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Dieu se révèle à Thomme par Tactive initiative du non-moi, mais aussi par l'active initiative du moi, qui alors remue le monde : Mens agitât molem! Le moi veille souvent, tandis que le non-moi sommeille. C'est lui, ce moi volontaire, inspiré de Dieu directement^ qui force la nature entière à chanter le cantique d'adoration qu'il lui enseigne et qu'elle n'a pa^ inventé. C'est lui qui, par son regard, sa voix, son goût, son flair, son tact , lui communique la sensation ' qui part de lui et qu'elle ignorait ; alors, ce sont ses sens actifs qui meuvent les sens passifs de son conjoint et qui les fécondent ; lui aussi est mâle, lui aussi répand la semence génératrice et n'est pas seulement une matrice, un moule.
Oui, cher ami, si l'homme n'a pas inventé la foudre, la nature n'a pas inventé la poudre. Ce n'est pas le désert de Suez qui a inventé la symphonie de David, mais peut-être que la symphonie de David portera la vie, le mouvement, la végétation, la richesse, au sein de ce géant de sable immobile, qui dort et qui ronfle.
Ah ! chères merveilles génératrices de ce qui est si bien nommé le génie, vous n'êtes pas seulement des notes , des sons , des bruits , des ondes sonores , vous êtes le Verbe de Dieu révélé à ses prophètes, et avec lequel ils fécondent tout ce qui n'est pas eux, leur épouse ; car le prophète est l'époux de la nature entière ; il répand sur tous et partout le germe de vie qui est en lui ; il le verse dans la matrice universelle, et le travail de création commence.
Dans l'étude de l'homme, ne nous bornons donc pas à le considérer comme sollicité, influencé, inspiré par les
sensations quMi reçoit du monde extérieur; cherchons les organes et les instruments qui sont en lui, auxquels Dieu confie directement sa volonté, et par lesquels ce fils de Dieu s'en inspire, se Tassimile et la transmet volontairement, personnellement, librement au monde.
Vous êtes croyant au Dieu universel, cher Docteur, montrez-nous-le donc aussi bien dans le moi que dans le non-moi, aussi bien dans l'homme qu'en dehors de l'homme ; ne défendez pas au prophète, au poëte, à l'artiste, à l'homme de cœur, de croire que Dieu lui parle directement, afin que lui-même, héraut privilégié de Dieu, proclame SA volonté suprême au monde, qui l'ignore. Ne lui défendez pas cette croyance comme contraire à la science, il se moquerait de votre science, et il aurait raison.
Je demande donc à votre science de considérer abstraitement l'homme comme si il avait tout en lui ; comme si il ne recevait rien du dehors et, au contraire, lui donnait tout ; comme si il possédait en lui la source de vie, le sentiment, le raisonnement et l'acte ; et alors, qu'elle nous dise comment il communique au monde, qui ne les connaît pas, qui ne les a pas en lui, ses sentiments^ ses raisonnements, ses actes; c'est-à-dire comment, lui aussi, donne au non-moi sa propre vie, pénétrant jusqu'au cœur de ce non-moi qui l'élabore et la manifeste à son tour par des sentiments, des raisonnements et des actes.
Je me trompe fort, cher Docteur, si votre science actuelle n'a pas complètement négligé ce point de vue du microcosme antique, qui est aussi celui du libre arbitre
du chrétien, et sans lequel il ne peut y avoir ni science, ni politique, ni morale, ni rcligioD.
