‹ Science de la moraleChapitre 27 sur 147 · PROBLÈMES AJOURNÉS · texte numérisé non relu

PROBLÈMES AJOURNÉS

Après avoir pris dans le concept de Tagent raisonnable, aussi abstrait que possible, le point de départ et le premier sujet de la science de la morale, j'ai restitué progressivement le milieu et les éléments qui composent une sphère moyenne de la moralité, savoir celle où paraissent des rapports avec le monde externe^ sans que Tagent soit mis encore en relation avec des semblables. Je crois être parvenu à circonscrire et à traiter ainsi tout un ordre de questions, en ne portant Tabstraction qu'au degré que la méthode rationnelle exige, et en considérant chez Thomme ces données claires et réelles de sa nature qui assurément se modifient quand elles s'appliquent au milieu des relations humaines et des conditions historiques, mais ne sont pour cela ni détruites ni altérées dans leur essence ^

Je dois entrer maintenant dans la sphère supérieure où Fhomme est en rapport avec l'homme, et où parait la loi de justice. Mais cette sphère est éminemment la société, la cité, et il conviendrait, ce semble, avant de l'aborder de traiter d'un état intermédiaire, formé par les relations de famille. On pourrait même penser que l'ordre logique du sujet demande que les rapports de l'ordre économique, non seulement familial mais public, soient examinés avant ceux qui mènent directement à la politique et à la notion de l'Etat. Je ne saurais me placer à ce point de vue.

Il faut remarquer que si les rapports économiques des hommes donnentlieu à des problèmes particuliers, suscités par la subordination où peuvent les placer les uns-

I. Ce que cette méthode peut avoir d'inconvénients sinon en elle-même^ au moins pour ^intelligence de ma pensée tout entière, sera écarté pour le lecteur qui voudra bien recourir à mon Introduction à la philosophie analytique de l'histoire ; là j'ai considéré l'agent moral non seulement en soi, mais surtout sous l'empire de la loi de solidarité.

Science de la mobalb, I. 4 "^

5a SPHÈRE MOYEIflfB DE LA MORALE

par rapport aux autres les conditions de la production et du commerce des richesses, d'une autre part toutes les questions de ce genre sont dominées et par la théorie des contrats et du droit positif, et par celle du droit naturel. On doit donc premièrement se rendre compte de la loi la plus universelle des rapports humains, étudier la justice.

Puisque la relation porte logiquement sur Thomme, ou être raisonnable, avant de porter sur Thomme dans telles ou telles conditions d'association et de uiilieu, c*est la relation en général qui est à déterminer tout d'abord. Cette règle est applicable aux rapports de famille. Ils sont en effet de deux espèces ; les uns procèdent de la différence des sexes, et les autres de ce que les enfants ne sont pas encore des personnes morales accomplies et pleinement responsables. Quant aux sexes, la femme étant membre de Thumanilé et de la raison, ce que ne contestent pas les moralistes qui attachent le plus d'importance à la particularité habituelle de ses aptitudes, il est clair que Tidentité de nature doit entraîner la parité des devoirs généraux, lesquels priment nécessairement ceux qui résultent de la séparation sexuelle et de la vie de famille. Commençons donc par déterminer ces premiers devoirs. Quant aux enfants, s'ils ne possèdent pas en acte toute la raison de Thomme, ils la possèdent en puissance ; ils y participent graduellement et se développent pour l'atteindre. Par conséquent, les devoirs, ceux des parents, les seuls où l'idée du devoir soit nette et entière, ceux des enfants, qui tendent à se définir dans leurs consciences où ils constituent des formes de moralité imparfaite et mixte, ne peuvent point être connus et déterminés par la seule considération des choses en cet état de devenir et des rapports particuliers de la vie de famille. H faut de plus s'enquérir de ce qui sera finalement et de ce qui doit être. Et attendu que la loi générale des relations, ou la justice, est ainsi celle à laquelle tout converge, il faut que la science lui donne le pas sur les autres.

LA RELATION RÉCIPROQUE 5l

TROISIÈME SECTION

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