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PASSIONS EXCITÉES PAR DES IDÉES, PASSIONS RELIGIEUSES

quand on les sépare de plusieurs autres et communes qui les accompagnent.

Il faut entendre par passion religieuse, en général, celle qui naît à la suite du travail de la pensée el du mouvement de la croyance, quand nous rapportons des phénomènes de l'univers, des biens et des maux qui nous touchent et sont indépendants de notre volonté, à des causes invisibles où git un principe dUntention. Cette supposition d^ntentionnalité, cette application de la catégorie de finalité au monde externe, peut prendre les formes les plus particulières et les plus puériles, ou s'élever davantage, ou enfin s'universaliser et, pour ainsi dire, s'abstraire, se réduire à l'affirmation d'un ordre inconnu régissant toutes choses, hors nos volontés, ou nos volontés même comprises. Quoi qu'il en soit, on la trouve toujours inhérente, dans un degré quelconque, et à tout ce qu^on appelle religion, et à toutes les doctrines auxquelles il est permis d'attribuer la moindre mesure du sentiment religieux. Les passions religieuses par excellence sont assurément celles où le désir et l'aversion, l'espérance et la crainte, la joie et la tristesse sont le plus particulièrement excitées par la représentation de ce que nous imaginons pouvoir être des causes de bien et de mal pour nous, pour notre vie et pour notre destinée plus étendue que la vie. Mais il faut savoir aussi discerner ce que ces passions ont de spécifique et de fondé sur la nature de l'homme et sur le problème du monde, et qui continue de les soutenir après que la science a dissipé beaucoup de fantômes et afiaibli le penchant aux affirmations arbitraires.

Si nous cherchons à dégager les éléments >clairs et nets de la passion religieuse en suivant les modes de classification et d'opposition déjà appliqués à d'autres passions, et si d'ailleurs nous considérons l'homme rationnel et moral dans lequel celle-ci se fixe, nous constaterons d'abord la tendance à transporter de la conscience au monde l'idée générale du bien moral, la clairvoyance des causes, et par suite à y fixer une sanc-

tion du devoir, une suprême garantie de la justice. La passion à ce degré de pureté sera, je crois, bien nommée du nom même de religion ou à'amour de Dieu, en tant que nous désirons et que nous aimons un ordre ainsi conçu.

La morale, ou plus généralement la distinction du bien et du mal, étant une condition, un élément de la génération de Tidée religieuse, il est clair que selon que les notions de bien et de devoir seront justes ou fausses, pures ou corrompues, et les notions dWdre divin et de divinité nobles ou basses en conséquence, la nature de la religion variera, et les développements de cette passion offriront les traits les plus divers, jusqu'à en rendre le principe entièrement méconnaissable.

Si au lieu de déterminer les idées de finalité et de sanction comme nous venons de le faire, nous descendons aux intérêts particuliers de Fagent passionnel en tant qu'ils pourraient être affectés par l'action de puissances invisibles, et si en même temps nous arrêtons les idées obscures des hommes touchant la divinité, dans le sens de la crainte, de la terreur et de l'enchaînement imaginaire à des devoirs que la raison et la pure conscience ne connaîtraient point, nous avons en place de la religion sentie philosophiquement, la religion conforme à l'étymologie latine (reliçio a religare^, par suite la superstition \ et ce que nous appelions l'amour de Dieu est nécessairement remplacé par cette espèce d'effroi et de tremblement, pareille à Taversion des ténèbres, en présence de l'obscurité sacrée des choses divines. L'homme religieux s'approche d'autant plus de ces dernières affections, et s'éloigne des autres qu'il fait plus descendre l'action de ses dieux à la sphère de son utilité propre ou de l'utilité de sa patrie. Il n'y saurait joindre encore de l'amour qu'en considération des services que ses dieux lui ont rendus. Les passions religieuses deviennent toutes semblables aux passions communes des relations humaines, à l'objet près qui est différent et imaginaire. Toute la partie des affections sociales désintéressées en est naturellement absente.

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