Considérons donc l'homine, par abstraction, comme un petit monde, molécule élémentaire infinitésimale, expression différentielle de la vie universelle ; examinons ses organes et spécialement le cerveau. Dans cette hypothèse, je ne m'occuperai des ramifications du système nerveux, reliant le cerveau à tous les points de la surface extérieure du corps, que pour constater comment elles y porlent le sentiment, l'idée, le mouvement. co?i~ çiis par ce petit monde vivant au sein de Dieu. Peu m'importe ici d'examiner et de constater que cette monade aspire son non-moi et s'en inspire; ce qu'il me faut savoir, c'est le procédé par lequel elle l'inspire de ce qui est en elle. C'est elle qui vit, pense, agît; c'est à elle que j'attribue l'initiative des sentiments, des idées, des actes de son non-moi passif qu'elle influence, et sur lequel elle pèse de toute la puissance que lui donne son essence infinitésimale.
Songez que, sans celte croyance, pas de conscience résistant b. la foi universelle, pas de Jésus crucifié, pas de Galilée s'écriant, même à genoux devant ses juges : El cependant elle tourne! pas de Christophe Colomb, et surtout pas de martyrs de la liberté !
Oui, j'ai foi que Saint-Simon sentait Dieu distinctement en lui et vaguement dans le monde, alors qu'il osait dire : * Princes, écoutez la voix de Dieu qui vous parle par ma bouche ! » J'ai foi que Dieu révélait à lui seul, avant tous, cette pensée rénovatrice du christia- . flisme et ignorée par toute la chrétienté : t 11 ne sufiii
pas d'avoir dit aux hommes qu'ils sont frères , il faut en outre leur indiquer conomfient et dans quel but ces frères doivent s'organiser en société. » J'ai foi que Dieu m'éclaire particulièrement et avant tous moi-même, lorsque j'ose vous dire : c la physiologie ne sera une science que lorsqu'elle aura posé pour base et pour but de ses éludes l'ANDROGYNÉiré, l'union génératrice des deux sexes, chacun des deux étant lui-même androgyne dans tous ses organes» dans tous ses tissus, dans toutes ses circulations, dans toutes ses molécules; parce que l'androgynéité est la loi suprême et universelle de vie de tous les êtres, n
La molécule humaine est double, mâle et fenoelle, Adam et Eve ; en elle je veux sentir, comprendre, toucher non-seulement l'humanité tout entière, de tous les lieux et de tous les temps, mais l'univers, mais l'immensité, les étoiles, le soleil, la terre et les mers, les animaux, les végétaux, les minéraux. Voilà pourquoi la Genèse est le plus grand livre de physiologie qui ait racore été donné au monde.
Est-ce d'une côte d'Adam qu'est née Eve? Est-ce parce qu'elle a mangé une pomnoe qu'elle a engendré? Est-ce un serpent qui l'a tentée ? Que me font aujourd'hui ces mythes ? Dans Adam et Eve, le physiologiste divin a posé l'hypothèse du couple générateur du genre humain. Or c'est une des deux grandes hypothèses que la science est obligée de poser comme abstractions indémontrables, mais indispensables : ou bien l'humanité est née d'un seul couple, était en germe dans un seul couple ; ou bien l'humanité a toujours été une multitude
de couples divers, distincts selon les climats, les latitudes et les longitudes, selon les localités qu'ils habitaient. Telles sont les deux hypothèses également utiles à l'établissement et au progrès de la science. Et il est aussi niais et aussi inutile de les prendre l'une ou l'autre pour vérité absolue, de discuter la supériorité de l'une sur l'autre, qu'il est ridicule et vain de rechercher si la poule a commencé par l'œuf ou l'œuf par la poule.
Mais, je le répète, la science qui s'appuie sur l'une des deux hypothèses seulement et qui néglige l'autre, marche nécessairement, inévitablement vers l'absurde, parce qu'elle repose sur une abstraction et non sur la réalité de l'être qui en exige deux de signes contraires, telles que l'unité et la multiplicité, le couple générateur et l'espèce.
III. — § 1* Laissons cette digression sur la Genèse et rentrons dans l'hypothèse de l'étude spéciale du couple générateur, et, plus abstraitement encore, dans l'hypothèse du moi considéré comme modificateur et en quelque sorte créateur du non-moi.
