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de base. Chaque science doit donc avoir pour point de départ, pour boussole et pour but, l'amour réciproque des deux formes abstraites de l'être ; c’est-à-dire, selon la nature des sciences, l'amour réciproque, du mouvement et de la matière, du temps et de l’espace, de la mathématique et de la physique, du nombre et de l'étendue, de la synthèse et de l'analyse, de la physiologie et de l'anatomie, des êtres organisés et des corps bruts, de la formule et de la forme, de l'esprit et de la chair, du mâle et de la femelle, du moi et du non-moi, etc. C’est l'amour réciproque de ces deux principes abstraits qui leur donne à eux-mêmes puissance génératrice de conception scientifique ou de création industrielle ; c’est par lui seul qu'ils engendrent en progressant; sans lui, ces deux abstractions ne répandent que des germes inféconds : c’est du sperme ou ce sont des ovules, ce n’est pas l'être.
Ainsi, la théorie et la pratique, isolées l’une de l’autre, ne peuvent rien produire, ou du moins ne contribuent pas directement au progrès. Associons-les l’une à l’autre, alors elles engendrent un fruit meilleur qu'elles; car ce fruit est le développement de l’une et de l’autre. Si, au contraire, nous disons aux théoriciens : Vous êtes des hommes ! et aux praticiens : Vous êtes des brutes ! adieu la génération et le progrès : nous obtenons des monstres d'esprit ou des monstres de chair, ennemis et envieux les uns des autres, des abstractions égoïstes, mais non des êtres sociaux.
Sans doute il est nécessaire, indispensable, d’avoir das le sein de l’imparfaite mais perfectible humanité des
types de l’esprit, abstraits de la chair, et des types de la chair, abstraits de l'esprit. De même, il faut absolument admettre, par hypothèse, le vide et le plein, la molécule et les corps, le point et l’espace, le moment et le temps, si l’on veut raisonner et expérimenter. Le dieu de savants purs et le dieu d’industriels purs pourraient n'être que des divinités abstraites; mais le savant et l'industriel ne sont jamais purement et uniquement savants ou industriels, ils sont, avant tout, des humains, des aimants; il leur faut encore, et par-dessus tout, un autre dieu, dont ces deux divinités abstraites ne sont que des manifestations incomplètes ; il leur faut un dieu qui soit l'amour, la vie de ces deux manifestations, qui les contienne en lui, qui les relie, et qui soit ainsi le lien vivant, moral, social, de ces savants el de ces industriels eux-mêmes ; c’est lui qui les empêche de se mépriser et de se battre, car ils y seraient portés par la prédominance de leurs facultés propres, de leur nature spéciale, de leurs appétits spirituels ou de leurs appétits charnels. Il faut donc aussi, entre ces savants et ces industriels, des êtres aimant également la science et l’industrie, l’idée et le fait, la conception intellectuelle et la création matérielle ; en un mot, ils doivent être inspirés, gouvernés par des êtres religieux et moraux par excellence, c’est-à-dire par les amants du pur esprit et de la sainte chair, parce que ceux-là sont pleins d'amour de Dieu, qui est essentiellement la vie de tout ce qui est, de tout esprit et de toute chair, de l'éternité et de l’immensité.
Je replace sans cesse devant vos yeux, à satiété, au
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risque de vous lasser, ces trois principes primordiaux, ces trois axiomes de la vie universelle ; l’un contenant, unissant, reliant les deux autres, tous trois expression de la VIE UNIVERSELLE, INFINIE, mamifestée et définie par le moi et le non-moï, par le fini et l’indéfini, par la chair et l'esprit. Je vous en accable, parce que vous nous avez lus et relus, et que néanmoins vous êtes resté sous l'empire du dogme qui subalternise la chair à l’esprit, l’industrie à la science, et qui confond l'esprit avec l'amour, la science avec la morale, la raison avec la vertu, et dont le dieu, par conséquent, est toujours celui du passé, en dehors et au-dessus de la terre, de la matière, des corps, de la nature; tandis que vous vous figurez être panthéiste! Vous vous trompez, vous êtes catholique, assez mauvais catholique, il est vrai, souvent hétérodoxe, mais vous ne le savez pas; et cent fois je vous vois donner des armes à l’ennemi que vous voulez combattre, frappant à bras raccourci sur les amis avec qui, seuls, vous pourriez triompher.
V.— S 1. Après ce long exposé métaphysico-théologique, je ne crois pas nécessaire d’en faire application à vos doctrines politiques ; il me suffit de vous engager à les soumettre vous-même au triple critérium de l’union des deux principes générateurs, mâle et femelle. Vous les trouverez dans la politique, comme partout ailleurs, car ils sont l’expression de la vie de tout ce qui est, de ptEu. * Mais maintenant je puis reprendre et terminer avec plus d'assurance, et j'ose dire d'autorité, ce travail spécial sur la science de homme.
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Je vous ai dit que Saint-Simon avait commencé par la science de l’homme, et qu’il nous avait légué en mourant la science du développement de l'humanité. Il avait commencé également par la gravitation universelle, en s'adressant au bureau des longitudes et à l’Académie des sciences, et il nous a légué, aussi en mourant, l’industrie, le système industriel, le catéchisme des industriels. Nous avons cultivé ce double héritage par nos travaux historiques et économiques ; en même temps, nous avons répandu sur le monde son dernier soupir, le nouveau christianisme, nommé par le monde lui-même saInr- SIMONISME.
Aujourd’hui j’éprouve une joie indicible à redescendre des hauteurs de la synthèse où Saint-Simon nous avait placés dès notre naissance, et à revenir par l'analyse au point d’où il était parti, c’est-à-dire à la science de l'homme, petit monde, et aux lois du grand monde qui l’environne et avec qui il communie.
Je crois que nous avons développé, perfectionné, clarifié, par nos études historiques et économiques, les idées de Saint-Simon sur l’avenir social et industriel de l’humanité ; je crois qu’il nous a été donné de pouvoir préciser beaucoup d’aperçus du génie de notre maître sur l'avenir, enles justifiant par les enseignements du passé; j'ai foi que nos prophéties sociales et surtout industrielles sont entrées dans la vie humaine, non-seulement comme théorie, mais déjà même comme pratique. Saint-Simon n’a pas éprouvé cette satisfaction, de son vivant; mais il la pressentait lorsqu'il disait, sur son lit de mort : Continuez mes travaux, et j'en jouirai !
Eh bien, ainsi que nous nous sommes placés sur le terrain des historiens et des économistes, pour la première partie de nos travaux, je sens aujourd’hui qu'il nous faut aborder aussi audacieusement le domaine des physiologistes et des anatomistes. C’est ce que j'ose entreprendre ici. Je sens aussi qu’il faudra demander compte aux savants des corps bruts, aux physiciens, aux astronomes, des progrès qu'ils auraient dû faire et n’ont pas accomplis, depuis l’époque où Saint-Simon s’adressait à eux spécialement. Cette seconde tâche, j’espère que Dieu me permettra de la remplir, et d’ailleurs, je suis certain que d’autres après moi, qui sont nés de moi, la rempliront.
Quand nous avons fait de l’histoire et de l’économie politique, nous nous sommes bien souvent trouvés en présence d’adversaires infiniment plus érudits que nous dans ces deux spécialités scientifiques ; et cependant leurs objections ne nous inquiétaient pas, non-seulement parce que, d'avance, nous les avions prévues et vaincues en nous-mêmes, si elles avaient quelque importance , mais aussi parce que nous étions certains de faire rentrer dans notre loi générale du développement de l'humanité tous les faits particuliers, ignorés par nous, qui nous seraient opposés comme contraires à notre doctrine.
