‹ Science de l'homme, physiologie religieuseChapitre 16 sur 125 · BRU · texte numérisé non relu

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Je ne vous ai pas parlé de la plus terrible des maladies résultant de l’anathème chrétien contre la chair, et de la subordination et dépréciation dans laquelle vous la maintenez à l’égard de l'esprit. Le mariage, telle est cette maladie, quand l'union est, d'une part, ce qu'on appelle mariage de raison ou de calcul ; de l’autre, quand elle n’est qu’un accouplement charnel.

Il n’y a de mariage vital, normal, saint, que celui qui à été préparé, qui est consacré et qui est confirmé par L'AMOUR psychique et physique des époux.

Tel est le type d’union vers lequel la civilisation humaine doit tendre, quand bien même elle ne pourrait jamais l’atteindre ‘universellement ni même généralement.

Cette digression sur la morale m'était nécessaire pour continuer ce que je veux dire sur la génération.

$ 2. Si saint Paul, Constantin, Clovis, et moi-même (je tiens à me donner comme exemple, parce que ce n’est pas seulement une histoire, une observation enregistrée, c’estun fait, je n’en puis douter); si saint Paul, Constantin, Clovis et moi-même, nous avons été foudroyés par un amour universel qui nous à régénérés, il est possible, cher Docteur, que, dans votre vie, vous ayez été amoureux. Je le suppose donc, dût l'hypothèse être gratuite quant à vous; mais elle est applicable à tant d'autres! Vous savez donc qu'en général, avant d'éprouver un amour pour une personne déterminée, on conçoit, on imagine, on invente, on crée un type,

vers lequel on se sent entraîné, qui est partout et nulle part, sauf en soi. Get amour est celui qui m'intéresse le plus, dans la physiologie de l’homme ou de la femme, telle que je la comprends, parce que cette - science doit être, selon moi, éminemment subjective et pour ainsi dire indépendante de l’objet. Dites, si vous voulez, que je suis sous l'influence de la théorie des idées innées, je ne m’en défends pas; cette théorie avait du bon ; on ne l’a que trop repoussée et oubliée en faveur de la sensation.

Dans cet état, on est amoureux des onze mille vierges, mais d'aucune en particulier ; toutefois on en a une dans le cœur, qu'on ne voit, qu'on n’entend pas, que. lon sent, qui vous inspire et vous anime, pour laquelle déjà on se fait brave, beau, sage, laborieux, digne d’étre aimé.

Appelez cela de l’idéalité, de l'imagination, je ne demande pas mieux; seulement je soutiens que c’est de là que vont découler tous les raisonnements et tous les actes de l’amoureux, quoiqu'il n’y ait dans cette CONCEPTION idéale, intuitive, imaginaire, hypothétique, rien qui soit spécialement un raisonnement ou un acte, rien surtout qui soit provoqué par une sensation produite extérieurement,.

Certes, quand notre amoureux croira avoir rencontré dans le monde la réalisation vivante du type conçu par lui isolément, volontairement, activement, il pourra devenir alors passif à son tour, et ne plus éprouver de sentiments, ni raisonner, ni agir, sinon sous l’impulsion et au contact de sa belle. Dès qu’il sera dans

EN 03 cette situation dépendante du non-moi, la philosophie de la sensation et la physiologie que cette philosophie inspire, expliqueront cet automate, cet esclave des volontés d'un autre; mais elles n'auront rien pu dire de lui tant qu'il était libre, tant qu'il était maître de lui comme de l'univers, tant qu’il n'avait pas de maitresse de sa vie.

Dans cette situation d'indépendance, sur laquelle la langue savante se tait, la langue vulgaire parle beaucoup, au contraire. Celle-ci ne dit pas un mot du cerveau, mais elle parle du cœur et fait grand cas de lui. ‘Elle suppose que l'amour circule dans toutes les veines, et je crois pouvoir vous défier de prouver qu'il n’en soit pas ainsi. Voilà pourquoi on n’est pas choqué lorsque l’on entend l’amoureux dire : je lui ai donné mon cœur, ou : je donnerais mon sang pour elle ; tandis qu'on rirait s'il disait : je lui ai donné mon cerveau.