Je vous ai montré des applications de cette hypothèse au génie, à l'invention, à l'inspiration, à l'art, à la conscience, à la liberté ; je me suis efforcé de vous faire sentir que l'homme devait nécessairement croire, dans certaines circonstances, non-seulement à sqn indépendance absolue du non-moi, mais à sa puissance propre, à sa domination absolue sur le non-moi. Si tout cela est vrai, comme j'en suis convaincu, ou du moins si
cv6i une croyance inévitable et salutaire que rbomme doit avoir, aussi bien qu'il doit croire à Finfluence active, initiatrice, modificatrice, génératrice de son milieu sur lui-même, je vous demande plus que jamais de rechercher le lieu, l'instrument, Torgane d'où part cette volonté libre, personnelle du moi, comment et où elle s'élabore en iWeV, par qui et par quoi elle se traduit en acte.
Or je crois qu'ici les liens du ceneau et du cervelet, ceux de la masse cérébrale avec la moelle épinière et avec le corps entier, prennent une valeur, une importance bien plus grande encore que celle que je leur attribuais, quand je me bornais à combattre Toubli dont j'accusais la physiologie de la sensation, la physiologie du non-moi actif et du moi passif, d'être coupable à l'égard de ces liens éminemment vitaux.
Saint Paul, sur la route de Damas, songeait peutêtre à remettre son cheval aux mains de son esclave, à se jeter dans les bras d une courtisane , à vi\Te de sa vie païenne : — il est foudroyé. — H se relève le chrétien que vous savez.
Vous ne croyez pas aux visions et aux miracles, comme l'histoire les rapporte; vous êtes physiologiste, que croyez-vous ?
Moi , je crois que Dieu, qui était en lui, car il est tout ce qui est^ n'avait pas besohi d'être sur une nuée et de tirer un pétard pour foudroyer ce grand païen , et le ressusciter apôtre des gentils. Je suis persuadé même qu'il ne lui a pas dit à l'oreille, qu'il ne lui a pas montré écrit dans le ciel, qu'il ne lui a fait goûter, ni sen-
tir, ni toucher, ce que pourtant saint Paul a reproduit immédiatement par tous ses sens, par tous les points de son être : sa vie nouvelle.
J'aime mieux croire que , de la pointe des cheveux de l'apôtre jusqu'à la plante de ses pieds, toutes les molécules de cet homme puissant ont été animées d'un amour nouveau, chassant hors de lui tous les amours de sa première vie et prenant possession de son être, confondant ses vieux raisonnements païens, écrasant, annihilant ses appétits païens, régénérant son esprit et sa chair, tuant le vieil homme et enfantant l'homme nouveau.
Mais dans cette opération assez merveilleuse pour se passer de ce qu'on appelle un miracle, opération renouvelée par Constantin» par Clovis, par moi-même, opération qui se reproduit à des degrés différents et sous des formes diverses, chaque fois qu'un sentiment nouveau apparaît dans un homme et transforme tous ses sentiments, tous ses raisonnements, tous ses actes ; dans cette opération, dis-je, je ne puis me rendre compte de cette merveilleuse transformation qu'en la voyant marcher du centre à la circonférence, du moi actif au non-moi passif. Il faut absolument que je la suppose originairement dans le sujet, venant de lui, née en lui, étant lui-même, partant d'un point, d'un organe, d'un appareil quelconque de ce sujet , et se répandant en lui et hors de lui par toutes les voies de sa vitalité propre.
Si donc la vie normale a deux courants électriques, l'un allant du dedans au dehors, l'autre du dehors au dedans, pour les phénomènes analogues à celui-ci, c'est
1(5 courant centrifuge qui nous intéresse exclusivement.
J(; croîs que la physiologie actuelle est occupée, au contraire, presque exclusivement, du courant centripète, de sorte que l'homme, pour elle, est plutôt une intelligence obéissant à des organes, qu'un organisme soumis à une intelligence, et que certainement l'homme n'est jias à ses yeux une intelligence et des organes unis pour formuler et réaliser T amour qui les fait vivre.
