‹ Science de l'homme, physiologie religieuseChapitre 12 sur 125 · ER M · texte numérisé non relu

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lorsqu'on prend pour objet d'étude indifféremment un cerveau d'homme ou un cerveau de femme. Ici, il faut absolument étudier les deux conjoints, afin de comprendre leur fusion, leur communion et le fruit qui en résulte, l'enfant de leur amour. Il faut leS étudier depuis l'ovule et le sperme jusqu'à la sortie du creuset, jusqu’au moment où le père et la mère baisent cette chair qui est leur chair, cet être qui est leur être, cette vie qui est l’expression infinitésimale de leur participation à la vie universelle ; cette vie, merveilleux signe de la vie divine qui est en eux, qui est dans leur enfant chéri, comme elle est et se meut dans l’universalité des mondes.

Or supposons que cette opération spéciale, la génération, où la science reconnaît la nécessité d’étudier les deux sexes et leur union, soit considérée comme la base, le point de départ de toute la science physiologique (hypothèse qui, ce me semble, est fort naturelle, fort légitime et pas du tout nécessitée par les besoins de la cause) ; supposons, dis-je, qu'on ait pris l'habitude de rechercher comment l'être se crée : je suis convaincu et j'aflirme qu'on serait bien près d’avoir découvert la formule selon laquelle s’engendrent et viennent au monde, dans l’homme isolément ou dans la femme isolément, le SENTIMENT, le raisonnement et l'acte.

J'affirme de plus que la base de cette formule serait le mâle et la femelle et leur uNION, c'est-à-dire que telle est la loi universelle de génération, aussi bien pour les ÊTRES que pour les idées et pour les choses, aussi bien pour les facultés PASSIONNELLES que pour les facultés

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ralionnelles et les facultés corporelles que vous nommez si charitablement animales.

Vous sentez que je ne tiens pas absolument à ce que la physiologie dise que la génération d’une idée est le résultat de l’accouplement amoureux d’une idée mâle et d’une idée femelle, et que le fruit est lui-même une idée mâle ou une idée femelle; n’abusons pas de la métaphore, mais usons-en quand elle conduit à la vérité par la voie si admirable et si féconde de l’analogie.

D'ailleurs, soyez sûr que les poëtes n'ont pas inventé pour rien la rime masculine et la rime féminine, et que toutes les langues ont eu des motifs pour admettre au moins deux sexes, deux genres.

$ 3. Je reviens à l'étude des deux organes de la génération dans les deux sexes.

Cette étude peut être faite isolément, abstraitement dans chacun des deux sexes; mais vous admettrez, je-crois, qu’elle serait entreprise alors bien follement, bien aveuglément, si elle ne se fondait pas sur une conception (j'emploie ce mot à dessein) de la fonction que ces deux organes doivent accomplir en commun.

Appliquez cette observation à tout ce que je vous ai déjà dit sur le cerveau et sur le cervelet, sur les facultés rationnelles et les facultés corporelles, alors vous comprendrez mieux l'importance que j'attache à l'étude de leurs LIENS, à l'étude des instruments et agents de leur coMMuNION génératrice du raisonnement et de l'acte.

Je crois cette même observation applicable à tous

les organes, à tous les tissus, à tous les appareils circulatoires, parce que partout nous trouvons un dualisme générateur et rénovateur de la vie, par communion des deux membres.

C’est donc seulement après avoir acquis une conception claire de la fonction commune des organes générateurs, pour le renouvellement de la vie humaine, pour la perpétuation de l'espèce, par la procréation constante des deux genres, par l'extinction des vivants et la création des à naître, par la mort et par la naissance des êtres finis, mais aussi indéfinis, vivant dans l'infini; c’est d’après cette conception de l’æuvre génératrice, que l’étude de chacun des organes générateurs peut elle-même constituer cet être intellectuel qui s'appelle une science.

