‹ Science de l'homme, physiologie religieuseChapitre 10 sur 125 · ABS · texte numérisé non relu

ABS

brave homme a le front bas, il me fait peur ; je re me. rassure que s'il a, au contraire, le front d’Apollon; mais c’est fort rare. Ë

La génitrice, je ne crains pas chez elle le front un peu bas, pourvu qu'il soit égal, arrondi, sans.bosses galliques et sans creux voisins des bosses. J’ai peur des fronts à la Rachel, qui me rappellent Lamennais ou Hugo. 11 me semble que sous cette draperie grecque bat un cœur d’académicien. Si vous me répondez que cette femme disait Corneille merveilleusement , je veux bien y consentir, mais Racine, je le nie; et de plus, je lui ai entendu chanter la Marseillaise, et j'ai reculé épouvanté devant ce monstre. |

Dieu me garde de mépriser les grands fronts d'homme; le mien est assez large pour que je ne fasse pas cette bêtise; toutefois je ne les aime pas, quand ils sont disproportionnés par rapport à la partie postérieure de la tête, quoique je puisse alors les estimer et avoir pour eux une grande considération.

Dans ce dernier cas, je crois que vous trouverez toujours la tête aplatie sur les côtés médians, et relevée en toit pointu au sommet, ou complétement aplatie aussi; comme si la nature voulait indiquer par là, qu'il existe alors très-peu ou pas de relations d'échange. de communion, entre les deux pôles ou les deux piles antérieure et postérieure.

Le phénomène semblable se produit et vous le signalez, lorsque le cervelet est disproportionnément développé, Eh bien, qu'est-ce donc que cette partie médiane qui s’affaisse et se vide, ou du moins qui ne

PERL se développe pas, qui ne vit pas, pour ainsi dire, lorsque l’une des deux piles fonctionne presque seule, lorsque l’homme se croit esprit ou se fait brute 2

Ce pourrait bien être, selon moi, le lieu, l’espace, le lit de communion des deëx faces de 1 vie; le temple où elles s'embrassent, se confondent, engendrent, et d’où elles inspirent et commandent l'esprit tout entier et le corps tout entier; ce serait le siége de l’idée et de l'acte, sous leur forme vivante, intentionnelle, passionnelle, volontaire; ce serait le siége de l’esthétique et de la plastique humaines, de la science et de l’industrie poétisées, élevées à leur puissance religieuse; ce serait l'organe de la volonté de Dieu dans l'homme, c’est-à-dire l'organe de l’ENTHOUSIASME du vrai et du beau.

Mais, cher Docteur, je m'emporte et je vous emporte plus que je ne le veux moi-même, en dehors de l’anatomie, en dehors du palpable, en dehors de la matière: j'y reviens.

Je sais parfaitement que le cerveau et le cervelet, quoique formant deux couples distincts, mais analogues, sont liés matériellement, non-seulement entre eux, mais avec la moelle épinière et avec l'organisme humain tout entier. Eh bien, je vous le demande encore, ce lien entre ces deux piles et avec le corps entier est-il de même forme, de même nature, de même combinaison élémentaire, que les deux piles cerveau et cervelet ? Non, sans doute,

Examinez donc si ce système nerveuæ qui sert de lien aux deux couples et qui reçoit et donne pour eux les commotions électriques extérieures et intérieures de l’or-

nm =

ganisme entier, ne constitue pas lui-même un couple. J'en suis convaincu; mais je soumets ma conviction à votre science. Pour moi, voici le couple gouvernant, reliant les deux faces abstraites de la vie, les deux piles intellectuelle et matérielle. Il est composé lui-même de deux piles électriques qui résament l’une et l’autre le jeu des deux autres couples, et il combine les résultats isolés de chacune d’elles. C’est là, selon moi, que s'effectuent les opérations de chimie transcendante où s’engendreni l'idée et l'acte, SENTIS, VOULUS, et qui vont s'exprimer en verbe, en formules, ou se réaliser en fait, en forme. |

Vous signalez parfaitement, cher Docteur, les prolon- | gements nerveux de l'appareil cérébral vers tous les points de l’organisme; mais je ne vous vois pas attacher d'importance ou seulement prêter votre attention aux liens qui rattachent entre elles, d’une part, les parties du cerveau; de l’autre, les parties du cervelet, et qui relient le cerveau lui-même au cervelet. Or c’est, selon moi, ce que la physiologie et l’anatomie ont le plus intérêt à examiner et à mettre en lumière dans l'organe cérébral, toujours "par cette raison: que la science générale actuelle doit avoir pour base et pour but l’uxion des deux membres de tout couple, et que les couples dont il s’agit ici sont tout à fait de premier ordre.