Oui, mon cher panthéiste, l'homme est Dieu, non dans l'ordre infini, absolu, mais dans l'ordre indéfini de l'esprit et dans l'ordre fini de la chair. Dans ces deux mondes abstraits, l'homme est la volonté de Dieu, son verbe et sa réalité; il aime, il pense , il agit de lui-même, en liberté, quoiqu'il soit en même temps soumis à cette autre manifestation abstraite de Dieu, qui aime, pense et agit hors de lui; car ces deux manifestations de Dieu Bont elles-mêmes associées, unies par un double lien de réciproque indépendance et de réciproque obéissance, toutes deux vivant de la vie infinie, immense, universelle.
Que la science cherche donc à connaître dans l'homme ses trois vies, à savoir : sa vie propre et active, comme xi elle était absolument indépendante du non-moi : sa vie impersonnelle et passive, comme si elle était absolument dépendante du non-moi; et enfin sa vie de relation, sa vie religieuse, sa vie d'union, de mariage entre le moi et le non-moi, échange perpétuel d'activité et de passivité, de liberté et d'obéissance, de jouissance et de Kacrifice, d'intérêt et de devoir, d'égoïsme et d'abnégation, de soif d'être aimé et d'aimer.
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Tant que ces trois branches abstraites de la science de l'homme ne seront pas cultivées isolément, spécialement, dans le sens propre à chacune d'elles, la science de l'homme ne sera pas fondée. Je le répète, ces trois branches de la science de l'homme sont l'anatomic {moi passif, non-moi actif), la physiologie (moi actif et nonmoi passif), et enfin, la médecine, lien de ces deux sciences (moi et non-moi actifs et passifs, successivement et simultanément, par contraires ou par semblables).
Je demande donc à la physiologie d'admettre les données de l'anatomic, mais de les retourner entièrement; de transformer en agents actifs les agents passifs de sa chère sœur ; de donner l'initiative à tout ce que l'autre regarde comme instrument; de traiter le nonmoi comme un cadavre , mais le moi comme un vivant qui meut ce cadavre et lui conamunique sa vie , sa volonté, sa personnahté.
A ce point de vue, je le répète, c'est Vunité de l'être .qui domine la science; c'est l'ensemble, ce sont les conditions générales, les considérations à priori, la synthhe, qui en forment la base rationnelle, logique ; en un mot, c'est le vitalismc et non l'organicisme qui préside aux raisonnements et aux observations.
Revenons donc aux grandes hypothèses à la Descartes, à. la Leibnitz ; plongeons-nous dans les tourbillons et la monade, et laissons à l'anatomiste son scalpel et son microscope.
Vous comprendrez, je pense maintenant, pourquoi je reviens avec tant d'insistance sur la conception universelle du mdie et de la femelle unis, et pourquoi je la
présente comme fondement de la science physiologique.
Dans celte conception , la génération devient l'objet suprême de l'étude du physiologiste : génération de l'être d'abord, c'est-à-dire, phénomène de la vie donnée et reçue (père et mère unis et enfant). Ensuite, et comme double conséquence de la génération de l'être, génération rationnelle et génération corporelle (instruction et nutrition).
Mon cher Docteur, toutes les maladies qui frappent les générations humaines dans leur source , depuis quelques siècles , et qui ont rendu l'humanité si laide et si dégoûtante aujourd'hui ; celles qui devienn^t de plus en plus nombreuses et qui sont les conséquences directes ou héréditaires des médicaments antisyphilitiques; les maladies de la moelle épinière, l'hystérie et toutes les hontes de l'onanisme, toutes les turpitudes des sexes isolés ou égarés; toutes ces plaies ont été répandues à profusion par Dieu sur le monde, pour le rappeler à la dignité, à la noblesse, à la sainteté de l'œuvre génératrice.