J'ai dit l'extinction des vivants et la création des à naître; j'ai dit la mort et la vie. Ces deux mots sont bien gros, surtout celui-ci : la mort, quand il s’agit des organes de la génération et de la plus haute fonction de amour ; c'est que je veux appeler votre attention sur les trois états principaux dans lesquels ces organes doivent être séparément étudiés; à savoir : l'enfance, la VIRILITÉ, la vieillesse, répondant à ces trois grands mots : naissance, VIE et mort.

Le dévéloppement, l'entretien, le déclin des organes générateurs, doivent fournir la base scientifique de la physiologie de tous les organes. Le cerveau, aussi bien que les organes de la génération, passe par ces trois états d'impuberté, de virilité et de stérilité, jusqu’à décrépitude et mort. Il n’y a pas de tissu, de circula-

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tion, de fonction qui échappent à cette loi; mais là encore il existe des différences de développement et de dépérissement, dont il n’est pas possible de se rendre compte, si l’on n’a pas une conception nette :

4° De la fonction normale et commune des deux membres du dualisme élémentaire, constitutif de chaque tissu, organe, circulation ;

2 Du genre spécial et abstrait de chacun de ces deux membres, avant qu’ils puissent s’accoupler, tandis qu'ils le peuvent, et enfin lorsqu'ils ne le peuvent plus.

Ces trois formes de la vie, dans la durée, existent simultanément et constamment. Tout individu porte en lui son germe de vie et son germe de mort, à tout instant et dans tout point de son être; néanmoins ces deux germes font spécialement et réciproquement saillie aux deux époques extrêmes de l'enfance et de la vieillesse; au contraire, ils s'unissent et se fondent dans l'âge intermédiaire, dans l’âge mûr.

Eh bien, ici encore, je crois que la physiologie et l’anatomie n’ont pas compris et ont abandonné Bichat, prononçant ces deux grands mots : la vie et la mort. Je crois que, de même que ces deux sciences ont négligé l'étude comparée de l’organisme mâle et de l'organisme femelle, elles n’ont su tirer qu'un parti médiocre de l'étude comparée de l'enfance et de la vieillesse, comme moyen de connaître la VIRILITÉ, à ce double point de vue de la vie croissante et de la vie décroissante, unies et fonctionnant ensemble , recevant et donnant simultanément l'être, mais finissant par tout

donner, comme elles avaient commencé par tout recevoir, se revêtant de la mort comme elles s'étaient revétues de la vie, et participant ainsi de l'éternité.

L'enfance qui ne sait pas encore, et la vieillesse qui ne peut plus, ressemblent furieusement, cher ami, à un cervelet sans cerveau et à un cerveau sans cervelet ; il en serait à peu près de même d’une femme dans une île déserte ou d’un homme dans une île déserte Pune mourrait de faim et l’autre d’ennui. Ce sont des abstractions qui, au point de vue scientifique, servent à justifier, par l'étude de ces situations isolées, les conceptions sur l'être normal sachant et pouvant, parce qu’il veur, mâle et femelle puisqu'il ENGENDRE, ayant cerveau et cervelet UNIS, puisqu'il pense ET agit, puisqu'il sait ET peut.

À ces deux termes de la vie dans le temps, la jeunesse et la vieillesse, correspond parfaitement, selon moi, dans la vie réelle, dans la vie de l’espace, le dualisme femelle et mâle. Si la femme est un enfant, l’homme est un vieux, un barbu, un barbon que l’enfant étourdit, mais qui ennuie fort l'enfant ; qui parle du cerveau, tandis que l'enfant crie du cervelet,

$ 4. Récapitulons quelques-uns des principes d'étude que je viens d’exposer, et que je voudrais voir adoptés par les physiologistes et les -anatomistes.

