‹ Science de la moraleChapitre 19 sur 147 · LA SOLIDARITÉ PERSONNELLE ET LA DOCTRINE DBS MOEURS · texte numérisé non relu

LA SOLIDARITÉ PERSONNELLE ET LA DOCTRINE DBS MOEURS

rées, ce serait aborder une matière que les moralistes ont traitée abondamment. Suivant la division simple à laquelle je m'attache jusqu'ici, la paresse, la démence et la débauche seraient peut-être les noms les plus convenables des états vicieux à opposer aux états àe force, de sagesse et de tempérance, et il n'y aurait pas grand profit à en étudier les formes dans Tagent isolé ; mais je reprendrai ailleurs ce sujet sous un point de vue plus utile et plus neuf en traitant des passions et de leurs modifications dans le milieu social.

Quant à la transformation et à Faccomplissement de la vertu dans l'habitude, j'insisterai sur ce que la force est et reste toujours la vertu par excellence. La tempérance n'est guère, on l'a vu, que l'application des deux autres vertus aux phénomènes de la sensibilité et des passions. La prudence ou sagesse, si on la prenait au sens le plus étroit et le plus conforme au langage vulgaire, ne désignerait que la saine conduite de l'esprit dans les circonstances ordinaires de la vie et relativement aux intérêts, surtout matériels. Entendue plus généralement et comme vertu exclusivement intellective, et considérée seule, elle mériterait à peine ce nom de vertu, car la connaissance en elle-même ne saurait être imposée à Tagent moral : on ne doit exiger de lui que le droit usage des connaissances qu'il a. C'est donc toujours à la force renfermant réflexion, délibération et liberté, possession de soi, direction de soi, qu'il faut revenir pour comprendre toutes les autres vertus comme telles ; et c'est cette vertu unique qui, d'abord élémentaire et présente, on peut abstractivement le supposer, à un seul moment de la vie, dans la suspension de l'agent raisonnable entre le passé et l'avenir, entre des biens divers et opposés, en regard de l'idéal, fait son œuvre, s'établit, s'étend, de puissance qu'elle était devient acte constant, et engendre constamment les autres vertus en s'appliquant à la conduite des fonctions humaines au travers des données de l'expérience.

Dans l'ascension comme dans la descente de l'agent

iàS

SPHÈRE ÉLéMENTAIRE DE LA MORALE

moral, la liberté représentative tend donc à diminuer, selon le sens que j'ai expliqué. Elle ne doit et ne peut pourtant jamais s'abandonner elle-même, parce que la progression de la puissance à Tacte ne saurait s'évanouir, si ce n'est dans l'idiotisme, limite extrême du vice, ou dans la sainteté, hors du domaine des faits.

Maintenant je restituerai progressivement le milieu dont j'ai dû faire abstraction pour étudier dans Tagent raisonnable isolé la sphère élémentaire de la moralité.

L AGENT BAISONNABLE ET LA NATURE. LOI DE RESPECT 2g

DEUXIÈME SECTION

Page 1