Que voulez-vous que devienne une race qui est enseignée par ses savants eux-mêmes à considérer les organes de la génération comme des espèces d'instruments serviles, appendices mécaniques, jouets esclaves de ce maître suprême de l'intelligence, le cerveau ? Les poètes de cette race dégénérée composent, comme Barthélémy, un poëme, La Srjphilis, pour Giraudeau Saint Gervais; ou chantent, comme Méry, Les Vierges de Lesbos! Et les hôpitaux se remplissent, et notre jeunesse est étiolée, et la virilité se transforme à vue d'œil en caducité ; les
cheveux tombent, les dents tombent, les os se carient, les chairs se putréfient, et votre impérial cerveau se sèche d'insanie.
Puissant Phidias, générateur de la beauté, et toi, divin Raphaël, père de toute pureté, enseignez-nous à donner -saintement la vie, en réalisant cette adorable communion de l'esprit et des sens, par qui Dieu crée tout ce qui est! Montrez-nous les fils d'Adam et les filles d'Eve rachetés de leur brutalité et de leur ignorance originelles. Donnez-nous le vrai fruit de Tarbre de la science ; apprenez-nous à en savourer religieusement la douceur, et à rejeter son écorce amère, empoisonnée, mortelle.
Eh ! que me parlez-vous d'appétits physiques et de facultés animales! C'est vous qui nous plongez dans la grossièreté, dans la bestialité, en ravalant, comme vous le faites, l'amour qui donne la vie, en le rabaissant au niveau d'une fonction mécanique, brutale, morte, cadavérique.
Si encore, après nous avoir montré dans le cervelet cet appétit de la chair de l'homme pour la chair de la fe;nme, vous pouviez nous indiquer dans le cerveau l'appétit de V esprit de la femme pour V esprit de l'homme, vous auriez^ en partie, combattu l'influence délétère de votre enseignement brutal ; mais il nous faudrait encore voir le lien qui unit ces deux attractions charnelle, et spirituelle, de la femme pour l'homme et de l'homme pour la femme ; car nous sentons que l'union des deux esprits, aussi bien que l'union des deux corps, sont des conditions de mort, si ces esprits et ces corps ne.
sont pas eux-mêmes unis par 1' amour qui seul contient et donne la vie.
Et ne me dites pas que pour engendrer il n'est pas nécessaire que l'homme et la femme s'aiment; j'affirme que s'ils ne s'aiment pas, leur enfant est blessé cruellement, qu'il naît marqué d'un signe funeste, car il n'a pas de père, car sa mère rêve peut-être l'infanticide, car elle ne peut le sauver qu'en le jetant elle-même dans la grande matrice du monde, qui le refond, qui seule peut le ressusciter et faire d'un orphelin de la famille un enfant de la cité, de la patrie, de l'humanité. Mais placé devant sa mère, à laquelle il rappelle les traits d'un père non aimé, peut-être détesté; placé devant son père, qui voit en lui le déplaisant portrait de sa mère, ce pauvre enfant reçoit une étincelle de dégoût, de haine, de mort, au lieu de cette étincelle électrique d'amour du père pour la mère, première condition de vie morale, de vie sociale, de vie religieuse.
Beaucoup en réchappent sans doute, beaucoup se sauvent, parce que, heureusement, la famille n'est pas tout dans l'humanité; mais elle en est l'élément originaire; nous sommes tous enfants d'un père et d'une mère ; nous portons en nous une part dç leurs sentiments, de leur esprit et dé leur chair, qui, s'ils étaient antipathiques en eux, le sont en nous, et en nous se livrent la même guerre qu'ils se faisaient en eux ; nous héritons de cette triste maladie morale qui les minait, et nous ne pouvons en guérir que par un surcroît de paternelle et maternelle prévoyance sociale, et par notre affection filiale pour l'humanité.
