VOTRE BONHEUR PERSONNEL
Aucune jouissance n’égale celle de se sentir force virtuelle et de donner une impulsion harmonique aux dif-
férentes parties constituant la masse de la matière organisée, Salut physiologique.
M. OŒLSNER.
Relativement au compte à rendre des progrès de l'esprit humain, je me trouvais très-embarrassé; j'ai rencontré M. OElsner qui m’a tiré de peine ; voici le fait.
D’Alembert, dans son discours préliminaire de l’Encyclopédie ; Condorcet, dans son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, et à plus forte raison les auteurs subalternes, ont présenté le moyen âge comme une époque durant laquelle l'esprit humain a rétrogradé. Je ne voyais pas le moyen de faire disparaitre cette idée de rétrogradation, Je cherchais inutilement la manière de présenter les faits pour établir une série de progrès continus. M. OElsner, qui a remporté le premier prix donné par l’Institut au mémoire qui a le mieux analysé l'influence des travaux scientifiques des Arabes sur l'intelligence des Européens, m'a dit: Les Européens (formant l'avant-garde scientifique de l'espèce humaine) ont suivi la direction donnée par Socrate, jusqu'à l’époque où les Arabes ont imaginé de chercher les lois qui régissaient l’univers, en faisant abstraction de l’idée d’une cause animée le gouvernant, Les Arabes ont guidé l'esprit humain dans le pays des découvertes jusqu'au xv° siècle, époque à laquelle les Européens ont chassé les Arabes d'Espagne et les ont devancés en intelligence, par les efforts qu'ils ont faits pour découvrir une loi unique à laquelle l’univers fût soumis.
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J'ai compris l’idée de M. OElsner, mon travail le prouvera; mais avant de le produire il était de mon devoir d’honnête homme d’acquitter le tribut de reconnaissance que je dois à M. OElsner. C'est ce que je fais avec plaisir de cœur (1).
Je terminerai cette ébauche de préface en priant le lecteur de ne pas perdre de vue, pendant la lecture de cette première portion de mon travail, ainsi que dans celles que je lui communiquerai successivement :
1° Que ce travail n’est qu’une esquisse sur laquelle je lui demande son avis ;
% Que je suis convaincu qu’il existe des personnes infiniment plus en état que moi de mettre ce plan à exécution ; que je les invite à en prendre la direction, et que le plus beau jour de ma vie sera celui où ils primeront mes idées et où ils présenteront des conceptions plus claires que les miennes.
(1) Nous ne saurions trop engager le lecteur à apprécier la loyauté avec laquelle Saint-Simon reconnait et proclame les services scientifiques qui lui auraient été rendus par MM. Burdin, Bougon et (Œlsner. Personne au monde cependant n’a appris que les idées attribuées si libéralement par Saint-Simon à ces savants modestes aient été fécondées et mises au jour par eux.
On va voir bientôt, à l'égard de Vicq-d’Azyr, le même sentiment de reconnaissance se produire sous des formes plus excessives encore, Saint-Simon attribuant lui-même à Vicq-d’Azyr des idées dont cetillustre écrivain n’a jamais eu connaissance, et qui sont à peine en germe dans ses ouvrages.
Ces exemples sont de nature à faire réfléchir les hommes qui, au contraire, se sont emparés des idées de Saint-Simon et ont fait par elles leur fortune scientifique, politique ou industrielle, mais qui ont caché, troublé, sali la source de leurs propres succès, avec autant de déloyauté que d’ingratitude. PRES .
3° Qu’aucune des questions que je traite ne peut avoir ni entraîner aucun inconvénient, puisque mon ouvrage ne sera point imprimé;
h° Que les idées contenues dans cette préface, qui lui paraîtront obscures, seront éclaircies dans le cours de mon travail, consacré à leur développement,
J'entre en matière. C’est au nom de Vicq-d’Azyr que je parlerai dans cette première portion de mon travail. C’est lui qui a posé les premiers termes de la série ; toute la série doit être en son nom.