4° Étude de l'homme et de la femme unis, c’est-àdire, études du couple générateur, base de la famille, de la société, de la perpétuation de l'espèce ; études de cet organe double, dont l’amour des deux parties,

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source de la vie humaine, unit le moi au non-moi, une individualité à une autre individualité distincte de la première, et qui, par cette union, engendre;

2 Études comparées de l’homme et de la femme, isolés, séparés, abstraits l’un de l’autré; mais transport, dans ces deux études abstraites, de la conception générale de leur destinée commune d'union, de couple générateur ; de manière à trouver, dans chacune des individualités abstraites, leur faculté d’accouplement générateur , aussi bien que leurs facultés personnelles, individuelles, nécessaires au renouvellement de leur propre vie, à la création de leurs SENTIMENTS, de leurs raisonnements, de leur corps; facultés qui doivent, comme toute puissance génératrice, se manifester sous deux sexes différents, se fécondant réciproquement par l'amour de l’un pour l’autre;

3° Études de tous les tissus, de tous les organes, de toutes les circulations, dans l’homme et dans la femme, sous cette double inspiration de leur destinée commune d’accouplement, et de la puissance génératrice de leur propre individualité ;

h° Études comparées de l'enfance et de la vieillesse, dans l’homme et dans la femme, d’après la conception générale de l’état dit viriz de l’un et de l’autre ; de manière à comprendre et formuler les conditions de vie ou de mort, d’accroissement et de diminution de la VIE, justifiant et confirmant ainsi les données précédentes sur là PROPAGATION DE LA VIE ;

5 Études comparées de l’homme et de la femme , dans leurs rapports respectifs avec le monde extérieur,

d’après cette conception générale : que tout individu forme couple avec son non-moi, et que les deux membres de ce couple se donnent réciproquement la vie, participant l’un et l’autre, et par leur union, à la vie universelle,

Sur cette dernière proposition, que j'avais seulement indiquée, mais qui est tout à fait capitale, je vous demande à m’étendre longuement.

Les physiologistes et anatomistes , élèves bâtards et bien involontaires du spiritualisme chrétien, mais disciples directs et très-volontaires du matérialisme du siècle dernier, ont généralement considéré l’homme comme un appareil passif, recevant la sensation du nonmoi , et rendant, en conséquence, un son correspondant à la note touchée par cet actif non-moi.

C’est, en effet, une des formes abstraites de la vie, base de la philosophie incomplète de Condillac, qui mène au fatalisme et, quoi qu’on en ait dit, à la servitude; c'est elle qui vous a inspiré l'expression de clavier cérébral,

Non, grand monde, nature, univers, je ne suis pas ton esclave, s’écrie l’homme de génie! je te moulerai à l'image de moi-même, de ma volonté, de la vie qui est en moi et qui est aussi bien celle de notre Dieu que la vie qui est en toi.

Et voici qu'au milieu d'un monde où l’on croyait que l’homme était esclave de l’homme, et que tous les hommes, même les rois des hommes, étaient esclaves du destin, de la fatalité; voici un homme qui trouve dans son cœur cette simple vérité et qui la proclame à la face de

tous ces maîtres d'hommes, à la face de ce destin, maître des dieux et des hommes; voici Jésus qui dit : « Il n'y a qu'un seul Dieu, je suis le fils de Dieu, et vous êtes tous mes frères; nous vaincrons le monde, la terre, notre despote, le prince du monde. »

Et depuis lors, la terre change de forme; les maitres n’ont plus prise sur les esclaves; le fatalisme fuit devant la providence; l'homme se sent maître de luimême ; sa conscience se forme et s'élève, l'amour de la liberté naît et se propage: plus de Dieu fait de bois et de pierre, d'arbres ou de légumes ; plus d'idolâtrie de la force et du nombre, mais adoration du droit, consécration et respect de la personnalité.

Il n’était pas physiologiste, le charpentier de Nazareth, et certes, personne ne peut dire quelles molécules de son non-moi, mises en contact avec son moi, lui ont donné la sensation de cette nouvelle forme de la vie qu'il venait annoncer au monde.

Pourquoi cette révélation n’aurait-elle pas été en lui, n’aurait-elle pas été lui-même? Pourquoi ne serait-ce pas cette sainte et divine molécule humaine qui devait, par son contact avec le monde passif, lui commu niquer l’étincelle électrique, le bouleverser de fond en comble, triompher de la force et du nombre, et préparer sON règne de paix et d'amour sur cette terre livrée à la guerre et à la haine?