Je ne vous ai pas parlé de la plus terrible des maladies résultant de fanathème chrétien contre la chair, et de la subordination et dépréciation dans laquelle vous la maintenez à l'égard de l'esprit. Le mariage, telle est cette maladie, quand l'union est, d'une part, ce qu'on appelle mariage de raison ou de calcul; de l'autre, quand elle n'est qu'un accouplement charnel.
II n'y a de mariage vital, normal, saint, que celui qui a été préparé , qui est consacré et qui est confirmé par l'amour psychique et physique des époux.
Tel est le type d'union vers lequel la civilisation humaine dQit tendre, quand bien même elle ne pourrait jamais l'atteindre universellement ni même généralement.
Cette digression sur la morale m'était nécessaire pour continuer ce que je veux dire sur la génération.
% 2. Si saint Paul, Constantin, Clovis, et moi-même (je tiens à me donner comme exemple, parce que ce n'est pas seulement une histoire, une observation enregistrée, c'est un fait, je n'en puis douter); si saint Paul, Constantin, Clovis et moi-même, nous avons été foudroyés par un amour universel qui nous a régénérés, il est possible, cher Docteur, que, dans votre vie, vous ayez été amoureux. Je le suppose donc, dût l'hypothèse être gratuite quant à vous ; mais elle est applicable à tant d autres I Vous savez donc qu'en général, avant d'éprouver un amour pour une personne déterminée, on conçoit, on imagine, on invente, on crée un type.
vers lequel on se sent entraîné, qui est partout et nulle part, sauf en soi. Cet amour est celui qui m'intéresse le plus, dans la physiologie de Thomme ou de la femme, telle que je la comprends, parce que cette science doit être, selon moi, éminemment subjective et pour ainsi dire indépendante de Tobjet Dites, si vous voulez, que je suis sous l'influence de la théorie des idées innées^ je ne m'en défends pas ; cette théorie avait du bon ; on ne l'a que trop repoussée et oubliée en faveur de la sensation.
Dans cet état, on est amoureux des onze mille vierges, mais d'aucune en particulier; toutefois on en a une dans le cœur, qu'on ne voit, qu'on n'entend pas, que l'on sent, qui vous inspire et vous anime, pour laquelle déjà on se fait brave, beau, sage, laborieux, digne d'être aimé.
Appelez cela de l'idéalité , de l'imagination, je ne demande pas mieux; seulement je soutiens que c'est de là que vont découler tous les raisonnements et tous les actes de l'amoureux, quoiqu'il n'y ait dans cette CONCEPTION idéale, intuitive, imaginaire, hypothétique, rien qui soit spécialement un raisonnement ou .un acte , rien surtout qui soit provoqué par une sensation produite extérieurement.
Certes, quand notre amoureux croira avoir rencontré dans le monde la réalisation vivante du type conçu par lui isolément, volontairement, activement, il pourra devenir alors passif à son tour , et ne plus éprouver de sentiments, ni raisonner, ni agir, sinon sous l'impulsion et au contact de sa belle. Dès qu'il sera dans
cette situation dépendante du non-moi, la philosophie de la sensation et la physiologie que celle philosophie ■ inspire, expliqueront cet automate, cet esclave des volontés d'un autre; mais elles n'auront rien pu dire de lui tant qu'il était libre, tant qu'il était maître de lui comme de l'univers, tant qu'il n'avait pas de maîtresse de sa vie.
Dans cette situation d'indépendance, sur laquelle la langue savante se tait, la langue vulgaire parle beaucoup, au contraire. Celle-ci ne dit pas un mot du cerveau, mais elle parle du cœur et fait grand cas de lui. Elle suppose que l'amour circule dans toutes les veines, et je crois pouvoir vous difier de prouver qu'il n'en soit pas ainsi. Voilà pourquoi on n'est pas choqué lorsque l'on entend l'amoureux dire : je lui ai donné mon cœur, ou : je donnerais mon sang pour elle ; tandis qu^on rirait s'il disait : je lui ai donné mon cerveau.