Moi-même je me rappelle qu'avant d’avoir été foudroyé comme saint Paul, j'étais très-fort, très-érudit en économie politique; j'en savais tous les maitres, infiniment mieux que Rodrigues ne les connaissait. Néanmoins j'étais obligé de m’avouer à moi-même que j'étais
mn
complétement battu par Rodrigues, chaque fois que je m'avisais de discuter une question économique avec lui.
Il me fallut quelque temps pour reconnaître la cause de ces perpétuelles défaites, Un jour, je m'aperçus que je raisonnais sans cesse comme si la société avait et aurait éternellement à sa tête des hommes étrangers au développement moral, intellectuel et physique de l’humanité ; tandis que Rodrigues raisonnait, au contraire, comme si l'humanité n’avait pas encore eu, mais devait avoir et aurait certainement à sa tête les hommes les plus compétents et les plus habiles dans ces trois directions pacifiques de l’activité humaine. Alors je commençai à comprendre les efforts de l'humanité à travers tout le passé, pour atteindre et réaliser cet avenir ; alors je reconnus à quelle étape nous nous trouvions nous-mêmes, au dix-neuvième siècle, dans la chrétienté, en France; alors je plantai sur cette grande route, parcourue jusqu'ici par l'espèce humaine, les principaux jalons de sa marche progressive vers cet avenir de paix entre les deux rivaux qui s’étaient disputé la direction de cette procession admirable ; alors je compris qu'à l’origine, comme pour l'enfance de l’homme, le développement physique avait exercé une influence prédominante ; qu’ensuite le besoin d'instruction avait particulièrement absorbé les esprits, comme pour la jeunesse; et qu’enfin l’âge de l'éducation MORALE arrivant, comme pour la virilité, le corps et l'intelligence cesseraient d’être en lutte et s’associeraient en frères, sous l'inspiration génératrice des aiman!s de leur union, des êtres moraux par excellence,
Cette simple différence entre les deux hypothèses que nous adoptions comme principes, Rodrigues ou moi, suffisait pour transfigurer à nos yeux tous les faits économiques et politiques, de manière à changer l’ordre dans lequel nous les classions, et leur valeur comme éléments du progrès. Ainsi, la lutte de la liberté contre l'autorité lui apparaissait dans le passé comme ayant été trèsutile pour combattre et détruire les hiérarchies fondées sur la force, sur le hasard de la naissance, sur les priviléges héréditaires de richesse ou d'instruction; tandis qu’il considérait cette lutte comme puérile pour l'avenir, alors que la hiérarchie sociale serait fondée, non plus sur le droit de conquête et de naissance, que célébrait encore Voltaire, et qui avait été radicalement détruit par la Révolution française, mais sur le droit de la capacité personnelle, proclamé par Saint-Simon, comme le résultat certain de la loi du développement progressif de l'humanité,
Par conséquent, plus je cherchais, avec tous les économistes, à exclure les gouvernements de toute intervention dans la direction économique de la société, plus Rodrigues me démontrait que ce n'était pas là l'œuvre de l'avenir, et qu'il fallait au contraire préparer cet avenir en enseignant au monde combien l'humanité avait de plus en plus marché vers une constitution sociale, dans laquelle les chefs seraient précisément les hommes les plus capables de diriger les intérêts généraux de la société.
Combien je voudrais, mon cher ami, produire sur vous un effet semblable dans le champ de la physiologie,
où vous êtes, relativement à moi, aussi fort, aussi érudit que je l’étais moi-même à l'égard de Rodrigues, en économie politique !
Croyez-moi, vous continuez encore la guerre du christianisme contre le paganisme, de l'esprit contre la chair, du cerveau contre le cervelet, et de la masse cérébrale entière contre le corps entier. Laissez faire cette triste guerre à ceux dont c’est le triste métier. Mieux vaudrait, sans contredit, que vous prissiez la cause inverse, et qu’au nom des intérêts matériels, corporels, industriels, despotiquement molestés par dix-huit siècles d’abstinence, de mortification, de servitude, vous protestassiez contre la royauté et l'aristocratie de l'esprit, en faveur de ce peuple, de ces masses dont les chefs ne cultivent pas l'esprit et mortifient la chair par un travail excessif et abrutissant, par la misère et même par l’aumône.
Mais mieux vaudrait mille fois que vous vous portassiez bravement sur le terrain de l'avenir, sur le champ de conciliation, de paix entre les deux principes, au sein du royaume d'amour réciproque de la chair païenne et de l'esprit chrétien, régénérés par Saint-Simon, éduqués par lui à s'aimer, à se rendre justice. Oui, rendez à la chair pacifique ce qui lui appartient ; il n’est pas question de César; et rendez aussi à l'esprit pacifique ce qui lui est dû légitimement ; il n’est plus question d’un ciel batailleur, luttant contre la terre, mais des génésiaques amours du ciel et de la terre, du spirituel et du temporel.
Dans l’homme, où est le pape, où est César ? — Qu'ils s’embrassent loyalement et de tout cœur, et vous verrez
quelle race d'hommes naîtra de leur saint accouplement.
Dans la race humaine, qui est l’homme, qui est la femme ? — Qu'ils s'unissent par le saint lien d'égalité ; que la lutte de violence et de ruse finisse ! Plus de grossière prostitution de chair vendue, plus de frauduleux adultère, voilé par la plus fine et la plus spirituelle diplomatie. Donnez-vous l’un à l’autre, en toute grâce et en toute vérité; ne vous livrez jamais à contre-cœur, à contre-esprit, à contre-chair, et vous verrez quels bons, sages et beaux enfants vous aurez.
Mais si le pape ruse avec l’empereur, si César fait violence au pape ; si l’homme et la femme se vendent l’un
à l’autre pour la double prostitation publique et privée de la rue et de la maison; si l’esprit et les sens se battent ; si le cerveau et le cervelet se méprisent et sont en révolte l’un contre l’autre, alors pas d’enfants ou des monstres, Sodome ou Lesbos.
Certes, il y aura toujours des êtres chez lesquels le cerveau dominera le cervelet, et réciproquement ; mais pourvu que la science n’affirme pas que ce soit là l’état normal; pourvu qu’elle considère ces spécialités comme exposées à tomber dans l’excès, par suite même de la prédominance de certaines facultés sur certaines autres, et de la désharmonie que ces prédominances établissent entre les pensées et les actes de ces individualités spéciales; pourvu que la science déclare que ces spécialités ont besoin, pour former société, d’être rappelées à l'état normal par les êtres qui jouissent le plus eux-mêmes de cet état normal, qui en sont les moins imparfaits symboles, dont les facultés sont le mieux équilibrées : voilà
tout ce que je demande, et vraiment je ne saurais croire que vous pussiez me trouver trop exigeant.
$ 2. Je viens de dire les facultés le mieux eéquilibrées, et je crois m'être servi d’une idée et même d’une expression admises par la science ; mais il me semble que cette idée, qui est selon moi capitale, qui devrait dominer toute la science, n’y joue encore qu'un rôle vague, comme une sorte de sentiment non justifié par les observations et expérimentations.
Je vous demande de fonder, au contraire, la science de la vie sur cette conception statique de l'équilibre des forces, des facultés, des organes, des fonctions, des circulations, des tissus, enfin de toutes les puissances de l’organisme entier.