Pardonnez-moi, je vous le demande encore, de ne pas attribuer aux choses dont je vous parle, leur nom scientifique que j'ignore; je voudrais que ma lettre pût être comprise par tous les ignorants comme moi, qui sont infiniment plus nombreux que les savants tels qui

A" ra

vous. Mon espoir, d’ailleurs, est de vous engager à traduire en langue savante ce que je vous expose en langue vulgaire. J'espère, en effet, que vous serez frappé du discrédit inique qui résulte de vos doctrines, à l’é- - gard des facultés malérielles de l'homme, des facultés qui pourvoient à sa nutrition, à son logement, à son vêtement, aux communications des peuples, à leur outillage industriel, à la culture, à l’embellissement du globe, à l'hygiène physique, à la force, à la beauté, à l’élégance, à la santé du corps humain, à la sainteté de l'acte générateur, à l'excellence presque surhumaine de l'amour maternel, et particulièrement à ceux des besoins physiques qui sont plus habilement satisfaits par la femme que par l'homme, et sur qui se fondent son charme, sa puissance, sa gloire.

J'ai va parmi nous beaucoup d’amants passionnés de l'esprit qui cultivaient l’économie politique, parce qu'ils y voyaient une science, mais qui n'auraient pas été capables de faire œuvre industrielle de leurs doigts, et qui même avaient tellement en mépris le travail manuel, ses fatigues, ses sueurs, qu'ils promettaient à l'humanité un paradis terrestre où les machines et les animaux se donneraient seuls de la peine. Le dicton populaire : « Là où il n’y a pas de peine, il n’y a pas de plaisir, » me parait fondé sur une plus juste appréciation de la nature humaine. Et d’ailleurs, ce que ces messieurs considèrent comme une peine, pour eux qui n'aiment que le travail ‘de l'esprit et qui s’y livreraient jusqu'à épuisement, c’est précisément le plaisir des hommes de la chair, du muscle, de l'os; c'est la gloire des ouvriers du Dieu

TE

constructeur, créateur ; c’est le bonheur des faunes, des sylvains, des tritons, des centaures, des cyclopes, de l'homme des champs , des bois, de la mer, des caravanes, de l’atelier, des mines, comme c’est la joie du coureur, du danseur, du sauteur, du lutteur, de tous ceux. qui aiment le mouvement, la force, l'agilité, et qui se tueraient à produire l’œuvre de leur corps , le fruit de leurs fatigues , l'enfant de leurs sueurs, de leur sang, de leurs larmes même.

Nos savants purs n’ont sans doute jamais accouché une femme; ils n’ont pas vu dans des yeux de mère la larme dont elle salue la venue au monde de son enfant. IIS croient qu'on accouchera un jour sans douleur, et ils nous montrent dans l'avenir une industrie chloroformisée ! Quel paradis, grand Dieu! quel royaume d'esprils, d'anges, de sylphes ! quel mysticisme et quelle mystification !

Rechercher la peine, la douleur, la mortification et les larmes, à la mode du père Félix, c’est bien insensé ; -mais ce n’est pas plus fou que d’espérer que l’on n'aura plus à braver la peine, la fatigue, la douleur, la maladie, la mort, pour enfanter le Jupiter de Benvenuto, pour sauver son frère des flots ou de l'incendie, pour féconder la terre de Dieu, pour s'emparer des richesses enfouies dans ses entrailles, pour s’élever au-dessus des nuées et maîtriser la foudre.

