LES VERTUS ET LES VICES
dentés, ou qui seraient réprouvées par la conscience et combattues par la raison, autant que consultée, sont à leur tour des vices, car elles inspirent des actes opposés à ceux que produiraient les vertus principales appliquées aux mêmes circonstances, et forment une sorte d'établissement naturel, sous la forme affective, du vice proprement dit et principal qui consisterait à manquer actuellement de force, de prudence, de tempérance ou •de justice, à Tégard d'une certaine classe d'actes libres.
D'après cela, si nous reprenons les séries des passions telles que nous les avons définies, nous remar- <juerons aussitôt que foutes les espèces du genre désir ^ui concernent les rapports des agents passionnels entre eux ou les rapports de l'agent avec lui-même ■(chap. Lxiii et lxiv) sont de soi et simplement bonnes et morales, et que les espèces du genre de l'aversion, dans les mêmes cas, sont de soi et simplement mauvaises et immorales, ainsi que nous l'avons fait observer. Les premières peuvent donc être considérées tîomme des vertus; exemples : la sociabilité, l'amitié, la bienveillance, l'amour-propre, etc. ; et les autres <;omme des vices ; exemples, la haine, la malveillance, l'envie, etc. Mais les phénomènes de la guerre et le droit qui s'ensuit, avec le principe de conservation de l'agent, viennent rendre excusable ce qui ne Teùt point été sans cela, et blâmable en un sens ce qu'il n'eût fallu que louer. Il arrive ainsi que des vertus, telles que la générosité, la modestie, l'inclination à bien faire semblent susceptibles d'excès et reçoivent des noms différents en conséquence de ce point de vue. De même des vices, tels que l'avarice, l'orgueil, la répugnance à bien faire, prennent d'autres noms sous lesquels on se prête à voir des penchants qu'on ne condamne point, ou plutôt qu'on recommande. Le droit né de la guerre opère ce changement, en signe d'illégitimité première et fondamentale duquel il n'est pas possible de faire entrer les vertus et vices de cet ordre dans la morale comme science et de les définir simplement, généralement, ri-
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goureusement. La légitimité de la passion et de Tacle est alors un pur phénomène pratique, appréciable seulement quant à la pratique, les éléments et les causes n^en appartenant pas à la nature rationnelle intacte oa théorique.
On a vu qu'il en est des émotions et des sentiments comme des penchants. Non seulement Témotion doil être surveillée, de quelque nature qu'elle soit, en qualité de phénomène irréfléchi qui doit subir aussitôt que possible l'empire de la réflexion : ceci est du ressort de la morale ; mais les émotions de sympathie et d'antipathie, celles aussi qui se lient à nos actes selon que nous avons conscience de faire le bien ou le mal cessent de marquer universellement les unes le juste, les autres l'injuste, dès qu'elles se produisent à la rencontre de phénomènes où la justice est altérée par le fait de la disposition des autres agents et, en un molj de la guerre. Or ceci réclame un surcroît de réflexion et des jugements délicats dont la matière est coiîiplexe- Nos sentiments de joie et de contentement seraient de même toujours bons, la tristesse et le mécontentement seraient à condamner sans réserve; mais le jugement pratique est tenu de rendre d'autres arrêts, à cause de la perversion des relations humaines comparées avec la nature rationnelle de l'homme.
Les passions qui se définissent par l'application delà probabilité aux biens et aux maux possibles et plus ou moins attendus reçoivent, quant à leur valeur morale, une atteinte pareille aux précédentes. L'espérance n'est pas simplement et universellement une vertu, dans les choses dépendantes de la volonté d'autrui, ni la quiétude excellente, ni l'entraînement sans danger et sans excès, si parfait qu'en soit le motif, lorsqu'il faut compter avec les déterminations des autres hommes ; et la crainte, l'inquiétude et l'abattement ne sont pas des délits moraux ou des vices, comme ils le seraient si l'avenir ne pouvait contenir pour nous que des phénomènes aussi irréprochables devant la justice que nos propres déterminations le doivent être, et que nous