Je n’attache pas plus d'importance qu'il ne faut à la langue vulgaire, puisque nous nous occupons ici de science; toutefois, songez même au geste que l’homme emploie pour exprimer qu'il aime; porte-t-il la main à sa tête, ou sur son cœur? Et si vous me disiez que c'est une conséquence de ses habitudes de langage, je vous répondrais fermement, non! Est-ce que vous n'avez jamais senti les battements de votre cœur, s’accélérer ou s'arrêter jusqu'à voûs étouller? Regardez seulement un homme se précipitant du haut de la colonne de la place Vendôme : votre sang se fige, votre pouls ne bat plus. Voyez renaître à la vie

Nr votre enfant malade : votre cœur se gonfle de joie, vos artères battent, votre peau se colore, le bonheur circule dans tout votre être, et vous songez si peu à votre cerveau, que vous vous écriez : je n’ai plus la tête à moi!

Encore une fois, je ne prends pas toutes ces formules pour argent comptant; toujours est-il que si vous cherchez les causes principales des maladies de l'estomac ou des intestins dans la gloutonnerie et les indigestions, vous chercherez généralement les causes des maladies dü cœur et même des poumons, dans des passions ardentes, dans des émotions vives, dans des indigestions d'amour ou de haine.

Quant aux maladies du cerveau, j'admets parfaitement que vous trouviez leur cause habituelle dans la gloutonnerie intellectuelle, très-indigeste également.

Tous ces arguments n’ont pas d'autre but que de combattre l'absolutisme du cerveau. En vous ramenant au cœur, aux poumons, à l’estomac, aux intestins, mon désir est même de fixer particulièrement votre attention (en regard de cette tête altière qui prétend tout gouverner du haut de son petit trône) sur ce peuple, sur cette masse d’organes importants, renfermés dans une cité bien plus vaste que le palais cérébral, cité qui a elle-même une administration spéciale plus importante que celle du cerveau, parce qu’elle est centrale, parce qu’elle sert de lien aux deux extrémités, supérieure et inférieure de l'individu, aux deux pôles de l'être.

J'ai toujours été frappé de cette vue des embryogé-

Ur nistes faisant commencer l'être par un tube, lequel tube prend des développements capitaux à ses deux extrémités, ainsi que des appendices de force et de mouvement, et qui se garnit dans son parcours intermédiaire de tous les organes spéciaux de circulations générales, propres à l'entretien et au développement de la vie.

Je crois que ce point de départ est excellent pour la science physiologique; mais aussi, j'attache une importance dominante, royale, sacerdotale, au tronc, à la pile humaine, et je reconnais deux valeurs diverses mais égales à ses deux pôles, organes de la génération intellectuelle et corporelle.

Ne riez pas trop de moi, cher docteur, si je vous rappelle ce que vous savez aussi bien que moi : qu'il y a des savants qui ont découvert et signalé des analogies, des correspondances fort curieuses entre les deux extrémités du tube, entre les deux pôles de la pile humaine. Je ne parle pas des analogjes entre les bras et les jambes, elles sont trop évidentes ; je parle des correspondances dans l'organisme et dans les facultés, entre la tête et l'appareil de la génération.

Je ne citerai d’abord, pour vous faire comprendre ma pensée, qu'un seul fait : l’influence de la castration sur la voix et sur la barbe, J’ai entendu dire que par l’ablation des ovaires on a obtenu ce résultat analogue : une femme barbue, à voix mâle, une eunuque femelle.

À ce sujet, je vous signale de nouveau, en passant, l'importance de la physiologie et de l'anatomie comparées de l’homme et de la femme,

Le jour où l’on s’occuperait aussi de la physiologie

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