A ce point de vue, cher Docteur, enseignez-nous doncde quelles vertus sont doués le grossier cervelet d'Hercule et le délicat cervelet de Vénus génitrice, pour supporter la douleur physique, comme ils le font. J'af-

2.68bhas2 firme, au risque d’être démenti par vous, que les plus larges fronts d'hommes, de savants, de philosophes, sont au-dessous de toute comparaison et doivent se courber humblement devant le soldat mutilé par la scie, et criant vive l'Empereur ou vive la République ! et devant la mère qui sourit à la vue de votre forceps sanglant, lui apportant vivant, sauvé, son enfant.

Voilà pourquoi ces messieurs ne veulent plus de la fatigue, de la sueur, de la douleur, des larmes ; ils en ont peur; ils sont si douillets!

Gloire à Adam, qui travaille à la sueur de son front ; gloire à Ève, qui enfante dans la douleur ! Ne lancez donc pas contre eux l’anathème de vos facultés animales, le stigmate de vos comparaisons avec la bête ; savourez à loisir la douceur des fruits de l'arbre du Bien, mais glorifiez Adam et Eve qui vous délivrent courageusement de l’âpreté des fruits de l’arbre du Mal. Et si, par hasard, vous découvrez que ceux qui résistent si bravement à la douleur physique, sont aussi ceux qui se laissent le plus facilement entrainer au plaisir physique, grâce pour eux, Docteur, un peu d'indulgence; préparez-leur des plaisirs sains, salutaires ; fermez leurs cabarets et leurs lupanars, si vous voulez, mais ouvrez pour eux des lieux de communion moins ennuyeux que nos académies et nos salons ; privez-les des saturnales, mais dispensez-les de vos sermons; ne soyez ni matérialiste ni spiritualiste, ni païen ni chrétien, mais, au nom de Dieu, soyez saint-

simonien,

IT. —S 1. Les attaches nerveuses qui relient les lobes du cervelet entre eux et les lobes du cerveau entre eux, et. qui relient aussi le cerveau avec le cervelet, et tous deux. à la moelle épinière, ne sont-elles pas elles-mêmes une pile à double courant, qui reçoit et transmet, qui prend et qui donne, du dehors au dedans, du dedans au dehors? Ne croyez-vous pas que cette pile élabore ce qui va au cerveau et au cervelet et ce qui en sort, et qu’elle reçoit aussi de la moelle épinière et du corps entier ce qu'ils apportent à l'appareil cérébral, en remettant elle-même à la moelle épinière et au corps entier tout ce que l'appareil cérébral leur envoie? Ne serait-ce pas, en quelque sorte, une administration transcendante des postes, faisant elle-même la correspondance, sur brouillons de l’intérieur et de l’extérieur, selon les besoins exprimés par le moi et par le non-moi, avec indication des moyens d'y satisfaire, avec ordre aux agents théoriques et pratiques, avec procédés de raisonnement et d'exécution ? |

En vous parlant ainsi, cher Docteur, mon intention est, je l'avoue, d’ébrécher un peu l’auréole dont la physiologie en général et vous en particulier couronnez autocratiquement le’ cerveau. Je ne veux pas recommencer la fable des Membres el l'Estomac, mais je tiens à vous dire qu’il faut que l’on soit encore furieusement mystique pour avoir tout rapporté à ce que l’on a appelé le siége de l'intelligence, et pour avoir concentré en lui presque tout l'organisme humain.

Votre maître et ami Gall me semble avoir terriblement fait dévier, sous ce rapport, la physiologie de la

route où la plaçaient Cabanis et Bichat. Pour mon compte particulier, qui n’est sans doute pas grand’chose à vos yeux en pareille matière, je me prends souvent à protester, au nom des issus généraux, at nom des circulations générales, contre le despotisme envahissant du laboratoire cérébral. 11 m'est arrivé souvent d'admirer de beaux corps de femmes dont la tête n'était pas si belle que le bras, la jambe, la taille, la gorge, les épaules; eh bien, je vous assure que sur ces beaux corps je lisais plus clairement que Gall sur le crâne, que Lavater sur la face, les qualités morales, intellectuelles et physiques de ces femmes; et je lisais bien plus clairement encore cette triple vie, quand j'apprenais dans quel état se trouvaient le cœur, les poumons, l'estomac, le foie, les muqueuses, etc.

