‹ Science de l'homme, physiologie religieuseChapitre 15 sur 125 · USE · texte numérisé non relu

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c’est une croyance inévitable et salutaire que l’homme doit avoir, aussi bien qu'il doit croire à l'influence active, initiatrice, modificatrice, génératrice de son milieu sur lui-même, je vous demande plus que jamais de rechercher le lieu, l'instrument, l'organe d’où part cette volonté libre, personnelle du moi, comment et où elle s’élabore en idée, par qui et par quoi elle se traduit en acte.

Or je crois qu'ici les liens du cerveau et du cervelet, ceux de la masse cérébrale avec la moelle épinière et avec le corps entier, prennent une valeur, une importance bien plus grande encore que celle que je leur attribuais, quand je me bornais à combattre l’oubli dont j'accusais la physiologié de la sensation, la physiologie du non-moi actif et du moi passif, d’être coupable à l’é- ‘gard de ces liens éminemment vitaux.

Saint Paul, sur la route de Damas, songeait peutêtre à remettre son cheval aux mains de son esclave, à se jeter dans les bras d'une courtisane, à vivre de sa vie païenne : — il est foudroyé. — Il se relève le chrétien que vous savez.

Vous ne croyez pas aux visions et aux miracles, comme l'histoire les rapporte; vous êtes physiologiste, que Croyez-vous ?

Moi, je crois que Dieu, qui était en lui, car àl est lout ce qui est, n'avait pas besoin d’être sur une nuée et de tirer un pétard pour foudroyer ce grand païen, et le ressusciter apôtre des gentils. Je suis persuadé même qu'il ne lui a pas dit à l'oreille, qu’il ne lui a pas montré écrit dans le ciel, qu’il ne lui à fait goûter, ni sen-

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tir, ni toucher, ce que pourtant saint Paul a reproduit immédiatement par tous ses sens, par tous les points de son être : sa vie nouvelle,

J'aime mieux croire que, de la pointe des cheveux de l’apôtre jusqu’à la plante de ses pieds, Mtoutes les molécules de cet homme puissant ont été animées d’un amour nouveau, chassant hors de lui tous les amours de sa première vie et prenant possession de son être, confondant ses vieux raisonnements païens, écrasant, annihilant ses appétits païens, régénérant son esprit et sa chair, tuant le vieil homme et enfantant l’homme nouveau,

Mais dans cette opération assez merveilleuse pour se passer de ce qu’on appelle un miracle, opération renouvelée par Constantin, par Clovis, par moi-même, opération qui se reproduit à des degrés différents et sous des formes diverses, chaque fois qu’un sentiment nouveau apparaît dans un homme et transforme tous ses sentiments, tous ses raisonnements, tous ses actes ; dans cette opération, dis-je, je ne puis me rendre compte de cette merveilleuse transformation qu’en la voyant marcher du centre à la circonférence, du moi actif au non-moi passif, 11 faut absolument que je la suppose originairement dans le sujet, venant de lui, née en lui, étant lui-même, partant d’un point, d’un organe, d’un appareil quelconque de ce sujet, et se répandant en lui et hors de lui par toutes les voies de sa vitalité propre.

Si donc la vie normale a deux courants électriques, l’un allant du dedans au dehors, l'autre du dehors au dedans, pour les phénomènes analogues à celui-ci, c'est

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le courant centrifuge qui nous intéresse exclusivement.

Je crois que la physiologie actuelle est occupée , au contraire, presque exclusivement, du courant centripète, de sorte que l’homme, pour elle, est plutôt une intelligence obéissant à des organes, qu'un organisme soumis à une intelligence, et que certainement l’homme n’est pas à ses yeux une intelligence et des organes UNIS pour formuler et réaliser l’AmMOUR qui les fait vivre.

Oui, mon cher panthéiste, l’homme est Dieu, non dans l’ordre infini, absolu, mais dans l’ordre indéfini de l'esprit et dans l’ordre fini de la chair. Dans ces deux mondes abstraits, l’homme est la voconré de Dieu, son verbe et sa réalité ; il AIME, il pense, il agit de lui-même, en liberté, quoiqu'il soit en même temps soumis à cette autre manifestation abstraite de Dieu, qui aime, pense et agit hors de lui; car ces deux manifestations de Dieu sont elles-mêmes associées, unies par un double lien de réciproque indépendance et de réciproque obéissance, toutes deux vivant de la vie infinie, immense, universelle.

Que la science cherche donc à connaître dans l’homme ses trois vies, à savoir : sa vie propre et active, comme si elle était absolument indépendante du non-moi: sa vie impersonnelle et passive, comme si elle était absolument dépendante du non-moi; et enfin sa vie de relation, sa vie religieuse, sa vie d'union, de mariage entre le moi et le non-moi, échange perpétuel d’activité et de passivité, de liberté et d’obéissance, de jouissance et de sacrifice, d'intérêt et de devoir, d’égoïsme et d'abnégation, de soif d’être aimé et d'aimer.

— Die

Tant que ces trois branches abstraites de la science de l’homme ne seront pas cultivées isolément, spécialement, dans le sens propre à chacune d’elles, la science de l’homme ne sera pas fondée, Je le répète, ces trois branches de la science de l’homme sont l'anatomie (moi passif, non-moi actif),-la physiologie (moi actif et nonmoi passif), et enfin, la médecine, lien de ces deux sciences (moi et non-moi actifs et passifs, successivement et simultanément, par contraires ou par semblables).

Je demande donc à la physiologie d'admettre les données de l'anatomie, mais de les retourner entièrement; de transformer en agents actifs les agents passifs de sa chère sœur ; de donner l'initiative à tout ce que l'autre regarde comme instrument; de traiter le nonmoi comme un cadavre, mais le moi comme un vivant qui meut ce cadavre et lui communique sa vie, sa volonté, sa personnalité.

