LE DROIT EQUANT AUX RAPPORTS SEXUELS
La légitimité des engagements ne fait point question^ en ce qui touche ou des objets matériels disponibles ou le travail quelconque dont le devoir est assumé. C'est là effectivement la matière ordinaire des contrats^ laquelle n'est restreinte que par des engagements antérieurs ou qui résultent d'un état de choses donné ou prévoyable.
Mais la légitimité n'entraîne pas la nécessité morale. Interrogeons-nous sur cette dernière. Parmi les conditions imposées ci-dessus à la relation sexuelle, nous avons trouvé la justice. La justice exige-t-elle formellement une promesse de fidélité de part ou d'autre? Oui, si la promesse est réclamée par l'un, et ne porte que sur le possible; non, dans le cas contraire, car on ne voit point alors ce qui pourrait vicier la relation à cet égard. Mais il faut observer qu'en fait et communément, il ressort des circonstances d'une relation chaste un penchant à la promesse, chez chacun, et par suite, chez Tun, une disposition à tenir l'autre pour engagé. La délicatesse empêchera peut-être une stipulation proprement dite ; l'amour dictera des paroles qui y équivalent. Les choses étant ainsi, il est clair que la morale exige, pour justifier une relation sexuelle sans promesse de fidélité,, qu'il soit suffisamment entendu des deux parts que la promesse n'est point faite.
Quant à la promesse d'assistance mutuelle, à ne considérer pas encore les enfants, elle nous paraîtra moins nécessaire peut-être en soi que la précédente, quelque naturelle et légitime que nous la reconnaissions d'ailleurs. Rien n'y est contenu qui intéresse la moralité de la relation, ou dont l'absence puisse altérer celle-ci. Mais, comme précédemment et pour la même raison, il faut, si la promesse n'existe point, qu'elle ne soil point supposée, qu'elle ne doive pas l'être, qu'elle ne résulte pas, lorsque rien n'en est dit, des circonstances et de l'attente implicite qu'elles font naître. En d'autres termes, une sorte de convention est moralement nécessaire pour prévenir toute erreur au sujet d'une autre
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convention qui serait de nature à se supposer dans un cas donné.
Reste la nécessité de la promesse, quant aux enfants qui proviendraient de Tunion quelle qu'elle soit, ici Tobligation existe pleine et entière et doit être toujours en vue. Nul des deux n'en peut dégager l'autre, parce qu'elle est pour chacun un devoir envers soi-même et envers les êtres faibles qu'il sait pouvoir lui être donnés et dont il ne lui est pas possible de se dire indépendant et irresponsable. C'est aussi un devoir mutuel inévitablement contracté dans l'union^ car il ne serait pas juste qu'un seul assumât le devoir de tous deux; ni raisonnable, actuellement le pût-il, puisqu'il n'est pas maître de l'avenir. Je suppose, on le voit, que le devoir n'incombe pas essentiellement à la société générale, comme quelques systèmes le voudraient. En eflfet, la société peut bien se charger d'une part quelconque de responsabilité^ par hypothèse, et sauf à s'investir de droits correspondants pour réglementer les unions. Mais ce qu'elle ne peut pas, c'est d'affranchir des agents libres des devoirs attachés au fond et indépendamment d'elle à l'exercice de leur liberté, alors même qu'elle en ferait disparaître en partie l'application utile. Or je considère des agents libres, et on remarquera d'ailleurs qu'au nombre de leurs devoirs, de ceux qui nous occupent ici, il y en a d'entièrement personnels et que d'autres que les parents ne peuvent en aucune manière remplir vis-à-vis des enfants.
Ainsi la morale envisage en toute union une convention formelle ou tacite, mais qui oblige toujours et qui porte sur des points, l'un nécessaire absolument, les autres plus libres, mais sur lesquels il faut au moins n'être pas trompé. 11 résulte de là que plus le contrat sera explicite et net, plus sûrement la justice sera satisfaite. Cette conséquence générale pouvait se prévoir. L'usage constant de la raison est pour l'agent raisonnable un devoir enveloppant les autres devoirs. Comment celui-là ne serait-il pas à sa place, quand il s'agit d'un acte qui implique dans le présent et dans l'avenir