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CHAPITRE XIX

DE L'EMPLOI DES FORMULES DE L'OBLIGATION EN GUISE DE CRITÈRES DES ACTES MORAUX

Il était difficile de dégager nettement par l'analyse les principes de l'obligation morale : c'est ce qui ressort bien de l'histoire des travaux des moralistes dans l'an-

^O SPHÈRE SUPéniBURE DE LA. MORALE

tiquité et depuis. Mais les hommes ont toujours eu le sentiment profond des vérités mêmes dont la teneur logique et la formule leur échappaient. Il en est de cela comme des notions de la substance et de la causalité, par exemple. L'illusion ou la faiblesse des théories sur ces sujets métaphysiques n^empéchaient pas que les idées communes et confuses ne fussent justes et correctement appliquées en ce qu'elles ont d'universel et de nécessaire. De même les formules de l'obligation ont toujours été données implicitement à la conscience et ce sont elles qui ont, au fond, servi de critères pour tous les jugements moraux. Toutes les réclamations de la justice, en présence des faits, ont supposé que Tagent raisonnable devait être traité de fin en lui-même et non de simple moyen ; et toutes les tentatives de législation, ou morale ou juridique, ont supposé l'existence d'un certain dictamen, commun à tous les agents raisonnables dans les mêmes circonstances, dictamen nécessaire en son genre et prenant la forme d'une obligation de conscience.

La conscience morale, ou telle qu'il faut l'entendre ici, se révèle dans le jugement que porte l'agent, en tant qu'il déclare sa conduite et son état mental conformes ou non à sa nature raisonnable. Elle suppose donc deux choses : premièrement la raison même, comme idéal que réalisent plus ou moins les actes, et avec la raison les sentiments qui l'accompagnent et la corroborent ; secondement des critères quelconques sans lesquels on ne concevrait pas que le jugement pût être fixé ou dirigé.

Ces critères, ou moyens de contrôle des jugements en matière morale, n'ont donc jamais été perdus de vue dans la pratique, mais déguisés seulement, altérés par leur mélange avec des maximes perverses et de faux droits, de faux devoirs qui, nés d'abord du crime et de l'erreur au milieu des fatalités et des épreuves de la vie, sont ensuite devenus coutume. L'application des critères, tout obscurs et confus qu'ils fussent dès lors, a pu seule engendrer ce que l'humanité a possédé et

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