À ce point de vue, je le répète, c'est l'unité de l'être qui domine la science; c'est l’ensemble, ce sont les conditions générales, les considérations à priori, la synthèse, qui en forment la base rationnelle, logique ; en un mot, c’est le vitalisme et non l’organicisme qui préside aux raisonnements et aux observations.

Revenons donc aux grandes hypothèses à la Descartes, à la Leibnitz; plongeons-nous dans les tourbillons et la monade, et laissons à l’anatomiste son scalpel et son microscope.

Vous comprendrez, je pense maintenant, pourquoi je reviens avec tant d’insistance sur la conception universelle du mâle et de la femelle unis, et pourquoi je la

É présente comme fondement de la science physiologique. Dans cette conception, la génération devient l’objet suprême de l’étude du physiologiste : GÉNÉRATION DE L'ÈrRE d'abord, c’est-à-dire, phénomène de la vie donnée et reçue (père et mère unis et enfant). Ensuite, et comme double conséquence de la génération de L'ÊTRE, génération rationnelle et génération corporelle (instruction et nutrition).

Mon cher Docteur, toutes les maladies qui frappent les générations humaines dans leur source , depuis quelques siècles, et qui ont rendu l'humanité si laide et si dégoûtante aujourd’hui; celles qui deviennent de plus en plus nombreuses et qui sont les conséquences directes ou héréditaires des médicaments antisyphilitiques; les maladies de la moelle épinière, l'hystérie et toutes les hontes de l’onanisme, toutes les turpitudes des sexes isolés ou égarés; toutes ces plaies ont été répandues à . profusion par Dieu sur le monde, pour le rappeler à la dignité, à la noblesse, à la sainteté de l’œuvre génératrice.

Que voulez-vous que devienne une race qui est enseignée par ses savants eux-mêmes à considérer les organes de la génération comme des espèces d'instruments serviles, appendices mécaniques, jouets esclaves de ce maitre suprême de l'intelligence, le cerveau ? Les poëtes de cette race dégénérée composent, comme Barthélemy, un poëme, La Syphilis, pour Giraudeau Saint-Gervais; ou chantent, comme Méry, Les Vierges de Lesbos! Et les hôpitaux se remplissent, et notre jeunesse est étiolée,

et la virilité se transforme à vue d'œil en caducité ; les

cheveux tombent, les dents tombent, les os se carient, les chairs se putréfient, et votre impérial cerveau se sèche d’insanie. ;

Puissant Phidias, générateur de la beauté, et toi, divin Raphaël, père de toute pureté, enseignez-nous à donner saintement la vie, en réalisant cette adorable communion de l'esprit et des sens, par qui Dieu crée tout ce qui est! Montrez-nous les fils d'Adam et les filles d'Êve rachetés de leur brutalité et de leur ignorance originelles. Donnez-nous le vrai fruit de l'arbre de la science; apprenez-nous à en savourer religieuse ment la douceur, et à rejeter son écorce amère, empoisonnée, mortelle.

Eh ! que me parlez-vous d’appétits physiques et de facultés animales! C’est vous qui nous plongez dans la grossièreté, dans la bestialité, en ravalant, comme vous le faites, l'amour qui donne la vie, en le rabaissant au niveau d’une fonction mécanique, brutale, morte, cadavérique.

Si encore, après nous avoir montré dans le cervelet cet appétit de la chair de l’homme pour la chair de la femme, vous pouviez nous indiquer dans le cerveau l'appétit de l'esprit de la femme pour l'esprit de l'homme, vous auriez, en partie, combattu l'influence délétère de votre enseignement brutal ; mais il nous faudrait encore voir le lien qui unir ces deux attractions charnelle et spirituelle, de la femme pour l’homme et de l'homme pour la femme ; car nous sentons que l'union des deux esprits, aussi bien que l'union des deux corps, sont des conditions de mort, si ces esprits et ces corps ne

= HA sont pas eux-mêmes unis par l’AMOUR qui seul contient et donne la vie.

Et ne me dites pas que pour engendrer il n’est pas nécessaire que l’homme et la femme s'aiment; j'affirme que s’ils ne s'aiment pas, leur enfant est blessé cruellement, qu’il nait marqué d’un signe funeste, car il n’a pas de père, car sa mère rêve peut-être l’infanticide, car elle ne peut le sauver qu’en le jetant elle-même dans la grande matrice du monde, qui le refond, qui seule peut le ressusciter et faire d’un orphelin de la famille un enfant de la cité, de la patrie, de l'humanité. Mais placé devant sa mère, à laquelle il rappelle les traits d’un père non aimé, peut-être détesté; placé devant son père, qui voit en lui le déplaisant portrait de sa mère, ce pauvre enfant reçoit une étincelle de dégoût, de haine, de mort, au lieu de cette étincelle électrique d’amour du père pour la mère, première condition de vie morale, de vie sociale, de vie religieuse.

Beaucoup en réchappent sans doute, beaucoup se sauvent, parce que, heureusement, la famille n’est pas tout dans l'humanité; mais elle en est l'élément originaire; nous sommes tous enfants d’un père et d’une mère; nous portons en nous une part de leurs sentiments, de leur esprit et de leur chair, qui, s'ils étaient antipathiques en eux, le sont en nous, et en nous se livrent la même guerre qu'ils se faisaient en eux; nous héritons de cette triste maladie morale qui les minait, et nous ne pouvons en guérir que par un surcroit de paternelle et maternelle prévoyance sociale, et par notre affection filiale pour l'humanité.

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