THÈSE DU CONTRAT SOCIAL. RÉSUMÉ. DÉFINITIONS
Les droits, dans Tordre de Thistoire, procèdent, on Ta vu, du droit de défense convenablement défini et généralisé. Ils se développent et trouvent en même temps des garanties dans l'association, mais dans une association contrainte par le fait encore plus que libre. La convention sociale doit s'entendre, non pas sans doute comme réelle historiquement, mais comme supposée en vertu de la raison qui la conçoit et qui travaille incessamment à la dégager des faits. Elle est donnée d'une manière implicite, autant qu'existe la raison ; elle se formule plus ou moins imparfaitement et partiellement à travers toutes sortes de voies d'habitude et de contrainte acquise ou renouvelée. Cette société empirique garantit une certaine observation des devoirs de chacun, soit une certaine obtention des droits de chacun vis-à-vis d'autrui; mais comme la garantie manque elle-même de garantie dans ses formes nécessaires, il arrive que la puissance sociale est à craindre pour chacun et peut s'exercer injustement. De là, des droits doivent être réservés contre la société même, à raison du droit général de la défense d'où tout émane ; en sorte qu'il faut ajouter à la fiction
et à la réalité du contrat social cette autre fiction et cette autre réalité de la conservation stipulée de droits personnels, individuels, et tout particulièrement du droit de chacun d'agir dans une mesure quelconque avec la société, ou sans elle ou contre elle et pour en modifier au besoin les conditions (chap. lx).
On a vu d^ailleurs le droit historique, ou ce que nous appelons maintenant le droit tout court, introduire un élément de contrainte extérieure dans la notion d'échange libre et rationnel des deux termes de la justice, le droit et le devoir; se confondre de cette manière avec des idées de direction et de correction de la volonté par le moyen d'autres volontés, contraignantes s'il le faut; se définir, d'une part, ce que chacun peut invoquer contre tout autre ou revendiquer d'un autre et de la société môme, et s'il y a lieu par la force, et, d'une autre part, ce que la société, c'est-à-dire tous peuvent de même invoquer contre chacun, obliger chacun à faire ou à supporter (chap. lu).
Nous plaçant au point de vue de la personne, nous trouvons ainsi que tout droit pour elle est une liberté, un franc exercice de ses déterminations extérieures, et cela dans les choses qui sont du ressort d'autrui, non moins que dans celles qui dépendraient d'elle seule : cette liberté devient donc en partie une autorité, surtout en tant que la puissance commune ou collective en avoue l'existence et en procure les moyens. Nous plaçant au point de vue social, tout droit commun nous parait une autorité, quelque chose qui impose moralement et au besoin matériellement aux individus des actes déterminés à faire ou à subir ; mais cette autorité devient une liberté, en tant qu'elle profite à l'action libre d'une personne vis-à-vis des autres quelconques, en tant aussi qu'elle emprunte à cette personne une part, un élément intégrant de la puissance totale. Si la liberté et l'autorité s'accordaient aussi bien qu'elles se mêlent et fonctionnent l'une dans l'autre, l'une par l'autre, tout problème de droit serait implicitement résolu.