Oui, mon cher Docteur, ainsi que le disait Newton, les choses se passent COMME st l'homme, le moi était actif et passif, successivement et simultanément, dans ses communions attractives ou répulsives avec le non-

moi. Or dans quels points du cerveau ou du corps humain placez-vous cette initiative de volonté et d’impulsion qui remue et transforme le monde? Nous montrez-vous dans les tissus, dans les organes, dans les circulations de cet homme qui donne, qui verse la vie hors de lui, pour convertir à lui tout ce qui n’est pas lui, nous montrez-vous cette divine et pénétrante aclivwilé, avec la clarté que vous croyez avoir, en nous dépeignant l’homme passivement soumis aux influences du monde extérieur ?

Non! malgré tout ce que nous a dit l’enseignement chrétien, malgré M. Cousin lui-même, l'homme n'est pas pour vous une liberté; il ne veut, ne sait et ne peut rien que lorsqu'il est sollicité par une force qui lui est étrangère; il ne peut pas imposer sa volonté, sa passion à ce monde qui ne la connait pas, qui la bafoue, qui la crucifie,et qui ne saurait la lui avoir inspirée, la lui avoir révélée.

Cette passivité, hélas! elle à pu paraître une base complète de la science anatomique, parce que celle-ci a pour sujet un cadavre; mais le physiologiste, comment ne se jette-t-il pas, au contraire, par réaction contre le cadavre, dans l’absolu de l’activité humaine, dans la haine des théories de la sensation, dans le monde de la liberté ?

Vous le savez, cher Docteur, ni l’un ni l’autre de ces systèmes n’est, à mes yeux, complet; chacun d’eux isolé mène à l'absurde, puisque tous deux marchent dans l’abstraction vers l'absolu. Vous savez que pour Saint-Simon, pour moi, il nous faut un système qui relie ces deux

er points de vue abstraits, qui donne une égale et légitime satisfaction à la liberté et à l'autorité, à la spontanéité du moi et à son obéissance au non-moi.

Voici donc encore une question sur laquelle j’ose appeler l'attention des physiologistes. Je leur demande si leur science nous donne une explication de l'organisme d’un homme faisant éprouver ses propres impressions au monde qui l'entoure, aussi satisfaisante que celle qui s'appliquerait à l’homme soumis aux impressions du monde extérieur et les reflétant comme un miroir, dans ses sentiments, dans sa pensée et dans ses actes ?

Je vous assure encore que, sous ce rapport, les physiologistes trouveront, s’ils la cherchent, une grande différence entre l’homme et la femme; j’affirme, avant leur travail dans cette direction, qu’ils trouveront l’homme, en général, plus actif à l'égard du non-moi, sous le rapport rationnel que sous le rapport charnel; et la femme, en général, plus active sous le rapport physique que sous le rapport psychique; l'homme voulant imposer au monde ses idées, ses raisonnements, ses calculs, la femme lui imposant ses goûts, ses formes, ses modes.

« Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs, »

Je ne sais qui a dit cela, mais c’est une vérité qui court les rues et qui est conforme à la proposition précédente.

Maintenant je dois vous dire pourquoi j'attache une si grande importance à cette question de l’activité et de la passivilé; c’est qu'en général tout ce que disent la physiologie et l’anatomie sur le contact de

l'homme avec le non-moi par les sens, est entaché du vice radical que j'ai signalé plus haut et qui résulte de l'influence de la théorie de la sensation, et en général des données matérialistes et mécaniques, fournies par le xvmr* siècle à la science des corps organisés.

Ainsi la physiologie et l'anatomie nous rendent, je le suppose, un compte satisfaisant du phénomène de l’audition et spécialement de l'audition de la musique; mais que nous disent-elles et que peuvent-elles nous dire du phénomène de la composition musicale? Rien ; du moins je le crois. Pourquoi? parce qu’il y a là une création personnelle, qui n’est pas le fruit direct des sensations éprouvées du dehors, et qui souvent, au contraire, est une création inouïe jusque-là, fruit du génie qui invente une musique nouvelle; une création tellement propre à l'artiste éminent qui l'engendre, qu’elle porte son cachet, sa forme, inconnue de tous les musiciens qui l’ont précédé et quelquefois même sifflée par ses contemporains.

