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LES VERTUS ET LES VICES. LEURS RAPPORTS AVEC LE DROIT

L'énumération et la classification des vertus sont une oeuvre étrangère à la science de la morale, car la plupart d'entre elles naissent des relations empiriques des hommes, aussi bien que les vices leurs contraires. Cette science est toute fondée sur les relations de théorie, et ne supposant rien de l'existence du mal moral et de ses. conséquences, hormis leur simple possibilité, elle fait •envisager la vertu dans la pleine possession et le constant usage de la raison en toutes les circonstances. Sous ce point de vue, la vertu est une, essentiellement, comme l'agent raisonnable est un ; si nous la divisons pour l'analyse, c'est de même que nous divisons l'homme en ses fonctions. Considérons-nous la volonté qui maintient la direction des actes, ou l'intelligence qui apprécie les rapports et les lois de subordination des biens, ou la sensibilité et les passions qui donnent à de certains biens un poids spontanément prépondérant et contre lequel il faut souvent lutter, nous avons la force, la prudence, la tempérance, trois vertus en une, dont se compose ce qu'on pourrait nommer la loi morale personnelle. Puis, passant aux relations réciproques, nous trouvons la justice, ou loi morale interpersonnelle, pour répondre aux problèmes généraux de l'ordre social. Il

n'est pas étonnant que cette ancienne division, bien ou mal appuyée d'ailleurs et accompagnée de définitions plus ou moins réussies, ait été presque universellement acceptée et employée dans les doctrines les plus diverses, quand elle exprime si exactement Tidée même de la raison appliquée à la conduite de la vie.

Les habitudes contraires de ces vertus sont des vices, sans difficulté, et demeurent toujours tels, ainsi que les vertus demeurent toujours des vertus, quelques circonstances de lieu, de temps et de milieu qu^on imagine. Il en est autrement des vertus et vices plus particuliers, attendu qu'ils prennent naissance dans l'ordre complexe des passions, sous la donnée effective et non plus seulement possible du mal moral. Le système de classification d'Aristote, quoique justement critiqué (V. cidessus chap. Lviii), qui présente chaque vertu comme une station moyenne entre deux vices, a son origine dans ce fait, que Tordre pratique des relations humaines et Tusage du droit sont divergents de la morale pure et conduisent à introduire dans l'idée de vertu les notions d'excès et de défaut qui n'y entreraient nullement sous la loi de la raison pure. Nous avons vu comment les vertus primordiales sont altérées ; il nous reste à parler brièvement des autres vertus pour les rattacher aux passions dont elles sont des dépendances.

Toute habitude passionnelle est une vertu, quand la passion qui la soutient contre des passions contraires après avoir longtemps agi pour la produire, est en plein accord avec la raison, avéfr la volonté délibérée, avec la loi morale ; non que la passion puisse être vertueuse en elle-même, mais parce qu'elle contracte en ce cas, de l'intime union des fonctions humaines, les caractères des vertus principales qui inspireraient les mêmes actes qu'elle inspire; ou encore parce qu'elle supplée ces dernières à l'égard de telles ou telles catégories d'actions, et, étant approuvée delà vertu, la représente dans l'ordre des affections et la fait en quelque sorte entrer dans la spontanéité de la nature.

Les habitudes passionnelles contraires des précé-

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