S'il en était ainsi, je défierais que l’on n’arrivät pas forcément à la théorie des couples, dont les membres seraient affectés de signes ou de sexes différents, mais combinés en ce sens qu’ils seraient exprimés par la résultante de leur concours vers un but commun, la vie ou la mort ; la vie, s'ils convergent; la mort, s'ils divergent ; la vie, s'ils procèdent par addition l'un de l'autre; la mort, s'ils opèrent par soustraction.
L'enfance est l’état spécial d’addition et de marche ascendante vers la vie, qui est l’état normal d'équilibre, nommé virilité; et la vicillesse est l’état spécial de soustraction et de marche vers la mort. |
Dans la première période, les forces sont confondues, comme les sexes dans le germe; elles se séparent et forment un angle qui s'ouvre de plus en plus, à mesure
pu
des accroissements de leur puissance respective et du développement de l'être, jusqu'au moment où elles se font sensiblement mais imparfaitement un équilibre instable. Alors commence le mouvement de décroissance de l’une d’elles et de croissance anormale de l’autre ; celle qui s'était le plus développée, agrandie, entraine l’autre dans sa direction; mais c’est vers la mort qu’elle la mène, car la vie consiste dans leur équilibre; les deux forces, les deux sexes finissent, pour ainsi dire, comme ils avaient commencé, par se confondre ou du moins se neutraliser; leur fonction propre disparaît, et le germe est devenu cadavre.
Ce phénomène de statique a lieu dans chaque organe, entre tous les organes, les uns à l’égard des autres, dans chaque tissu et entre les tissus, dans et entre toutes les circulations liquides, gazeuses, électriques, et il se manifeste aussi entre toutes les molécules qui composent l'être.
Chacune de ces molécules possède en elle les deux forces, mâle et femelle, spirituelle et matérielle ; chacune d'elles marche vers la vie et ensuite vers la mort; et toutes ont été, sont et seront, car elles participent de la vie universelle, dans son éternité et son immensité,
Considérons donc chacun des objets de nos études comme un couple; nous les trouverons tous organisés ainsi, c’est-à-dire conformément au principe du dualisme générateur de la vie : chacun d’eux a sa manifestation mâle et femelle, spirituelle et matérielle , liquide et solide, d'électricité positive et négative,
Lé
d'intérieur et d'extérieur, de vie propre et de vie de relation, de volume et de masse; et quand nous les ‘ conjuguerons eux-mêmes deux à deux, quand nous étudierons, par exemple, la vie commune du cœur et des poumons, de l'estomac et du foie, de la vessie et des reins, du système musculaire et du système vasculaire, nous devrons encore les considérer comme se donnant réciproquement leur vie et engendrant ensemble leur vie commune.
Le principe de solidarité des éléments de chaque organe et de chaque système, et le principe de leur équilibre, empêchent de s’abstraire dans des observations isolées, sans contrôle, sans preuve. Chaque observation, au contraire, a besoin d’une observation corrélative, conjointe, qui la confirme ou la renverse ; toutes sont semblables à l’étude des organes de la génération dans l’homme, étude qui n’a de sens et de réalité que si l’on étudie simultanément les organes de la génération dans l’homme et dans la femme, et si on les rapproche par la conception de leur destination COMMUNE. De même, il est impossible d'étudier la partie antérieure du cerveau sans étudier la partie postérieure, afin de rapprocher ces deux études, d’après une conception nette de ce que leur amoureuse communion engendre. Alors, par ce rapprochement , l'observateur lui-même crée sa propre science, c’est-à-dire acquiert la connaissance raisonnée de l’objet de son observation, dont il n'aurait, pour ainsi dire, sans cette comparaison, que la sensation. De même encore, toute étude de l'œil qui consisterait à rechercher comment l’œil voit,
sans examiner comment il regarde ; toute étude d’une fonction quelconque, considérée à l’état passif et involontaire, sans être envisagée comme active et volontaire, serait une étude manquée , radicalement incomplète, pouvant conduire aux plus grosses absurdités,
Donc, si nous nous occupons spécialement de la moelle épinière ou spécialement du grand sympathique ( je vous prie de faire attention à ce beau nom qui ne lui a pas été donné pour rien ), nous devrons d’abord chercher en eux le double signe de vie, la double pile qu'ils renferment l’une et l’autre, étudier la fonction spéciale de chacune de ces piles, en vue du résultat, du fruit de leur amoureuse communion, fruit qui est la destination religieuse de leur commune vie.
Enfin, si nous conjuguons les fonctions spéciales de ces deux puissants appareils nerveux, nous devrons considérer la fonction de chacun d’eux comme une manifestation spéciale de leur destination commune.
Je ne crois pas que la moelle épinière et le grand sympathique aient été encore étudiés, séparément ou simultanément, selon cette doctrine ; de sorte qu'à vrai dire, le système nerveux du tronc ne me semble pas encore scientifiquement étudié, malgré les nombreuses observations et expérimentations dont il a été l’objet. J'ajoute qu’il en résulte une ignorance complète du lien dont j'ai signalé plusieurs fois l'importance, et qui unit, par le tronc, l'organe cérébral à l'organe de la génération.
On a fait, dis-je, une foule d'observations sur le système n rveux du tronc, et la thérapeutique fournit
également un grand nombre de faits qui se rattacheraient utilement à ce système, et qui néanmoins ne peuvent recevoir d'explication et de sens scientifique, qu’à la suite du travail que je réclame. Aïnsi, on a remarqué généralement que les excès intellectuels et les chagrins qu'on a appelés moraux (que je croirais plus justement nommés immoraux, parce qu’ils consistent dans des déceptions intellectuelles ou matérielles d’un moi excessif, des déceptions d’ambition, d’avarice, de haine, de vengeance, enfin dans d’immorales passions), on a remarqué, dis-je, que les chagrins et les excès cérébraux frappaient les organes de la nutrition et le foie, et que, d’un autre côté, les excès de l’organe de la génération frappaient la moelle épinière, et par elle l’appareil cérébral, et spécialement le cervelet, considéré comme excitateur et régulateur du mouvement.
Je crois ces observations généralement justes : il est vrai qu’elles confirment assez nettement mes idées sur la nécessité d’équilibrer les fonctions. Si vous donnez un développement excessif à l’un des membres du couple, vous atrophiez, vous tuez son conjoint. Or voici un savant pur esprit, qui se sent le cerveau très - bien portant, mais qui ne digère plus, qui prend la jaunisse, qui devient hypocondriaque, qui ne cesse de se droguer, et qui ne quitte plus la chaise percée. Et dans cet autre lit, voici un satyre qui a trop abusé, qui n’abuserait peut-être que trop encore, si la moelle épinière n'était pas prise et si le cerveau n’était pas déménagé, Quelles sont donc, grand Dieu! ces correspondances de mort, si ce ne sont pas aussi celles qui transmettent la
vie? Par quel chemin passent-elles? qui les transporte ?
Toujours est. il qu'une affinité particulière semble exister, d’une part, entre le cerveau s’exténuant et la partie antérieure et inférieure du tronc; de l’autre, entre l’organe de la génération s’épuisant et la partie postérieure et supérieure du tronc, jusques et y compris le cervelet.
Je crois que pour compléter l’analogie, les observateurs auraient pu et dû voir que les excès cérébraux portent aussi aux pertes séminales; j'en ai vu, dans notre famille saint-simonienne, plusieurs frappants exemples.
Voici donc les deux pôles en communication réciproque, par l'intermédiaire du tronc, tantôt par sa partie antérieure et tantôt par sa partie postérieure; tantôt par le grand sympathique et le système qu'il commande, et tantôt par la moelle épinière et la région qu’elle gouverne.
