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LA SOLIDARITÉ PERSONNELLE ET LA DOCTRINE DES MOEURS

présent à la pensée de la personne, et certainement il l'est, il ne l'est pourtant pas à l'état pur et inaltéré. Alors même que l'ignorance en toutes choses de l'agent, supposé à son origine, permettrait de lui prêter un idéal pur, ce ne serait qu'eu égard à la vertu, non à la connaissance. Mais aussitôt que l'origine est dépassée, une faute grave commise, les actes et leurs conséquences tendent à altérer l'idéal à l'égard de la vertu même. Après un temps écoulé, une révolution est accomplie.

Il nous est toujours permis de supposer que l'agent demeure ou redevient assez fidèle à la pensée du bien, selon sa nature, pour conserver l'essence de l'idéal : sans cela nous sortirions du domaine de la raison et de ia moralité, qui est celui de notre étude. Il n'est pas moins vrai que la personne morale, considérée maintenant dans le champ de l'expérience, a éprouvé une chute quelconque. Elle appartient à l'histoire et non plus seulement à la science. Historiquement, elle ne peut plus que descendre ou monter, et elle peut descendre très bas. Elle peut s'avilir par ses fautes, se dégrader, s'appesantir, s'abrutir, perdre jusqu'à la ionscience de ce qu'elle a perdu.

Dans la descente, la liberté fléchit et diminue. Ce n'est pas à dire que la liberté prise en elle-même puisse exister plus ou moins, car il faut qu'elle existe ou n'existe pas, et, de fait, l'agent en conserve toujours la représentation, mais pour en faire un moindre usage et des applications moins fermes et moins constantes. Sa puissance de réflexion ne s'exerçant pas semble diminuer, et il prend l'habitude, au lieu de délibérer, de céder à ses impressions actuelles quelconques, au lieu d'appeler à sa pensée le pour et le contre des biens et des motifs éloignés ou présents qui l'intéressent, de précipiter le passage de la représentation quelconque au jugement et du jugement à Tacte.

La diminution de la liberté ainsi entendue fait la place de ce que j'appelle la solidarité personnelle. De même, en efi*et, qu'il arrive nécessairement à la per-

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sonne morale de subir une solidarité plus ou moins étroite avec les phénomènes moraux de son milieu, ce qui sera pour nous le sujet d'analyses ultérieures, de même il^est inévitable qu'ayant en soi un principe de stabilité joint à un principe de changement, soit dans ses passions, soit aussi dans sa volonté, elle subisse la loi de solidarité par rapport à elle-même.

La solidarité personnelle est double. D'une part, selon que la personne s'est déterminée volontairement dans le passé, elle veut encore se déterminer dans ravenir,îafin de conserver un ordre mental et un esprit de conséquence, sans lesquels elle verrait sa propre identité compromise. Et cette louable tendance est ensuite confirmée par des vices acquis, surtout par l'inertie et la paresse. D'une autre part, la nature morale acquise devient, en vertu des phénomènes de l'habitude, un élément inconscient des déterminations de la personne actuelle. Il ne faut pas moins qu'une liberté toujours en éveil pour diminuer, je ne dis pas pour supprimer, car on l'espérerait en vain, cette part de solidarité involontaire dans les faits de conscience.

Nous arrivons de cette manière à comprendre la transformation de la vertu actuelle et pour ainsi dire militante, telle qu'elle nous était apparue d'abord, et de la faute actuelle, Tune en vertu proprement dite, l'autre en vice. La vertu et le vice ainsi déduits sont des habitudes morales. La première de ces habitudes, et qu'on pourrait dire fondamentale, en ce qu'elle est la puissance d'exercice de la raison pratique, c'est la Force, entrée pour ainsi dire au nombre des facultés que l'agent reçoit, et non plus seulement qu'il se donne : l'activité devenue un état et comme quelque chose de passif en lui. Mais qu'il ne s'y trompe point: au fond, il se Test donnée ou se la donne encore, par le fait seul qu'il la conserve et la défend des atteintes de tant d'autres et plus faciles habitudes.

Expliquer la naissance et la formation du vice et des diflFérents vices contraires aux vertus que j'ai énumé-

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