Je n'attache pas plus d'importance qu'il ne faut à la langue vulgaire, puisque nous nous occupons ici de science; toutefois, songez même au geste que l'homme emploie pour exprimer qu'il aims ; porte-t-il la main à. sa tête, ou sur son cœur î Et si vous me disiez que c'est une conséquence de ses habitudes de langage, je vous répondrais fermement, non 1 Est-ce que vous n'avez jamais senti les battements de votre cœur, s'accélérer ou s'arrêter jusqu'à vous étouffer? Regardez seulement un homme se précipitant du haut de la colonne de la place Vendôme : votre sang ee fige, votre pouls ne bal plus. Voyez renaître à la vie
votre enfant malade : votre ceeur se gonfle de joie, vos artères battent, votre peau se colore, le bonheur circule dans tout votre être, et vous songez si peu à votre cerveau, que vous vous écriez : je tfai plus la tête à moi I
Encore une fois, je ne prends pas toutes ces formules pour argent comptant ; toujours est-il que si vous cherchez les causes principales des maladies de Testomac ou des intestins dans la gloutonnerie et les indigestions, vous chercherez généralement les causes des maladies du cœur et même des poumons, dans des passions ardentes, dans des émotions vives, dans des indigestions d'amour ou de Haine.
Quant aux maladies du cerveau, j'admets parfaitement que vous trouviez leur cause habituelle dans la gloutonnerie intellectuelle, très-indigeste également.
Tous ces arguments n'ont pas d'autre but que de combattre l'absolutisme du cerveau. En vous ramenant au cœur, aux poumons, à l'estomac, aux intestins , mon désir est même de fixer particuUèrement votre attention (en regard de cette tête altière qui prétend tout gouverner du haut de son petit trône) sur ce peuple, sur cette masse d'organes importants, renfermés dans une cité bien plus vaste que le palais cérébral, cité qui a elle-même une administration spéciale plus importante que celle du cerveau, parce qu'elle est centrale, parce qu'elle sert de lien aux deux extrémités, supérieure et inférieure de l'individu, aux deux pôles de l'être.
J'ai toujours été frappé de cette vue des embryogé-
nisles faisant commencer l'être par un tube, lequel tube prend des développements capitaux à ses deux extrémités, ainsi que des appendices de force et de mouvement, el qui se garnit dans son parcours intermédiaire de tous les organes spéciaux de circulations générales, propres à l'entretien et au développement de la vie.
Je crois que ce point de départ est excellent pour la science physiologique; mais aussi, j'attache une importance dominante, royale, sacerdotale, au tronc, h la pile humaine, el je reconnais deux valeurs divei-ses mais égales à ses deux pôles, organes de la génération inteUectuelle et corporelle.
Ne riez pas trop de moi, cher docteur, si je vous rappelle ce que vous savez aussi bien que mol : qu'il y a des savants qui ont découvert et signalé des analogies, des correspondances fort curieuses entre les deux extrémités du tube, entre les deux pûlcs de la pile humaine. Je ne parle pas des analogies entre les bras et les jambes, elles sont trop évidentes; je parle des correspondances dans l'organisme et dans les facultés, entre la tête et l'appareil de la génération.
Je ne citerai d'abord, pour vous faire comprendre ma pensée, qu'un seul fait : l'influence de la castration sur la voix el sur la barbe. J'ai entendu dire que par l'abla- Uon des ovaires on a obtenu ce résultat analogue : une femme barbue, à voix mâle, une eunuque femelle.
A. ce sujet, je vous signale de nouveau, en passant, l'importance de la physiologie et de l'anatomie comparées de l'homme et de la femme.
Le jour ou l'on s'occuperait aussi de la physiologie
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