Dans les exemples ci-dessus, les deux pôles sont en communication morbide; mais il existe aussi entre eux une communication vitale, lorsque les fonctions du cerveau et celles de l’organe de la génération s’accomplissent normalement, s’équilibrent et s’envoient réciproquement des forces, de la santé, de la vie. Alors, les organes de la nutrition fonctionnent bien, ainsi que le foie, les intestins, la vessie; alors le corps est souple , vigoureux, la poitrine se dilate, et le cœur bat avec calme.
Essayez de faire, à propos de deux organes quelconques, autres que ceux de la génération intellectuelle et de la génération charnelle, la description que je viens -
de tracer de l'état morbide et de l’état vital de l’être entier; je crois que cela vous sera difficile, et néanmoins je crois qu’il faut le tenter, même pour les organes moins généralisateurs et générateurs que ces deux organes suprêmes et extrêmes de la vie humaine.
Si l’ablation des testicules et des ovaires a une influence positive sur la voix et sur la barbe (observation déjà fort importante), il est également positif que les lésions des poumons en exercent une sur le cœur et plus généralement sur la circulation du sang, par conséquent sur l'organisme entier. De même, une lésion du foie troublera les fonctions digestives, et plus généralement, par toutes les voies de la nutrition, l’organisme entier. De même encore, pour les reins et la ves- . sie. Généralement ces influences réciproques se manifesteront dans tous les couples d’organes liés plus directement et plus particulièrement entre eux. Je crois que ces liens directs et presque immédiats sont généralement bien reconnus et constatés par la science; mais je suis convaincu qu’elle est loin d’en avoir tiré les conséquences hygiéniques et thérapeutiques qui en ressortiraient, si elle avait dirigé ses observations d’après les principes de solidarité et d'équilibre entre les deux membres du couple, pour l’accomplissement de leur mission de GÉNÉRATION COMMUNE de la vie.
Je crois, par exemple, que la science rend un compte assez exact du rôle générateur du cœur et des poumons, par rapport à certaines qualités chimiques, physiques et même organiques du sang. Mais je la crois bien moins avancée, quant au rôle générateur du foie et de l'appa-
reil digestif, par rapport à la bile; je crois, au contraire, qu’elle est aussi avancée, quant aux reins et à la vessie, que pour le cœur et les poumons, mais qu’elle ne sait rien de la rate. Je ne lui fais pas un reproche de son ignorance relative, en ce qui touche la vie commune du foie et de l'appareil digestif, parce que je crois en savoir la raison ; parce que moi-même j'ai supposé exprès un accouplement entre organes qui ne doivent pas être accouplés, à cause de leur importance très-différente. J'ai conjugué un organe spécial, le foie, avec un appareil très-général et en quelque sorte universel, l'appareil digestif,
Loin de blämer la science, je la loue, au contraire, d’avoir essayé d'établir un lien entre eux, par la sécrétion de la bile et son rôle dans la digestion; mais la science n’a fait là qu'une œuvre semblable à celle que se proposerait un physicien qui conjuguerait l’arithmétique avec l'astronomie, au lieu de conjuguer l’astronomie avec le calcul différentiel, la géométrie spéciale avec l'algèbre, la géométrie élémentaire avec l’arithmétique. J'ai posé moi-même cette fausse conjugaison du foie et de l'appareil digestif, d’un organe spécial et d’un organe général : 1° pour faire ressortir plus clairement encore la justesse et la nécessité de la conjugaison du grand appareil qui se nomme la tête, avec l'appareil inférieur qui contient les reins, la vessie, l'organe de la génération; 2 pour aborder enfin le grand système de la nutrition, représenté par ce vaste appareil d’absorption, d’ASSIMILATION et d’excrélion, qui a pour axe le tube intestinal, premier germe développé de l'être,
et dont les deux extrémités sont la bouche, le nez et les oreilles, d’une part, et l’anus et le canal de l’urètre, de l’autre,
$ 3. Mon cher Docteur, nous parlons physiologie, nous en parlons religieusement, nous pouvons donc aborder saintement la digestion, la transpiration, les sécrétions et excrétions, et nous occuper avec un égal respect des deux extrémités du tube élémentaire, sur lequel et autour duquel l’homme tout entier à été divinement organisé,
La définition la plus générale de l’homme, en physiologie, me paraîtrait devoir être celle-ci : l’homme est un appareil d’absorption, d’ASSIMILATION et d’excrétion du monde extérieur.
Or, entre ces trois termes, il y en a un, l’ASSIMILA- TION, qui sert de lien aux deux autres, lesquels s’accouplent par ressemblance et dissemblance, et aussi par égalité d'importance organique, vitale. Sous l’influence des dogmes qui subalternisent la chair, le corps, les appétits physiques, nous voyons la science elle-même, et après elle le monde entier, faire presque des’‘signes de croix, pour chasser le démon, lorsqu'il s’agit de manger, de boire, de respirer, c'est-à-dire de communier avec les solides, les liquides et les gaz de Dieu, appropriés à la vie humaine. Qu'est-ce donc quand il s’agit de l’évacuation des solides, des liquides, des gaz, transformés par le travail de ce merveilleux atelier divin qui s’appelle l'homme ? On fuit, on se cache, on se voile, comme si l'on était en face du diable en personne,
Soyons plus braves, car parmi toutes ces humeurs, ces excrétions, ces évacuations, il en est une spécialement qui donne la vie, et les autres la maintiennent.
Il faut avouer que Dieu a parfaitement logé ce grand tube d'absorption et d’excrétion, et qu’il l’a revêtu et entouré de merveilleux serviteurs, disposés sur toute la ligne à exécuter les opérations chimiques de décomposilion, d’ASSIMILATION et de recomposition, et qui, en même temps, défendent, protégent le maître contre le trop brutal contact du non-moi.
Si un individu boit trop de vin, son cerveau se trouble : mais il ne se trouble pas directement, parce que trop de vin passe par sa bouche ; car s’il en entrait et sortait une pièce entière, et qu'on eût soin de se boucher le nez, afin d'éviter l'influence de l’arome, je crois que, malgré l’absorption qu'exerceraient la langue, le palais et toutes les muqueuses de la bouche, l'individu ne se griserait pas, s’il n'ingurgitait pas. De même, il n'aurait pas d’indigestion s’il faisait entrer et sortir par petits morceaux un bœuf entier par sa bouche, sans en rien ingurgiter. Sans doute, il éprouve une sensation par la présence du vin ou du bœuf dans la bouche, et j’admets parfaitement que le cerveau en soit immédiatement averti; mais ce n’est pas là ce qui le trouble et le fait déraisonner, ni ce qui dispose le cervelet à le faire trébucher.
Il faut pour cela que le liquide ou le solide arrive à l'estomac, et qu'il y arrive en telle quantité que le corps entier, et non pas le cerveau seulement, en éprouve peu à peu et enfin suffisamment l'influence délétère qui empêche l’homme de lier ses idées et de régler ses mouvements,
Eh bien, je soutiens qu’il faut que la science soit aveuglée par son idolâtrie pour le cerveau, pour ne pas concevoir que l'estomac, tout en transmettant directement ses sensations d’indigestion au cerveau, les transmet aussi directement, par toutes les circulations avec lesquelles il est en rapport immédiat, à tous les autres organes et à tous les points de l’organisme.
J'en dirais autant des intestins, pour tout homme qui ingurgite du séné ou de l’eau de Pulna. Ce n’est pas le sens du goût, dont le siége est la bouche, qui apprend au cerveau qu’il ÿy aura évacuation ; ce sont les intestins qui le lui apprennent, en l’apprenant au corps entier, par toutes les circulations avec lesquelles ils sont en rapport immédiat, et qui se ramifient dans le corps entier et jusque dans les os.
