous dans les tissus, dans les organes, dans les circulations de cet homme qui donne, qui verse la vie hors de lui, pour convertir à lui tout ce qui n'est pas lui, nous montrez-vous cette divine et pénétrante activité^ avec la clarté que vous croyez avoir, en nous dépeignant Thomme passivement soumis aux influences du monde extérieur ?

NonI malgré tout ce que nous a dit l'enseignement chrétien, malgré M. Cousin lui-même, Thomme n'est pas pour vous une liberté; il ne veut, ne sait et ne peut rien que lorsqu'il est sollicité par une force qui lui est étrangère; il ne peut pas imposer sa volonté, sa passion à ce monde qui ne la connaît pas, qui la bafoue, qui la crucifie, et qui ne saurait la lui avoir inspirée, la lui avoir révélée.

Cette passivité, hélas! elle a pu paraître une base complète de la science anatomique , parce que celle-ci a pour sujet un cadavre ; mais le physiologiste, comment ne se jette-t-îl pas, au contraire, par réaction contre le cadavre, dans l'absolu de l'activité humaine, dans la haine des théories de la sensation, dans le monde de la liberté?

Vous le savez, cher Docteur, ni l'un ni l'autre de ces systèmes n'est, âmes yeux, complet; chacun d'eux isolé mène à l'absurde, puisque tous deux marchent dans l'abstraction vers l'absolu. Vous savez que pour Saint-Simon, pour moi, il nous faut un système qui relie ces deux

points de vue abstraits, qui donne une égale et légitime satisfaction à la liberté et à Taulorité, à la spontanéité du moi et à son obéissance au non-moi.

Voici donc encore une question sur laquelle j'ose appeler l'attention des physiologistes. Je leur demande si leur science nous donne une explication de l'organisme d'un homme faisant éprouver ses propres impressions au monde qui l'entoure, aussi satisfaisante que celle qui s'appliquerait à l'homme soumis aux impressions du monde extérieur et les reflétant comme un miroir, dans ses sentiments, dans sa pensée et dans ses actes ?

Je vous assure encore que, sous ce rapport, les physiologistes trouveront, s'ils la cherchent, une grande différence entre l'homme et la femme; j'affirme, avant leur travail dans cette direction, qu'ils trouveront l'homme, en général, plus actif à l'égard du non-moi, sous le rapport rationnel que sous le rapport charnel; et la femme, en général, plus active sous le rapport physique que sous le rapport psychique; l'homme voulant imposer au monde ses idées^ ses raisonnements, ses calculs^ la femme lui imposant ses goûts, ses formes^ ses modes.

a Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs, •

Je ne sais qui a dit cela, mais c'est une vérité qui court les rues et qui est conforme à la proposition précédente.

Maintenant je dois vous dire pourquoi j'attache une si grande importance à cette question de Vactivité et de la passivité; c'est qu'en général tout ce que disent la physiologie et l'anatomie sur le contact de

rhomme avec le non-moi par les sens, est entaché du vice radical que j'ai signalé plus haut et qui résulte de l'influence de la théorie de la sensation, et en général des données matérialistes et mécaniques, fournies par le xvni* siècle à la science des corps organisés.

Ainsi la physiologie et l'anatomie nous rendent, je le suppose, un compte satisfaisant du phénomène de Yaudition et spécialement de Y audition de la musique; mais que nous disent-elles et que peuvent-elles nous dire du phénomène de la composition musicale? Rien : du moins je le crois. Pourquoi? parce qu'il y a là une création personnelle, qui n'est pas le fruit direct des sensations éprouvées du dehors, et qui souvent, au contraire, est une création inouïe jusque-là, fruit du génie qui invente une musique nouvelle; une création tellement propre à l'artiste éminent qui Tengendre, qu'elle porte son cachet, sa forme, inconnue de tous les musiciens qui l'ont précédé et quelquefois même sifflée par ses contemporains.

J'en dirai autant de tous les arts. Je le sais bien, beaucoup de gens prétendent que les artistes copient, imitent; que ce sont des miroirs ou des singes. Passe pour le daguerréotype, que j'estime fort comme ingénieuse et utile industrie, mais non pas comme art. J'ai entendu un bourgeois, très-charmé d'avoir assisté au Désert de F. David, et disant : On voit bien qu'il y est allé ; il en a rendu les bruits, les sons, les cris ; on entend, parbleu I le simoun et le chameau !

Pauvre bête (je ne parle pas du chameau) ! Et malheureux Orphée I 11 vous livre sa vie, il vous donne son âme;

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