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SUITE, LA TEMPÉRANCE

La tempérance esl un équilibre entre les passions, entre les satisfactions que Pagent raisonnable permet aux passions ; une limitation des biens de la sensibilité ou de Timagination aux termes voulus pour que les biens essentiels de la vie se conservent et se développent. Cette vertu, comme la prudence, dont elle n'est guère queTapplicationàune sphère spéciale, semblerait devoir emprunter ses éléments à la connaissance de l'ordre de& fonctions humaines et du milieu naturel où elles s'exercent. Mais le milieu social s'ajoute au milieu naturel et, selon qu'il se détermine, influe à tel point par les lois de la solidarité sur les conditions et sur les jugements mêmes de Tagent, que la tempérance se réduit presque toute pour lui à la coutume^ ou que du moins il cesse d'en poser rationnellement les règles et les limites.

L'exemple, l'éducation, l'honneur, l'habitude laissent quelque chose à faire sans doute à la force morale, quand il s'agit d'éviter des excès que les sociétés policées réprouvent, et auxquels un si grand nombre de leurs membres s'abandonnent ; maisles mêmes mobiles agissent, et avec une efficacité presque universelle et souveraine cette fois, pour empêcher que la tempérance des individus ne se soumette à des lois rationnelles trop strictes et sévères. Les religions obtiennent seules des résultats, grâce à des groupes sociaux particuliers qu'elles organisent, mais c'est alors pour obéir aux inspirations de la dévotion, non pour appliquer les lois de la raison. Il s'ensuit de là que nous ne savons même plus bien ce que cet empire exigerait, etque la tempérance devient une vertu toute relative. Il faut vivre un peu comme les autres, dit-on, et ne point former caste s'il est possible. C'est en formant caste, pourtant, que d'anciennes sociétés ont échappé à telles ou telles cou-

tûmes de vie basse et honteuse et d'alîmentatîon dégradante. Et qui pourrait afTirmer de bonne foi, aprèsT avoir bien réfléchi, que notre manière actuelle de vivre ne sera pas jugée condamnable aux yeux de la raison, en bien des points, par des hommes nos successeurs, mieux placés que nous pour consulter la conscience sans partialité ni éblouissement ?

Mais de même qu'il fut des temps où c'eût été renoncer à la société même que ne point participer à certaines religions et à leurs sacrifices, ainsi aujourd'hui, quoique à un moindre degré, certaines lois de tempérance quon observerait rendraient la vie sociale difBcile, et pourraient même être contraires à Taccomplissement des fonctions et des devoirs tels qu'ils sont et qu'on est obligé de les comprendre. En cet état de choses, et supposé qu'il soit établi que la tempérance rationnelle exige d'autres habitudes et d'autres abstentions que n'en prescrivent la tempérance usuelle et les jug-ements et obligations du monde, la seule solution morale qui puisse être donnée de la difficulté, c'est que la première tempérance est la vertu même, tandis que h seconde est un droit dont les individus sont libres d'user à raison des conditions que leur fait la société, et d'ailleurs sous des réserves analogues à celles qui entourent les autres droits du même genre.

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