‹ Science de la moraleChapitre 29 sur 147 · LA RELATION RECIPROQUE · texte numérisé non relu

LA RELATION RECIPROQUE

on trouvera qu'îl y aurait vice logique à supposer qu*on se sent moralement obligé à quelque chose par Teffet <l*une relation externe, quelle qu'on se la représente, et à ne point supposer, allant plus au fond, qu'on se sent obligé envers soi à faire la chose à laquelle on se sent obligé en vertu de la relation externe. La nature raisonnable et morale de l'agent est au fond de tout ; il faut que tout s'y ramène. Il n'est pas moins vrai que le devoir envers autrui a quelque chose de profondément caractéristique.

Rappelons-nous les devoirs envers soi, tels que nous les avons déduits. Quand ils ont revêtu, sous les noms de respect et de bonté, le caractère de devoirs envers le monde externe et les êtres vivants, ils sont restés constamment limités par la nécessité de conservation de l'agent, un devoir aussi, et par sa suprême utilité dont sa raison est juge. Une réserve pareille, transportée dans les conditions de l'association naturelle que nous avons définie et sur le terrain du droit et du devoir que nous explorons, rendrait aussitôt le problème insoluble. Dans la relation de deux agents moraux, l'attente morale de chacun à Tégard des actes de l'autre, attente fondée sur la notion du bien commun, ne saurait être subordonnée à la simple utilité, ni même aux nécessités propres de ce dernier. Il faut ici une obligation supérieure aux accidents, supérieure aux jugements, aux volontés, aux biens individuels qui peuvent se produire. Une telle obligation sera la base du droit ; sinon, il n'y aura point de droit.

Approfondissons notre sujet. Comment le concept de l'association pour une fin commune paraît-il possible ? Où en est le fondement de réalité ? Je ne parle pas des conditions matérielles, ou même des phénomènes connus de sentiment et de passion qui donnent des objets à l'association et la rendent bonne et nécessaire aux associés. Ceci doit se juger par l'expérience, et l'expérience a suffisamment prononcé son arrêt dans l'histoire. Je m'occupe exclusivement de l'élément logique et moral de la relation des deux agents. Or s'il leur est

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possible de se proposer une fin commune, c'est qu'ils peuvent s'entendre et convenir de leurs actions, soit qu'ils les dirigent bien ou mal en soi, et que voulant leur bien commun, ils le connaissent ou non véritablement ; c'est que l'un peut dire : je ferai, et l'autre compter sur l'accomplissement de la promesse ; c'est ensuite que dans les cas nombreux et imprévus, dans les cas naturels dont le jugement est simple, et sur lesquels ils n'ont pas fait de convention positive, leur situation générale de contractants ou associés permet à chacun de s'attendre à ce que l'autre agisse dans le sens probable où la convention lui dicterait d'agir si elle existait.

Ainsi, possibilité pour deux agents moraux de former entre eux un contrdii positif; par suite d'un contrat de cette espèce, ou de sa simple virtualité, que tous deux con- ^çoivent, existence latente d'un autre contrat universel et tacite, que j'appellerai naturel et qui de sa nature en représente une infinité d'autres positifs et possibles, tous conformes dans leurs termes au jugement commun que ces agents savent ou croient qu'ils portent sur leur bien commun, telle est la condition logique et moi*ale de la relation entre deux personnes, entre deux êtres raisonnables. Il ne faut rien de plus que cette qualité d'êtres raisonnables pour expliquer la situation que je viens de définir.

Mais la question se s'arrête pas là ; nous n'avons pas encore atteint le principe. Pourquoi deux agents moraux doivent-ils compter mutuellement sur leurs promesses, et même sur celles qu'ils supposent et ne formulent point ; et quel est le premier ou l'essentiel des biens communs dont leur association implique la connaissance, car enfin il doit y avoir là quelque chose de supérieur à la variabilité des jugements humains et de précisément propre à ranger toutes les variations sous la norme d'un devoir certain ?

Une seule réponse est à faire selon la raison. Les agents compteront sur leurs promesses mutuelles parce

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