LB DROIT QUANT AUX RAPPORTS SEXUELS
qu'ils sont. Donnons à la vertu qui l'observe le nom de chasteté.
Nous ne saurions voir alors en quoi la relation sexuelle pourrait se trouver n'être pas morale, ni comment il serait néc^essaire d'y joindre la volonté expresse de la faire servir à la fin de la procréation. Serait-ce que le pur plaisir est condamnable? Nous avons vu que Têtre sensible et passionnel le poursuit comme élément du bonheur : un tel mobile n'a rien d'illégitime, dès qu'il est limité et réglé par la raison (V. chap. xxxii). Nous le supposons d'ailleurs relevé, ennobli par l'admiration et par la tendresse. Serait-ce que l'enivrement particulier qui l'accompagne ofiFre des dangers, apporte des illusions et des tentations, conduit à la paresse et à l'oubli du devoir? Mais le danger est partout dans la vie sensible ; la raison est pour s'en défendre, non pourensupprimerles causes qui sontcette vie même, je dis cette vie sensible en son idéal. Si donc il n'y a pas d'autre objection, il faut conclure, sans craindre de rappeler un mot ignoble, que la fornication n'est point ce que la théologie voulait, le nom d'un acte naturel qui n'étant ni beau ni bon à le prendre en luimême aurait besoin d'être légitimé par autre chose, mais bien le nom d'une flétrissure imprimée à cet acte par des hommes d'imagination salie et de mœurs brutales. Nous devons réprouver seulement quand elles sont accomplies en violation de devoirs formels ces œuvres de chair qui de leur nature entraînent beaucoup de conséquences.
Toutefois la sévérité religieuse et philosophique oppose un autre argument : le but de la nature, la nécessité morale de ne le jamais perdre de vue. Il est vrai que l'agent moral ne doit point oublier une fin réalisable avec ou sans sa volonté, et dont la possibilité lui impose des devoirs actuels à cause de devoirs contingents qu'il prévoit. De là une condition que j'ai énoncée et un élément du contrat dont je parlerai bientôt. Mais est-ce un devoir de se proposer le but et rien que le but dans l'acte, par cela seul que la nature
n fait de cet acte un moyen? Je ne le vois point. La naluro même, si tant est que la morale dût ici s'en remettre il elle, n'a nullement assujetti la passion et ses effets à ïn présence et à la connaissance du but par l'agent. Elle a donc justifié le moyen seul, autant qu'elle est ivipable de justifier quelque chose. La morale n'est pas si aveugle. Tout à l'heure, le moyen passait devant la fin sans que celle-ci fût seulement soupçonnée; à présent il faut penser à cette fin. Mais y penser, ce Ti*est pas y tendre exclusivement et toujours. L'acte t'tant bon de lui-même, sous les réserves indiquées, il ne saurait devenir immoral que par la violation des conditions, entre lesquelles est comptée la prévoyance humaine du but de la nature,
La question préalable se trouvant ainsi vidée, il faut aborder le contrat des sexes, c'est-à-dire cette part de volonté et de convention mutuelle qui peut entrer dans liHir relation propre. Deux éléments de promesse y sont à considérer : d'abord un serment de fidélité par 1* quel la personne peut s'engager elle-même dans ce ^[irelle a de plus sien et de plus intime; ensuite un stirment d'assistance portant sur la peine à prendre, sur 11' travail à partager, sur les biens acquis ou à acquérir, u.Hsurant à chacun des époux et à leurs enfants au nom (le lous deux un degré de communauté et une part de soins au-dessus de ce qu'ils attendraient de tout autre gonre de société humaine et plus étendue.
Il faut se demander d'abord, au sujet de la promesse de fidélité, si elle est moralement possible. Il est certain qu'elle ne le serait point si le serment devait engager la personne quant à ses passions autres qu^actuellement tlr-clarées, quant à des états futurs qu'il n'est pas enlibrement en son pouvoir de produire ou de prévenir. Mais on peut promettre des efforts, un travail de la liberté. On peut surtout s'obliger en s'interdisant de icrtains actes déterminés, car on ne promet alors rien f|in ne vous appartienne ou à l'égard de quoi l'on ne [ïiiisse apprécier dès à présent la puissance qu'on H*Littribue.