Je ne dis pas que le cräne et la face n'aident point à cette lecture; mais, je le répète, je proteste contre cet envahissement despotique, absolu du cerveau, ençouragé par beaucoup de physiologistes de nos jours.

Voilà pourquoi je voudrais que dans la boîte cérébrale on fit plus attention à ce qui relie le cerveau au reste de l’organisme, qu'à cette pâte grise ou blanche qui est, à proprement parler, le cerveau, mais qui ne serait qu'une bouillie, un magma, si elle ne communiquait pas avec le corps par un appareil plus intéressant, par conséquent, que cette bouillie elle-même.

Vous m'avez décrit, et M. Flourens signale un fameux point, siége de vie, dont vous faites d’ailleurs assez bon marché, et qui n’a guère pour vous qu'une valeur anatomique et non physiologique : je crois que vous avez

= dE

parfaitement raison. Toutefois, la place dans laquelle M. Flourens et vous-même circonscrivez ce point, me paraît assez intéressante. Elle s'accorde, ce me semble, avec ce que je viens de vous dire sur l’importance suprême du LIEN de la téle et du corps.

Remarquez qu'ici, comme en toute science, j'applique ma foi saint-simonienne; en effet, de quoi s’agit-il ? De l'étude de l’omme. Eh bien, si je le divise en deux, la tête et le corps, ce qu’il m'importe de savoir avant tout, pour connaître le corps et pour connaître la tête, c’est comment, par qui, par quoi ils sont unis, et ne forment qu'une seule vie, un seul être : l’homme.

Je ne crois pas que vous sachiez quelle est la modification produite dans le cerveau d’un philosophe, ayant la bosse du philosophisme très-développée, par une vive douleur au plexus solaire ; ce qu’il y a de certain, c'est que j'en ai éprouvé souvent dans mon beau temps de philosophisme, et qu’alors j'avais peu envie de philosopher. ‘Je crois pourtant que ma bosse philosophique ne changeait pas, et je n'avais d’ailleurs aucun mal de tête.

Vous me direz sans doute que cette douleur passait par le cerveau; je ne le conteste pas, au contraire ; c'est pour cela qu’il m'importe, par-dessus toutes choses, de savoir comment et par quoi elle y passait, ne fût-ce que pour l'empêcher d’y arriver, c’est-à-dire pour me guérir et envoyer au cerveau une bonne plutôt qu'une mauvaise nouvelle.

Vous me direz peut-être encore que je me place ici au point de vue médical et non physiologique: vous

MT

avez trois fois raison ; mais je le fais exprès. Il me tarde d’arriver à la proposition suivante; savoir : la physiologie est nécessairement entachée de spiritualisme, comme l'anatomie de matérialisme ; la vraie, la seule science de la vie, c’est la médecine de l’homme sain ou malade, hygiénique ou thérapeutique, qui doit se proposer pour but l’union du matérialisme et du spiritualisme.

Je ne m'étonne donc pas que les physiologistes, spiritualistes amis des abstractions, fassent des monographies sur l’organe dans lequel ils concentrent la vie entière de l’homme. Mais je prétends qu'un médecin, physiologiste et analomiste, comme vous l’êtes, doit empêcher les physiologistes de tomber dans labstrait et les anatomistes dans le concret; que pour cela il doit rappeler les premiers aux tissus généraux, aux circulations générales, au lieu de les laisser se traîner à la remorque des coupeurs, prosecteurs, chirurgiens, anatomistes, qui, eux au contraire, doivent se servir du scalpel, de la loupe et du microscope, afin d'isoler, diviser, trancher les tissus, les organes, jusqu'à la molécule élémentaire.

Le médecin est le gouvernant, le lien du physiologiste et de l’anatomiste ; et voilà pourquoi je soutiens que ces deux derniers apprendront de sa bouche ce qu'ils doivent observer et expérimenter dans l'homme, afin de le délivrer de la maladie qu'il a portée en lui dans tout le passé, et de le doter enfin de la santé normale de l'avenir.

Or cette maladie du passé, c’est la lutte en nous-

Page 1