De même que je ne veux pas croire que la molécule de mercure qui ira carier des os, passe nécessairement | d’abord par le cerveau qui la renverrait se fixer sur tel ou tel os pour qui elle a une affinité morbide ; de même, je ne veux pas faire le cerveau dispensateur unique et direct de toute sensation interne ou externe, volontaire ou involontaire, active ou passive, éprouvée par un quelconque des organes, et surtout par ceux qui sont plus spécialement consacrés à la nutrition.
La spécificité des médicaments, par rapport à tels ou ‘tels organes, de même que la spécificité de tels ou tels éléments solides, liquides ou gazeux, par rapport à la nutrition, est également un indice de cette initiative propre et directe, d’appétence ou de répulsion des organes, manifestée par l'organe lui-même, avant toute
correspondance avec le cerveau. Je ne nie pas que le cerveau ne soit sollicité, quand il doit y avoir et pour qu’il y ait réflexion, calcul, réponse à une sensation organique ; par exemple, pour regarder quand on a vu, ou pour peindre ce qu’on a vu, ou bien encore pour chanter ce que l’on a entendu, ou pour revenir à la rose que l’on a sentie, ou même enfin pour rendre ce que l’on a avalé; mais je réclame, surtout en faveur de l'appareil du tronc, et aussi en faveur des organes situés à l'extrémité inférieure du tronc, une influence sur tout l’organisme, au moins égale à celle que la science reconnaît au cerveau.
Si, lisant dans une lettre une mauvaise nouvelle, ma respiration se presse et le sang me monte à la tête, je veux bien admettre que mon cerveau a donné des ordres à mon poumon et à mon cœur ; mais si je reçois un coup de sabre au beau milieu du cœur, je crois que c’est le cœur lui-même qui envoie des aides de camp à tous les organes pour leur dire de cesser leurs fonctions, quand bien même le cerveau, prévenu comme les autres, confirmerait cet ordre général par l’envoi d’autres aides de camp.
Bien plus même, la vie du supplicié est-elle tout à fait finie, dans le corps et dans la tête, quand on les a séparés l’un de l’autre? On ne le croit pas; et pourquoi? C'est que malgré la rapidité des communications électriques, les organes du corps, aussi bien que ceux de la tête, n’ont pas eu le temps de se passer réciproquement leur faire-part de mort.
Quand ils vivent, c’est-à-dire quand ils se marient et
engendrent, c’est la même chose; il y a des faire-part d'amour et de naissance à répandre partout, -et je le répète, les demandes peuvent bien aller s'enregistrer au cerveau et celui-ci peut bien y répondre; mais elles s'adressent directement partout, et on y répond de partout, chacun il est vrai selon la langue spéciale dont il est doué.
Ainsi encore, j'ai la fièvre et je prends du sulfate de quinine; mon pouls se calme, mes transpirations cessent, mes dents ne claquent plus, je n’ai plus le frisson, je guéris; on ne sait pas pourquoi. On constate bien une influence morbide de la quinine sur les fonctions digestives; on croit, si je ne me trompe, que ce médicament a une affinité particulière pour la rate; en un mot, on ne sait à peu près rien sur la manière dont il agit; seulement on constate sa qualité curative spécifique. Eh bien, je suis convaincu qu’on n’arrivera à connaître son mode d'action, dès qu’il est entré dans l’appareil chimique appelé: estomac, qu’en étudiant les modifications qu'il produit sur les circulations de toute nature qui viennent concourir au jeu, à la vie de cet appareil, qui y puisent les éléments contenus dans la quinine et décomposés, ASSIMILÉS et recomposés dans l'estomac, et qui les distribuent à l'organisme entier, ou spécialement aux organes pour lesquels ces éléments de la quinine, ainsi triturés et combinés, ont une affinité curative.
Toute l’œuvre pharmaceutique n’est pas terminée chez le pharmacien; l'estomac la continue; elle se continue encore lorsqu'il a livré le médicament, transformé par lui, aux agents de circulation, qui le manipulent encore
eux-mêmes et qui le transportent dans d’autres laboratoires organiques où il est manipulé encore une fois.
Dans toute cette opération, je ne vois pas, je ne veux, je ne dois pas voir le cerveau, ou du moins je le mets au rang, au niveau de tous les organes. Sans doute la cessation de la fièvre a fait disparaître le délire, mais simplement ‘comme elle à permis au malade d’uriner. Et cependant je veux et je dois voir le système nerveux, dans lequel le cerveau joue un très-grand rôle. Mais estce que je ne le vois pas là, dans le corps même, tout près de l'estomac? Là, il existe, en effet, un appareil nerveux qui nécessairement doit jouer le rôle capital dans les faits de digestion et de nutrition dont je m'occupe. Il ne s'agit pas ici de mathématiques, de syllogismes ; il s’agit bel et bien de chimie animale, et je n'ai pas même besoin pour elle du cervelet, ou du moins je n’y arrive que par conséquences extrêmes; mais j'ai absolument et souverainement besoin du grand sympathique et de son merveilleux plexus solaire.
VI. —$ 1. Tous ces longs préparatifs et ces fatigants exemples n’ont pas d'autre but, mon cher Docteur, que d'appeler spécialement votre attention sur le système nerveux du corps, du tronc, de cette pile centrale, composée elle-même des deux piles du grand sympathique et dela moelle épinière, lesquelles piles se décomposent également, l’une et l’autre, en deux piles de signes différents, mais conjuguées. Mon but, dis-je, est de réclamer devant vous en faveur de ce système central, bien plus vivement
encore que je ne l’ai fait en faveur des organes de la génération, contre l’insolence despotique de l'organe cérébral.
Ah! vous cherchez la bosse de la personnalité et celle de la vénération. Est-ce qu’elles ne vous apparaissent pas, hautes comme des montagnes, dans la moelle épinière ? Vovez l’épine dorsale du vaniteux, extérieurement elle est concave; voyez celle de l’homme humble et respectueux, elle est convexe : et ces épaules et ces reins d’Her- . cule ou de Vénus, ne vous montrent-ils pas mieux la force ou la grâce, la vigueur ou la souplesse, que toutes vos bosses cérébrales ne vous indiquent ces puissantes facultés physiques? Songez donc que j'ai devant mes yeux, sous ma main, toute la charpente osseuse, tout le système musculaire, toutes les circulations liquides, tous les tissus, tandis que vous n'avez qu’une petite miniature dans laquelle vous vous efforcez de découvrir ou plutôt d'imaginer tout ce qui, ailleurs, est visible et palpable. Ce port digne, noble, majestueux, cette démarche confiante et sûre, cette main qui serre loyalement la main d’un frère, cette poitrine ouverte où le cœur et les poumons se gonflent à l’aise, ne vous disent-ils pas le grade de l'individu dans la hiérarchie des êtres, bien plus clairement que ne vous le signalent les bosses du cerveau ?
Eh bien, si tout cela vous parle, c’est qu’en effet ce sont là les vrais organes de la RELATION du moi avec le non-moi; ce sont les organes RELIGIEUX, MOraux, S0ciaux; ce sont eux qui établissent l'union de la vie individuelle avec la vie du milieu qui nous entoure, avec la nature entière; leurs appétits me révèlent ce que j'aime;
je leur dois mes joies de communion avec le monde entier.