J'en dirai autant de tous les arts. Je le sais bien, beaucoup de gens prétendent que les artistes copient, imitent; que ce sont des miroirs ou des singes. Passe pour le daguerréotype, que j'estime fort comme ingéuieuse et utile industrie, mais non pas comme art. J’ai entendu un bourgeois, très-charmé d’avoir assisté au Désert de F. David, et disant : On voit bien qu'il y est allé ; il en a rendu les bruits, les sons, les cris; on entend, parbleu! le simoun et le chameau !

Pauvre bête (je ne parle pas du chameau)! Et malheureux Orphée ! Il vous livre sa vie, il vous donne son âme;

mer on le prend pour un chameau, et on le considère comme l'écho du vent !

Eh bien, cher Docteur, supposez que dans la pensée de David, en composant son Désert, il y ait eu ce sentiment inspirateur : Et moi aussi je suis peintre, et je vais peindre pour ces bourgeois le désert de Suez, comme Pereire a donné aux Parisiens le joujou du chemin de fer de Saint-Germain, afin qu’ils prissent goût aux chemins de fer. Je vais leur donner le désert, le Nil, l'Orient, ses almées, son soleil, sa grandeur, sa splendeur et aussi son immobilité, ses pyramides; je veux faire comme le général Bonaparte montrant à ses soldats, sur le sommet de ces pyramides, quarante siècles qui les contemplaient. Nous sommes en Algérie avec des musulmans; il est bon que je fasse entendre aux Français le muezzin sur son minaret ; d’ailleurs, nos relations amicales avec l'Orient ne font que commencer, nous en verrons bien d’autres, et prochainement ; marions donc harmoniquement nos bons bourgeois, nos bons chrétiens avec cet Orient déjà visité par leurs poëtes, par leurs peintres. Et puis enfin, il faut bien que l'Europe traverse le désert de Suez, et, pour cela, qu’elle fasse le fameux canal ; donnons-lui le ton, le signal, la marche de cette grande caravane de la civilisation.

Dans toutes ces idées, auxquelles j'en ajouterais bien d’autres qui sont aussi dans le cœur de David, ne fûtce que celle de remuer ioutes les fibres du cœur de son Père aimé, je conçois que David ait fait un chefd'œuvre; mais qu’il ait imité le cri-cri, le chameau, le vent, allons donc, c’est trop bête !

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Dieu se révèle à l’homme par lactive initiative du non-moi, mais aussi par l’active initiative du moi, qui alors remue le monde : Mens agitat molem! Le moi veille souvent, tandis que le non-moi sommeille. C’est lui, ce moi volontaire, inspiré de Dieu directement, qui force la nature entière à chanter le cantique d’adoration qu’il lui enseigne et qu’elle n’a pas inventé, C’est lui qui, par son regard, sa voix, son goût, son flair, son tact, lui communique la sensation qui part de lui et qu’elle ignorait; alors, ce sont ses sens actifs qui meuvent les sens passifs de son conjoint et qui les fécondent ; lui aussi est mâle, lui aussi répand la semence génératrice et n’est pas seulement une matrice, un moule.

Oui, cher ami, si l’homme n’a pas inventé la foudre, la nature n’a pas inventé la poudre. Ce n’est pas le désert de Suez qui à inventé la symphonie de David, mais peut-être que la symphonie de David portera la vie, le mouvement, la végétation, la richesse, au sein de ce géant de sable immobile, qui dort et qui ronfle.

Ah! chères merveilles génératrices de ce qui est si bien nommé le GÉNIE, vous n'êtes pas seulement des notes, des sons, des bruits, des ondes sonores, vous êtes le Verbe de Dieu révélé à ses prophètes, el avec lequel ils fécondent tout ce qui n’est pas eux, leur épouse ; car le prophète est l'époux de la nature entière ; il répand sur tous et partout le germe de vie qui est en lui ; il le verse dans la matrice universelle, et le travail de création commence.

Dans l'étude de l’homme, ne nous bornons donc pas à le considérer comme sollicité, influencé, inspiré par les

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