‹ Science de l'homme, physiologie religieuseChapitre 103 sur 125 · AM · texte numérisé non relu

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compose que de quelques centaines de milliers d'hommes, sur lesquels il n’y en a que quelques milliers qui soient libres. La Société qui se basera sur les principes que vous établirez, se composera de plusieurs centaines de millions d'hommes (1). Les principes que vous produirez seront des guides que les hommes adopteront sans répugnance, parce que vous les leur présenterez comme étant donnés par le grand ordre de choses qui gouverne à la fois le grand monde et les petits. Ils prendront confiance dans votre doctrine, parce qu’elle leur parlera un: langage clair et impératif. Enfin l’amour-propre- de vos prosélytes sera flatté de voir en tête de vos discours l’idée que, dans l’univers, ce sont les petits mondes qui jouent le rôle le plus important, et que le grand monde | n’a été établi par le grand ordre de choses que pour leur satisfaction.

» Vous ferez, mon cher PLATON, de très-bonne métaphysique, mais votre physique sera détestable. Vous coordonnerez très-bien les principes généraux, mais vous expliquerez très-mal les faits particuliers.

» Le plus intelligent de vos élèves, frappé des inconvénients de la méthode que vous suivrez, adoptera la méthode diamétralement opposée, il la professera, il fondera une École émule et rivale de la vôtre; le principe de cette École sera : foules nos connaissances nous viennent de nos sens, ce qui constituera clairement la manière de procéder à postériori; ce qui fondera son éternelle op-

(1) La Société européenne se compose aujourd'hui de plusieurs centaines de millions d'hommes.

position avec la vôtre, dans laquelle on suivra, d’après votre exemple, la méthode à priori (4).

» Avant de vous dire ce qui arrivera aux deux Ecoles qui s’établiront après moi et qui se diviseront les travaux qui sont concentrés dans la mienne, lesquelles seront, d'une part, celle que vous fonderez qui examinera les choses à priori et qui étudiera l’univers (aussi exclusivement que possible) dans le petit monde; d'autre part, celle qui sera fondée par le plus'capable de vos élèves, qui étudiera l'univers principalement dans le grand monde, et qui examinera les choses en partant de la circonférence pour aller au centre, je vais vous entretenir un instant des avantages et des inconvénients qui résulteront de cette division.

» Les avantages de la concentration des travaux scientifiques en une seule École, sont que les considérations à priori et à postériori étant menées de front, ainsi que l'étude de l'univers dans le grand et le petit monde, les opérations d’un genre servent de preuve et de complément à celles de l’autre; mais par la division en deux Écoles, il sera établi des séries de faits infiniment plus étendues, et elles seront soumises à un examen infiniment plus approfondi, chacune des Écoles poursuivant par sa constitution ses études, autant que possible, dans le même mode de considérations.

(1) Cette prédiction de Socrate s’est vérifiée : Aristote est devenu émule et rival de Platon. Les Académiciens et les Péripatéticiens, qui n’ont pas cessé d'exister depuis et qui subsistent encore aujourd’hui, les premiers représentés par les philosophes allemands, et les seconds par l'École anglaise et francaise, sont émules et rivaux.

» Je vais vous parler maintenant du sort qui attend l'École que vous fonderez et celle qu'établira le plus éminemment intelligent de vos élèves. Pendant toute la durée de l’'Espèce humaine , elles existeront l’une et l’autre, et la supériorité qu’elles ogbtiendront l’une sur l’autre sera alternative et jamais complète. Jamais l’une ne subalternisera complétement l’autre. La vôtre sera plus suivie que celle de votre élève pendant mille ou douze cents ans, et celle de votre élève sera préférée à la vôtre pendant un temps égal, c’est-àdire pendant dix à douze siècles (1).

» Vous désirez sûrement connaître les principaux événements qui rempliront les dix ou douze siècles de succès que je prédis à l'École que vous fonderez. Je vais vous en instruire.

» Les idées philosophiques que je vous enseigne

(1) La prédiction de Socrate s'est complétement vérifiée, car c'est le platonicisme qui a servi de base à l'organisation de la religion; car les pères de l'Église, qui ont été les seuls savants pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, étaient platoniciens; car le platonicisme a été préféré à la doctrine d'Aristote, depuis sa fondation, qui remonte à quatre cents ans avant J.-C., jusqu'au vmie siècle, époque à laquelle les Arabes ont traduit les œuvres d’Aristote et les ont prises pour guide, ce qui fait bien 1,100 ans de prééminence, formant le terme moyen entre mille ou douze cents ans de succès que Socrate avait promis à son disciple ou à l'École qu'il constituerait.

L'École d'Aristote, qui a été remise en vigueur, en honneur, en position de prééminence par les Arabes, et dont l'esprit qui constitue le laconisme domine encore le platonisme auquel les Allemands ont fait jusqu'à présent d'inutiles efforts pour faire obtenir la préférence, a joué le premier rôle depuis le vie jusqu'au xix° siècle, ce qui lui a composé onze siècles de succès, conformément à la prédiction de Socrate.

sont certainement utiles à l'espèce humaine; mais il n’y a pas de grands biens qui ne soient accompagnés de maux importants. Ces idées amèneront le renversement de la Société grecque. Cette Société a pour lien général le respect que les peuples dont elle est composée ont pour : le temple de Delphes et pour les oracles que rendent les prêtres de ce temple. Je renverse la considération dont vos divinités jouissent, ainsi que celle que les prêtres de ces divinités ont obtenue. Je brise donc le lien qui unit les peuples grecs. Leur force consiste dans leur union; une fois désunis, ils seront facilement vaincus et soumis. Ce sont les Romains qui les subjugueront. Les Romains, après avoir soumis toute la terre, seront à leur tour vaincus par les peuples barbares qui sortiront des déserts et des forêts, limites auxquelles leurs armes seront arrétées. L’Espèce humaine sentira alors le besoin de baser l’organisation sociale sur des idées plus larges et plus philanthropiques que celles qui sont admises aujourd’hui ; et les principes que vous enseignerez, PLATON, qui pendant les cinq ou six premiers siècles ne seront étudiés que par un petit nombre d'hommes, deviendront à cette époque des principes réputés religieux, c’est-àdire révélés, ce sont eux qui civiliseront la masse entière de la Société européenne ; ils seront alors professés par toutes les classes de la Société. Mais comme il est de la nature des choses que toute institution se vicie avec le temps, les prêtres qui auront eu une conduite énergique et pure, pendant qu’ils auront joué un rôle d’opposition, abuseront du pouvoir suprême, quand ils s’en seront emparés; c’est alors que votre École descendra du

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