Quoi ! les organes de la nutrition seraient tout cela ? Oui, car ils nourrissent la tête, le corps et l'âme ; oui, car ils sont le lien entre la génération spirituelle et la génération charnelle; oui; car ils préparent également l'idée et le sperme ou l’ovule; oui, car ils sont la matrice élémentaire de l’être tout entier, l’ovule fécondé, l'indéfiniment petite cellule primitive, développée par son union perpétuelle avec l’indéfiniment grande cellule de la nature.
Les deux ablations que j'ai faites des deux extrémités de la pile, pour ne conserver que le tronc et appeler spécialement votre attention sur lui, ne sont, je vous l'ai déjà dit, que des abstractions. Sans doute c’est l'être tout entier qu’il faut avoir sous les yeux pour comprendre et découvrir son âme, son amour, ses sentiments, sa moralité, sa religiosité; mais de même qu'il est bon, par abstraction aussi, de concentrer dans le cerveau lappareil de la génération de l’idée (quoiqu’elle naisse partout dans l'être) ou de concentrer l'appareil de la génération charnelle dans certains organes spéciaux (quoiqu’elle se prépare également dans l'être entier), de même aussi J'ai tenu à concentrer dans le torse, toujours par abstraction, ce qui, en réalité, est dans tout l'être, mais ce qui se manifeste spécialement, selon moi, dans les plus puissants organes de RELATION du mot avec le non-moi. Ces organes sont par conséquent les représentants spéciaux du sentiment, des affections de l’homme pour son prochain, c’est-à-dire les fondements de la morale et de la religion.
Tout ceci est difficile à entendre de sang-froid ou sans rire par un physiologiste, même par un physiologiste qui connaît et admet, comme vous, beaucoup d’idées capitales de Saint-Simon; mais nous n’avons pas craint de faire rire de notre histoire, des historiens comme MM. Guizot et Thiers; de notre philosophie, des philosophes comme MM. Cousin et Jouffroy; de notre théologie, des théologiens comme le père Félixet tant d’autres ; de notre économie politique, des économistes tels que MM. Dunoyer, L. Faucher et C‘; j'oserai donc continuer à vous faire rire.
Écoutez le dicton populaire : mauvaise tête, bon cœur; et cet autre, plus significatif encore : bon estomac, bon cœur. Certes le premier ne fait pas penser que, selon la croyance vulgaire, les bons sentiments partent du cerveau; tandis que le second dicton populaire les attribuerait positivement à l'estomac. Cela ne me parait pas dénué de bon sens. L’un et l’autre dicten me semblent légitimes, surtout le second. J’interprète ainsi le premier : quand on a une forte téle, on a de mauvais SENTIMENTS, parce que le calcul l'emporte sur toutes choses et tue AFFECTION ; réciproquement, ce qu’on appelle une mauvaise tête, c’est l'individu qui oublie tout calcul pour obéir au SENTIMENT. Quant au second dicton, il est plus: net et n’a pas besoin de commentaire : Qui digère bien, c'est-à-dire qui se nourrit bien, aime bien. C'est net et précis. Je suis de cet avis; riez donc.
Tant que vous n'aurez pas relevé, glorifié, sanctifié la nourriture de l’homme, et spécialement sa nourriture matérielle, je vous- défie de faire adopter votre pan-
théisme ou seulement de faire croire que vous y croyez; j'ose dire que vous êtes même infiniment au-dessous de celui qui a dit : — Mangez, ceci est ma chair; buvez, ceci est mon-sang. — Chair et sang de Dieu!
Donc, ne riez plus quand j'ose mettreMle miracle de la nutrition au-dessus de tous les miracles de la logique, et au-dessus des miracles des mouvements volontaires ou involontaires.
Pour engendrer une idée, pour engendrer un homme, il faut avoir communié, il faut avoir mangé la chair, bu le sang, aspiré le souffle de Dieu.
Oui, mon Dieu! c’est votre vie qui se manifeste par l'assimilation de ma propre vie et de celle de la nature. C’est elle que j’aspire et respire; j'ose le dire, c’est elle qui me nourrit et avec laquelle je nourris votre terre. C’est pour l’amour de cette vie sacrée dont je veux jouir, que j'étudie ce monde et que je le cultive ; je l'embellis . pour m’'embellir.moi-même; je l'élève afin qu’il me grandisse, et je lui suis bon afin qu’il m'aime et que nos deux amours l’un pour l’autre enseignent à tous la divine morale que nous commande votre existence universelle.
Mais non, homme de science, le fumier vous répugne! Qui vous dit de vous l’assimiler? Je vous crie d’en nourrir la terre, afin qu’elle vous rende, elle, son fumier, son excrément, c’est-à-dire le pain qui vous fait vivre.
Et ne me faites pas cette puérile objection des adver-. saires du panthéisme; ne me dites pas en éclatant de rire: votre dieu est donc le dieu Stercorarius ! Je vous répondrais, à vous, soi-disant panthéiste : Votre dieu est la vie UNIVERSELLE, et vous ne croyez pas au diable,
Mais non, vous ne croyez pas à la vie universelle, si vous ne savez pas que les sécrétions, excrélions, déjections de la terre et du ciel sont des grains, des fruits, des fleurs, l’air que nous respirons, l'odeur qui nous embaume, le son qui fait vibrer notre être, la pluie qui nous abreuve, le regard de la nature vers nous-mêmes, ce regard puissant et charmant qui nous fascine d’amour pour elle, et qui nous rend beau comme elle, qui engendre et nourrit les Raphaël.
Docteur, supposez-vous donc nature vous-même et regardez, observez l’homme. Que veut-elle manger de nous, la nature, par quoi la nourrissez-vous, quels sont nos fruits, nos fleurs, nos parfums qui la charment ? Ne l’'abreuvons-nous pas de nos sueurs, de nos larmes, de tout ce que l’homme considère comme ses immondices, et n'est-elle pas friande même de notre cadavre qui vous fait horreur ? s
Ne soyons donc pas si petites maîtresses, nous, en-. fants du Dieu universel, nous, frères de notre non-moi qui nous nourrit et que nous nourrissons. Est-ce que le saint lait de nos mères, est-ce que le sperme sacré de nos pères ne sont pas aussi du fumier ? Adorez, adorez, fier Sicambre : votre Dieu est dans cette hostie. Ecce corpus Domini ! Oui, la terre chante : O salutaris hostia! quand elle germe, végète et se couvre de verdure, sous l'influence fécondante du fumier dont la nourrissent tous les êtres organisés, depuis l’homme jusqu’à la plante.
Revenez donc avec respect dans l’étude de l’homme, vers tout ce qu'une pudeur bête l'empêche pour ainsi dire de nommer; vers toutes ces fonctions qui lui sem-
blent déshonnêtes, honteuses, et sans lesquelles il ne connaîtrait pas lui-même les joies de la propreté, de la décence, de la pudeur, comme il ignorerait la charité si ses frères et lui étaient des anges, des dieux.
Qui vous dit de traiter de la même manière, avec la même lumière et dans les mêmes termes, de couvrir du même vêtement, de décorer des mêmes ornements, l’absorption volontaire et la déjection forcée, le travail qui plaît à notre organisme et celui qui lui est imposé ? Sur celui-ci jetez un voile, mais qu’il soit transparent pour la science; que ce voile soit pudique, mais qu’il accuse les formes vraies; qu’il ne fausse ni votre enseignement ni l'intelligence de vos élèves.
$ 2. Je reviens maintenant avec plus de calme, avec sérénité religieuse au tube élémentaire et alimentaire.
.Examinons en lui, comme disait Saint-Simon, le double mouvement de la pompe, son énergie synthétique de composition, et sa synergie analytique de décomposition, afin de concevoir méthodiquement sa vie D'ASSIMILATION, de COMMUNION avec le non-moi.
Le tube prend au non-moi passif ou reçoit du non-moi actif; il élabore et s’assimile; et enfin il rend au non-moi passif ou se laisse prendre par le non-moi actif le superflu de l'assimilation.
Tous les organes complémentaires du tube accomplissent cette triple opération : ils reçoivent, élaborent et rendent, selon leur fonction spéciale, les éléments de la nutrition morale, intellectuelle et physique de l'être. En considérant abstraitement la partie supérieure du
tube comme recevant et élaborant spécialement la nourriture intellectuelle, et la partie inférieure comme élaborant et rendant spécialement la nourriture physique, j'ai ajouté que je considérais, toujours abstraitement, le tronc, lien des deux extrémités, pile centrale, comme établissant l'équilibre et l'harmonie entre les fonctions spéciales et abstraites des deux extrémités, et j'ai dit qu'à ce titreil est le siége abstrait du sentiment, lien harmonique de l’idée et du fait, de l'esprit et de la chair.
Remarquez que dans les trois cas je me place dans le domaine de l’abstraction, professant qu'en vérité et en réalité la triple fonction, morale, intellectuelle et physique, s’accomplit partout, dans et par chaque molécule, laquelle est une représentation et une expression infinitésimale de l'être. À
L’élévation, la suprématie que j'attribue par ces principes au phénomène de la nutrition, prise dans son acception la plus large et comprenant la nutrition morale, intellectuelle et physique, vous a choqué certainement, et choquerait bien d’autres que vous, je dirais presque le monde entier; mais il me semble que vous devez en être un peu moins bouleversé maintenant. Dieu veuille que vous finissiez par en être foudroyé, mais illuminé, comme l’a été saint Paul! Votre Pan s’en réjouirait et Saint-Simon aussi.
Être bon, c’est recevoir, S'ASSIMILER et donner, ou prendre, S'ASSIMILER et rendre ; quoi? tout ce qui est humain. Il n’est donc pas excessif que dans le corps humain je cherche le siége de la bonté, le siége du phénomène d'union de l’être avec l'être, là où se mani-
feste le plus clairement ce triple phénomène d'absorption, D'ASSIMILATION et d’excrélion.
Vous me direz, sans doute, que la nutrition s'entend vulgairement et scientifiquement du fait matériel. Je pourrais vous répondre qu’il n'existe rien d'absolument matériel ; ou bien encore, que le cerveau est un objet matériel et que pourtant vous y cherchez le raisonnement et même le sentiment. Je préfère vous répondre directement : Qui vous a dit que certains aliments matériels ne rendaient pas bon, comme il y en à qui rendent brute, ou qui paralysent, qui rendent fou, ou qui font d’un homme cantharidé un satyre ? Du moins personne ne me démontrera que cela n’est pas, et je suis certain qu’en y réfléchissant vous affirmerez que cela est. Vous irez même plus loin ; non-seulement vous direz : bonum vinum lætificat cor hominis, mais vous ajouterez : il n’est si bon vin qui ne grise, pour montrer que l'excès en tout est un défaut et que la modération est le.trésor du sage. Vous le voyez, comme le bon Sancho, j'aime la sagesse des nations, et comme l’excellent Don Quichotte, je me plais à combattre les géants et les monstres, et particulièrement ce grand moulin à vent qu'on nomme aujourd'hui la science.
La science n’est qu'un point que l'ignorance grossit, dit encore la sagesse arabe ; elle a bien raison; car je crois dire toute la science physiologique dans ces trois mots : recevoir, S'ASSIMILER et rendre; comme je dis toute la politique, ainsi : les institutions sociales doivent avoir pour but l'amélioration MORALE, éntellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ; comme
j'exprime la morale par ces mots : AIMER son prochain comme soi-même; et la métaphysique par ces mots : raison, SENTIMENT, sensation; et la théologie par : Dieu, père et mère; et la logique par : MÉTHODE, synthèse, analyse ; etc., tous les mots en CAPITALES servant de lien aux deux mots en ifaliques.
Oui la modération est le trésor de sagesse et de bonté; c’est elle qui pèse ce que l’on se doit avec ce que l’on doit aux autres. Ayons donc, s’il se peut, des organes modérés, tempérés, équilibrés; ils seront bons, sages et puissants pour eux et pour les autres, et l’organisme entier sera également bon pour lui et pour les autres.
Que les organes cérébraux soient équilibrés, vous ne demandez pas mieux, j'en suis convaincu; que les organes de la partie inférieure du corps soient équilibrés, cela vous convient aussi; mais qui établira et maintiendra l'équilibre entre ces deux appareils extrêmes, si ce rest le corps qui les réunit et qui, si ses propres organes ne sont pas équilibrés eux-mêmes, portera le désordre entre les deux extrémités et dans le sein de chacune d'elles ?
Je le répète : supposez les poumons, ou le cœur, ou l'estomac, le foie, les intestins, la vessie, ou une des grandes circulations, ou un des tissus qui se rapportent plus spécialement à eux; supposez, dis-je, un ou plusieurs de ces éléments organiques troublés, inéquilibrés, malades ; il est évident que la génération intellectuelle et la génération charnelle en sont immédiatement troublés aussi, quel qu'ait été précédemment leur propre équilibre. J'admets que la réciproque est vraie. Si la maladie com-
mence par les organes générateurs du haut ou du bas, de l’esprit ou de la chair, j’admets que le tronc en sera troublé, puisque je crois à la solidarité de toutes les parties de l’être; mais je prétends que l'appareil central n’est pas moins initiateur morbide que les deux appareils extrêmes, et qu’il n’est pas moins qu'eux initiateur de vie.
Quand le trouble commence par les organes de la partie supérieure, il procède ainsi : d’abord trouble intellectuel, puis trouble moraz, et enfin trouble charnel. Si l'initiative morbide est dans les organes de la partie inférieure, il procède à l'inverse : d’abord trouble de la chair, puis trouble moraz, et enfin trouble entellectuel; mais si le trouble commence par se mettre dans la moralité, dans les sentiments, dans l’amour d’un être, dans les liens d'affection de son moi avec son non-moi, je dis qu'il faut chercher le siége de ce trouble, c’est-à-dire le ou les organes initiateurs de ce trouble, dans le tronc surtout, et qu'on verra ces organes, malades les premiers, exercer simultanément leur influence morbide sur l'organe cérébral et sur l'organe de la génération.
La mort m’enlève un être chéri : je perds l'appétit, ma bouche se refuse à prendre des aliments et j'éprouve des constipations , ou bien je pleure des larmes abondantes, je ressens une soif ardente et j'ai une rétention d'urine ou la diarrhée; ou bien encore, je prends la Jjaunisse ou j'éprouve des palpitations, ou je me sens courbaturé dans tous les membres. Si vous mêlez le cerveau à tous ces troubles organiques, vous faites bien ; mais vous ne devez pas me défendre d’y faire intervenir
per Nos
le grand sympathique, la moelle épinière, le grand tube central et ses annexes, les circulations et les tissus internes et externes du tronc; vous devez, par-dessus tout, m'autoriser à considérer comme initiateurs du trouble dont ce fait sentimental aura été la cause, les organes qui auront été touchés les premiers, et qui, par là, auront prouvé leur affinité spéciale pour le sentiment qui a troublé tout l'équilibre, par excès ou défaut d’électricité positive ou négative.
Quand vous employez un médicament quelconque , dans le but de guérir ces maladies, vous faites votre possible pour qu'il agisse spécialement sur la partie de l'organisme spécialement troublée. Vous n’attaquez pas uniquement le cerveau, afin que celui-ci soit le médecin des autres, à moins qu’il ne vous paraisse spécialement malade, c’est-à-dire que les facultés rationnelles ou les facultés régulatrices du mouvement vous semblent altérées; et même lorsque cette altération vous paraît être une conséquence, une réaction seconde de la maladie d’un autre organe, vous traitez celui-ci, certain de guérir par contre-coup le cerveau, si vous détruisez la cause de son mal là où elle est.
Or, je le répète, les sentiments troublent ou équilibrent, avant tout, la fonction générale d’assimilation, de communion de l'individu avec son non-moi, la fonction sympathique d’absorption et d’excrétion. A ce titre, je soutiens qu'ils affectent encore plus efficacement la peau que le cerveau, ne fût-ce que pour remettre par exagération cet insolent cerveau à sa place. Dieu merci, cette place est déjà bien belle, puisque c'est celle que
abs
j'attribue dans l’organisation sociale à la science, au pouvoir spirituel, noble pendant du pouvoir temporel, lesquels doivent tous deux leurs respects et leur amour au pouvoir MoraL qui les relie, qui les fait s'aimer et se respecter l’un l'autre etrse traiter en frères.
Le rôle du tronc à l’égard des deux extrémités, c’est, en termes figurés, le rôle du cœur à l'égard de l'esprit et des sens.
Ceci me ramène, par incident, à une considération que j'ai dû négliger quand je vous ai déjà parlé des sens, et que je peux aborder maintenant,
VII. — S 1. N'avons-nous que cinq sens ? Vous citez vous-même des physiologistes qui en veulent six, et qui placent ce sixième sens dans l'organe de la génération. C’est déjà quelque chose, mais ce n’est pas tout.
Vous avez de plus établi que chacun des cinq sens pouvait être considéré comme actif et passif. Ainsi, par exemple, voir et regarder, entendre et écouter, etc. Ceci est très-vrai, mais c’est une sous-division, c’est une application du dualisme actif et passif, dualisme qui s'applique à tout, même à des sens qui seraient spécialement passifs à l'égard d’autres qui seraient spécialement actifs, Comparés à ces sens passifs.
Je m'explique : la théorie de la sensation a dû faire nommer sens ce qui communique au moi passif les influences du non-moi actif; et c’est pour cela que ces sens eux-mêmes sont considérés bien plutôt comme onstruments passifs que comme agents actifs, quoiqu'ils aient cette double nature, étant vivants.
Mais on a évité de nommer sens {on n’y a pas même songé) ce qui communique spécialement au non-moi passif les influences du moi actif. Ainsi, on a le sens de l'audition, on n’a pas celui de la parole; on a le sens du son reçu et pas celui du son donné; on a l’ouïe, on n'a pas la voix. Cela me paraît malheureux pour la science de l’homme.
D'un autre côté, je crois qu’il est mal de confondre sous un même mot les phénomènes produits-par touchier et par étre touché, parce que ces deux phénomènes sont de natures tout à fait différentes, et que la main me paraît jouer, comme toucher par rapport à étre touché, un rôle semblable à celui de la bouche pour parler, par rapport à celui de l'oreille pour entendre; et je n’écoute guère plus les savants qui disent que le toucher appartient au corps entier, que le fanatique de musique qui s’écrie : Ces accents m'ont pénétré par tous les pores ! C’est vrai, absolument parlant, puisque cha que molécule vit, mais c’est une de ces erreurs scientifiques qui confondent et brouillent tout.
La main, les doigts particulièrement, sont faits spécialement et d’une façon merveilleuse pour toucher, comme l'oreille pour entendre, comme l'œil pour regarder, comme l'organe de la génération pour féconder ou étre fécondé, selon qu’il est mâle ou femelle. Mais féconder et être fécondé n’ont pas un même sens, idéologiquement parlant; ils n'appartiennent pas non plus à un même sens, matériellement parlant, ni à un même organe. L'opération fécondante marche du moi au non-moi, du dehors du moi actif au dedans du non-moi passif et le pénètre;
celui-ci, fécondé, devient actif à son tour; il élabore et il donne au grand non-moi passif sa création ; il met au monde un enfant,
Donc je dirais volontiers qu’il y a des sens et des organes éminemment actifs, et des sens et des organes éminemment passifs, et que la science fait des oublis très-graves et des confusions aussi graves, par suite de l'influence aveugle et despotique de la philosophie de la sensation. |
Quant aux oublis, je n’ai cité que la parole. Parler, c’est bien important; mais se mouvoir, c’est énorme. Rien n’est plus personnel, volontaire, actif, quoiqu'il y ait des mouvements involontairés et même des mouvements communiqués. Or se mouvoir n'est pas voir, sentir, goûter, entendre, toucher. Pourquoi la motilité ne serait-elle pas, ainsi que la parole, un sens actif, communiquant au non-moi passif l'influence du moi actif ? Pourquoi les muscles ne seraient-ils pas doués d’un sens, comme les nerfs? Allons plus loin, et n’ayons pas peur d'offusquer les délicats. Sécréter et excréter, en un seul mot digérer, donner au non-moi sa sueur, ses larmes, sa transpiration gazeuse, sa distillation liquide ou solide; chasser, expulser, éjaculer hors du moi la matière non assimilée ou désassimilée, et la livrer au non-moi, c’est une puissance vitale qui en vaut bien d’autres ; c’est l'expression d’une sensation interne, réagissant extérieurement; c’est, en un mot, un sens actif, poussant au dehors une foule de choses qui peuvent et même qui doivent être fort peu agréables aux sens passifs de l’homme, puisque celui-ci les chasse ;
qui blessent son goût, sa Vue, son tact, son odorat ou même son oreille, mais dont néanmoins l'expulsion lui est bonne, utile, nécessaire. Ces excrétions sont en ellesmêmes bonnes, utiles et je dirais même, pour queiquesunes , agréables, touchantes, délicieuses pour le nonmoi; par exemple, l’engrais pour la terre qu’on cultive, les larmes sur la main d’un père qu’on à blessé, le sperme dans les maternelles entrailles de la femme que l’on aime.
Et ne me dites pas qu’il est indécent, indélicat, indigne, d'élever au rang de sens le ramassis de toutes ces ordures ; je vous ferais répondre par tout chrétien, que vous n'êtes vous-même, dans votre digne face, dans votre noble cerveau, dans tous vos sens, dans tous vos organes, que pourriture.
Il est vrai, cette foi à la pourriture essentielle de la chair, du corps, a retardé bien longtemps le retour et les progrès de l’anatomie, de la physiologie et de la médecine. Le paganisme avait cultivé ces sciences, parce qu'il respectait, aimait et idolâtrait même la chair, le corps, la nature, sa puissance et ses exigences; mais la foi anticharnelle domine encore ces sciences, malgré le retour d'Hippocrate et d’Aristote lui-même, malgré le matérialisme du dernier siècle, parce que ce matérialisme impie, privé de Dieu et d’âme, ne pouvait pas parler de la chair sans blesser toute décence, toute pudeur, et était impuissant à parler saintement, même du plus divin mystère de la vie, la génération.
La science, matérialiste en fait, mais néanmoins imbue encore de la foi anticharnelle, s’est donc mis un
En À voile, a pris des circonlocutions, des détours pudiques, a éprouvé elle-même de prudes répugnances; elle s'est bouché le nez, les yeux, en bouchant le nez et les yeux à ses élèves; de sorte qu’elle a peu vu, mal senti, et nous à souvent trompés, en commençant par se tromper elle-même.